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Les francs français circulent encore en Couserans
20/12/2011 | 20:24
© MidiNews 2011

Décidément, le Couserans n’est pas tout à fait un pays comme les autres.

On le savait déjà, surtout de l’autre côté du fameux Col del Bouich, frontière hautement symbolique entre ce dernier et le reste du territoire ariégeois.

L’anecdote ici est trop belle pour ne pas être mentionnée surtout quand elle revêt finalement une signification, tout aussi symbolique elle-même.

Car, ici à Saint-Girons, capitale du Couserans, on règle encore ses achats en francs!

Oh pas partout et cette fois pour la dernière année certainement, règlements européens obligent… à moins que en 2012, qui sait au train où vont les choses?

«Au-delà du mois de janvier et progressivement, jusqu’en février et mars 2012 pour certains types de billets, les «anciens» billets en francs ne seront plus échangés par la Banque de France et je ne pourrai plus les accepter, car je ne prends que ceux qui sont encore échangeables si mes clients me font l’appoint»

Ancien n’est d’ailleurs pas le bon mot, car depuis 5 ans qu’elle a lancé cette opération plutôt originale, les veilles de fêtes de Noël, Hélène Rico en a vraiment vu: «oui, même de vrais anciens francs! Des Richelieu de 1.000 francs qui existaient bien avant les Pascal de 500 francs, que je ne connaissais même pas! La première année c’était incroyable», dit-elle encore.

Oui vraiment, le Couserans est une république en soi. C’est d’ailleurs, dans la -biennommée- rue du même nom, à Saint-Girons, que Mme Rico, s’amuse de ses observations, du fond de sa boutique, rachetée en mars 2007, à Mme Ponsot «fameuse figure locale» qui tenait ce commerce depuis 50 ans.

La voie de l’originalité devait être toute tracée. Caverne d’Ali Baba, où l’on trouve de tout: accessoires, bonneteries, voilages, tissus et lainage, bijoux…

Automatiquement, c’est comme une image d’épinal qui s’imprègne au fond de la boîte -crânienne- «un magasin comme on en fait plus pour des personnes âgées qui règlent encore leurs achats avec les francs dégotés dessous le matelas, et sentant encore aigre la naphtaline»

Las! Pas du tout. Hélène Rico accueille ici une clientèle large et variée, jeunes et anciens d’ici et d’autres départements de France.

Effet étonnant, positif (?), de la crise, Mme Rico observe encore qu’«aujourd’hui on retouche plus facilement avant de jeter et racheter systématiquement à neuf.

Même les jeunes se remettent au tricot, à la couture depuis que des grands couturiers ont redonné leur lettre de noblesse au tricot et à la fabrication en laine, comme Christian Lacroix par exemple qui en a relancé la mode
»

Et puis, constate t-elle, «il y a le plaisir de faire des choses soi même, pour soi ou les autres, sans pour autant être un bobo extrémiste»

Et, dans ce domaine «le Made in France» attire. Des gens qui veulent un petit plus de qualité et de durabilité.

«Les gens sont très attachés aux produits de qualité qui durent, à base de matières premières, produite et transformées en France»

Nous n’en sommes pas encore au retour massif des entreprises délocalisées, dans le textile comme dans d’autres secteurs, mais déjà de grandes marques françaises ont senti le vent tourner, si bien qu’elles signalent leurs produits d’un étonnant «tricoté en France»

Et on se prend à penser que tout n’est pas perdu… A l’heure du Ipad, Ipod, et autres Smartphone ou écran plat se disputent les faveurs des Geeks, certains -parfois les mêmes- cousent, tricotent et brodent ici en France avec des matières premières parfois locales.

Le commerce équitable revu et corrigé!


Alors définitivement, soit le Pays Couserans n’est pas un pays comme les autres et finira totalement isolé sur la grande scène mondialisée, soit il se pourrait qu’il ait raison avant les autres…

Toujours est-il avant que de parler de décroissance, de retour au franc, d’acheter des produits français fabriqués en France, loin derrière ces slogans affichés par des candidats en campagne, on se prend à penser derrière certains sociologues précurseurs qu’au final, l’authenticité reste une valeur vraie et plus moderne que jamais.

Cela aussi Hélène Rico, du fond de sa boutique passé le Col del Bouich, l’avait observé.

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auteur: Py.M | publié le: 20/12/2011 | 20:24 | Lu: 18342 fois