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Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: deux poètes sous les verrous

Sous la Terreur existait à Pamiers deux prisons.

L'une réservée aux hommes, suspects ou coupables, qui se trouvait dans le couvent des Carmélites et l'autre, installée dans les locaux du collège et destinée aux femmes. Deux poètes y furent détenus quelques temps.

L'histoire fut racontée par Marcel Soulié dans les rubriques locales et historiques de la Tribune Libre.

Labouisse Rochefort, âgé de 15 ans, fils de Jean de Labouisse, chevalier de St Louis, coseigneur de Saverdun avait été arrêté à l'école militaire de Sorrèze, puis conduit à Pamiers. Il connut les deux prisons. D'abord aux Carmélites où il fut malade suite à de mauvais traitements, puis au collège, où il fut retenu avant d'être jugé. C'est d'ailleurs là qu'il rencontra une jeune appaméenne, Rose Le Mercier de Chalonge, l'une des dernières descendantes de Lafontaine.

C'est en prison qu'il écrivit ses premiers vers dénonçant «les sbires du despotisme, le fanatisme qu'a fait naître l'Egalité...qu'il envisage un sort avec sérénité, ne voulant pas se plaindre, attendant l'instrument de la mort sans la désirer ni la craindre...»

Il fut incarcéré pour une courte période et il continua à composer des vers et finit même par écrire ses mémoires à l'âge de 74 ans, en 1852 à Carcassonne.

Un siècle et demi plus tard, en 1944, un autre étudiant de Pamiers fut arrêté et mis sous les verrous à la caserne Sarrut, annexe de la prison municipale.

Comme Labouisse Rochefort, le jeune homme écrivit lui aussi des poèmes qui racontaient la période de délation et de jugements hâtifs que connaissait la cité des trois clochers au lendemain de la Libération.

«Dans l'ombre empoisonnée des mensonges sublimes, de beaux noms de grands  mots cachent la division» Il avait aussi de l'humour, «au cœur de nos captivités, nous n'allons pas nous oublier, jusqu'à gémir, nous ennuyer, vilipender toutes les nouveautés. Non! Les bannis des vieux cachots, près de deux cents murés et clos, grattent leurs puces et leurs totos!»

Les deux hommes furent innocentés et libérés. Labouisse Rochefort fut honoré aux jeux floraux en 1830, le second intégra le corps enseignant universitaire.

PR | 03/01/2014 - 17:23 | Lu: 30455 fois