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Pamiers: l'engouement des petits Ariégeois pour le Chinois passe par le lycée du Castella

© midinews 2014

En dix ans le nombre de jeunes qui choisissent le chinois au collège ou au lycée a augmenté de 400% en France.

Un engouement suscité par les marchés économiques que représentent la Chine et l'envie de partir à leur conquête mais pas seulement. 

Parmi ces 37 000 élèves quelques jeunes ariégeois apprennent le mandarin dès le collège puis le poursuivent jusqu'au baccalauréat au lycée de Pamiers ou nous les avons rencontrés.
Le Chinois attire de plus en plus de jeunesLe lundi Olivia Viard, termine son cours au collège Rambaud et enchaîne sur celui du lycée voisin, le Castella, auquel les collégiens les plus motivés comme Virginie peuvent aussi assister. Ils ne sont qu'une poignée issue de plusieurs classes différentes: «De la 4ème à la Terminale j'ai une trentaine d'étudiants» explique cette enseignante originaire de Taïwan, installée en Ariège depuis quinze ans. 

«Je ne suis ici que depuis l'an dernier mais six de mes élèves ont déjà passé le BAC en juin. Je suis toujours en relation avec trois d'entre eux qui poursuivent le Chinois.

L'un d’entre eux est en classe préparatoire à Henri IV, l'autre est à l'école internationale de commerce de Bordeaux et le dernier prépare un diplôme d'ingénieur en chimie. C'est une langue orientale intéressante.

Pour le business il faut parler l'anglais mais connaître le chinois est un atout supplémentaire
»
Comment enseigne-t-on le chinois, sa prononciation si musicale et les secrets de ses 3000 caractères?Selon les propres mots d'Olivia: «c'est un univers-labyrinthe. On commence par des mots simples, au collège 400 caractères, 500 au lycée, cela suffit pour avoir une conversation et se débrouiller face à l’écriture courante.

Non ce n'est pas plus compliqué que l'espagnol ou l'allemand, il n'y a pas de conjugaison (il suffit d'ajouter un mot pour définir le passé), c'est juste un peu plus long et le fait qu'il y ait peu de candidats fait certainement que l'on décroche plus facilement
» 

Il y a quelques jours ses élèves ont participé à leur manière au nouvel an Chinois en fabriquant des bandeaux rouges souhaitant la bonne année pour décorer le restaurant scolaire où a été servi un repas Asiatique.

Depuis les vacances de Toussaint Olivia Viard intervient également deux fois par semaine sur des ateliers de Chinois au collège Lakanal de Foix et lors de séances découverte à l’école primaire de Ferrières. 
Quelles sont les motivations de ces élèves?Dans les grandes villes, la langue de Mo Yan (Prix Nobel de littérature en 2012), a remplacé l'allemand d'il y a trente ans, en faire c'est l'assurance d'être dans une bonne classe.

Que ce soit dans ces classes d'élite comme dans les plus petites structures où l'apprentissage du chinois est encore embryonnaire, les jeunes sont unanimes: le chinois c'est le futur et apprendre à le parler, un avenir professionnel assuré.

Mais derrière ce choix il y a souvent les parents qui y voient un atout supplémentaire sur un CV, le petit plus qui fait la différence et qui ouvre des opportunités professionnelles, une ouverture au monde des affaires et à une culture.

Au niveau du baccalauréat quels sont les résultats et l'orientation post-bac de ces élèves: «les jeunes qui apprennent le chinois ne sont pas obligés de faire les langues orientales, ils s'orientent par la suite vers n'importe quelle filière (commerce, marketing, tourisme...) mais ils savent qu'à un moment donné le chinois leur servira»

Virginie se voit bien hôtesse de l'air sur les lignes internationales, Alexandre envisage une Classe Préparatoire, mais tous avouent qu'il faut faire des efforts, un important travail personnel pour progresser.

Arnaud a ouvert depuis le début de l'année un cahier d'écolier sur lequel il a repris les caractères nouveaux et leur signification.

Actuellement Olivia et ses élèves travaillent sur un projet de jumelage avec un lycée de Taïwan.

«Les échanges sont très importants dans une langue vivante et rien de mieux que le jumelage pour avancer dans sa compréhension et l’acquisition de ses bases»
De langue incongrue à langue en vogue, le Chinois est la 5ème langue la plus apprise en FranceIl y a 20 a 30 ans on faisait les yeux ronds quand on disait apprendre le Russe. En quelques décennies, le voilà supplanté par le Chinois. Preuve que le centre du monde s'est déplacé vers le Pacifique, le Chinois est aujourd'hui la langue la plus apprise devant le Russe, le Portugais et pourrait même passer devant l'Italien.

Face à cette progression rapide, on ouvre de nombreuses classes tous les ans.

De plus 7000 élèves l'apprennent à distance grâce au CNED. La France est devenue le pays ou l'on apprend le plus le Chinois.

Si bien que les Pays-Bas, l'Italie et l'Allemagne s'inspirent de nos programmes.
En Ariège on se bat pour conserver l'apprentissage de cette langue «Le Chinois, ce n'est pas une grande victoire en Ariège mais je me bats pour que l'on puisse le conserver et le développer davantage pour l'avenir en l'apprenant dès la 5ème comme LV2» explique Nathalie Costantini, directrice académique des services de l’éducation qui se réjouit d'avoir aujourd'hui une enseignante compétente 
Le personnel est une vraie ressource, surtout quand tout est à reconstruire«Nous avons entamé une réflexion avec l'IA-IPR de Chinois. Nous n'avions aucun élément de concordance entre le Chinois et les autres langues», poursuit Nathalie Costantini.

Il est vrai que plus on le commence tard, plus il est difficile de trouver cette correspondance. Le chinois était jusqu'à présent développé en enseignement optionnel depuis la 6ème en fonction des choix des établissements de développer cette alternative.

 «Il y a très peu de candidats au BAC, actuellement il est très difficile de les conduire à un haut niveau de pratique. Nous souhaitons faire travailler les élèves sur les idéogrammes pour donner du temps aux enfants et pour faire de cette langue quelque chose de ludique»

Désormais la DASEN, bien décidée à maintenir cette langue asiatique dans le département, veut mettre tout en œuvre pour qu'elle devienne une option à part entière avec un apprentissage dès la 5ème.

«Le Chinois c'est une ouverture sur le monde. L'Italien a été restructuré à Mirepoix.

C'était un élément pour déroger à la carte scolaire mais il n'y avait pas ensuite de suivi.

L'Allemand ne sera enseigné à la rentrée prochaine qu'à Foix et Pamiers ou il est valorisé grâce à l'association de jumelage. Le Chinois est une vrai discipline en devenir dans ce département
»

Laurence Cabrol | 11/02/2014 - 19:30 | Lu: 12562 fois