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Périple en Pays Dogon pour l'ariégeoise Christine Bergougnous
28/11/2011 | 20:21
Crédit photo: Christine Bergougnous

Nous vous relations dans de précédentes éditions, le projet humanitaire de Christine Bergougnous, auteur-photographe à Malegoude: l'achat de bœufs de réforme en direction d'une coopérative de femmes dogon au Mali.

Après avoir lancé une souscription, mené différentes actions, Christine a pu recueillir la somme nécessaire à l'achat de 7 bœufs et s'est enfin lancée dans l'aventure.

Le 26 octobre, la jeune femme quittait la France, direction Bamako, capitale du Mali.

De là débutait son périple: bus puis taxi, pour rejoindre le Pays Dogon.

Bamako, Ségou avec une halte au bord du Niger, Sévaré pour atteindre enfin après quelques pannes sur la route, et les contrôles aux postes de douane (à l'entrée de chaque région il faut payer le passage et montrer ses papiers - lutte contre le terrorisme), arrivée à Bandiagara.

«On avait le choix il y a encore quelques années, d’atterrir à Mopti ou à Bamako pour se rendre ensuite en pays dogon.

Mais depuis que les relations entre la France et le Mali se sont dégradées, depuis que l’on fait courir le bruit qu’au nord du Mali, on risque sa vie, l’aéroport de Mopti ne reçoit plus de charters: c’est ce qu’on m’a dit.

Information confirmée au Mali. Alors, je suis passée par Bamako.

J’en ai profité pour rendre visite à la famille d’Ibrahim, mon frère dogon résident à Paris
»

Un périple que l'auteur a savouré avec gourmandise et passion: «Si vous allez à Bandiagara (région de Mopti), porte du pays dogon, prenez le bus depuis Bamako, mais surtout, prenez le temps.

Le Mali se déguste, à chaque instant, du bout des yeux, du bout des narines, du bout des doigts, de la plante des pieds, du fond du cœur...
»

Christine Bergougnous arrivera le 29 octobre à Bandiagara.

Une réception avec fête et musique lui sera offerte par les habitants du 3ème quartier, le quartier des femmes de Yamalou.

Bandiagara compte 7 quartiers et dans le 3ème, des femmes se sont réunies pour créer une coopérative.

Ici, Christine a été accueillie dans la famille d'Ibrahim Dolo.

Lors de cette cérémonie, la photographe sera revêtue de son habit dogon et baptisée «Yaseguéréma»

«Nom toumé, nom de la famille chez qui je logeais.

Celle qui m'a accueillie se nomme Ibeme, elle a 42 ans et 6 enfants qui ont de 3 à 23 ans.

Yaseguéréma signifie en dogon: bienvenue, inespérée
»

Le soir, Christine leur remettra l'argent récolté en Ariège.

Quelques jours plus tard, accompagnées par Ali un éleveur qui allait négocier les bœufs et un chauffeur, les femmes se mettront en route.

«Nous sommes partis le 3 novembre à Fatoma (nord de Mopti) pour acheter les bœufs.

J’avais du me cacher toute la journée pour que les peuls ne me voient pas: ce sont eux qui vendent les bœufs et qui en assurent la transhumance depuis Fatoma (au nord de Sévaré, et encore plus au nord de Mopti) jusqu’à leur destination finale.

S’ils m’avaient vu avec Ibeme, la présidente de Yamalou, ils auraient fait flamber le prix du troupeau.

Mais je me suis cachée. J’étais subjuguée par les couleurs, la poussière, les cris, les chuchotements, et la beauté de ces peuples maliens
»

En fin de journée, les troupeaux étaient prêts à partir, marqués par un petit rond bleu pour Yamalou.

Ils allaient marcher pendant trois jours à travers la brousse et jusqu’au plateau de Bandiagara.

Ibeme, la présidente de Yamalou achètera 7 bœufs ce jour là.

Toutes ont décidé de consacrer le reste de la somme à la location d'un terrain pour un an, ainsi qu'à la nourriture du troupeau.

«Pendant que les bœufs et les peuls marchaient, je suis retournée à Bandiagara.

Je me suis assise dans la cour de la maison, et j’ai décortiqué les arachides.

Elles sont petites cette année, m’a dit Domo, à cause du manque de pluie.

Pendant que je décortiquais les arachides, et pendant que les bœufs marchaient vers Bandiagara, Domo construisait avec son fils l’étable pour les bœufs chez un ami, à quelques pas de chez lui, dans le troisième quartier
»

La coopérative des femmes de Yamalou va engraisser le bétail afin de le revendre dans un an lors du jour du sacrifice - le «tabaski aïd-el-kébir»

Ce jour là, les plus riches sacrifient des bœufs, les plus pauvres des moutons.

Pratique très courante au Mali, «l'embouche» permettra à la coopérative de payer la scolarité des enfants, la nourriture pour leurs familles, mais aussi d'envisager l'avenir...

«En Afrique, pas de panique. Seul inconvénient: le traitement anti paludisme auquel on réagit bien… ou mal. Ce qui est mon cas.

Après dix huit nuits de fièvre et d’hallucinations, j’ai du prendre une décision: rester, pour toujours, ou rentrer en France.

J’ai choisi de rentrer, pour mieux repartir... le plus tôt possible et rester plus longtemps, à Bandiagara, à Ibi, à Kalibombo et à Bamako, retrouver ma grande famille.

Je n’entends plus le muezzin, je n’entends plus le bruit du balai dans la cour, le bois que les filles cassent pour le feu, le bruit du pilon pour préparer la bouillie de mil, je n’entends plus les enfants.

Ici, c’est chacun chez soi, mais pour moi c’est Maligood. Car je  retournerai à Bandiagara, avec d’autres projets et d’autres idées, car là-bas, on m’a dit, si tu pars, nous serons découragés.

Là-bas, on vit avec des moyens dérisoires. Des moyens dérisoires, mais tellement de solidarité. Et tellement d’amour. Car c’est cela, le pays dogon: beaucoup d’amour
»

Christine Bergougnous tient encore une fois à remercier les donateurs: «Encore merci à tous ceux et celles qui m’ont soutenue, et qui m’ont permis de revenir témoigner de la beauté et du courage du peuple dogon»

Pour retrouver le Périple de Christine: http://renards.blogvie.com

actualites Ariege
auteur: NR | publié le: 28/11/2011 | 20:21 | Lu: 9006 fois