Vautours: fin de la consultation publique autour des tirs d'effarouchement

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Les vautours fauves autrefois alliés des éleveurs sur les estives ne sont décidément plus les bienvenus sur le piémont où ils ont tendance à proliférer à certaines périodes de l’année.
Pour preuve les derniers épisodes qui ont touché le monde agricole au printemps dernier (voir nos précédentes éditions) faisant passer cet animal protégé en dangereux prédateur qui s’attaquerait aux cheptels domestiques. Si bien qu’au mois de juin le monde agricole s’est joint aux chasseurs pour manifester contre les grands prédateurs tels que l’ours, le loup, mais aussi au vautour rentré malgré lui dans cette catégorie.
Les éleveurs dénoncent l’évolution de son comportement: de nécrophage il serait passé à prédateur ce que réfute le Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), pour qui «les caractéristiques physiques et comportementales des vautours les excluent du groupe des prédateurs (c’est un rapace doté d’un bec et de serres spécifiquement adaptés à la nécrophagie). Leurs dispositions morphologiques et leur stratégie d’approche, des animaux convoités, sont totalement inadaptées pour la mise à mort d’une proie vive et libre.
À l’inverse, ils sont équipés de dispositions conformes à leur rôle de nécrophages. Des vautours peuvent dans des cas très singuliers anticiper la mort d’un animal qui, dans la plupart des cas, semblait déjà condamné»
Toutefois les services de l’État ont remarqué leur accroissement significatif et bien au-delà de leur aire de présence habituelle: «depuis plus de cinq ans, il est constaté une extension de l’aire de présence et un accroissement significatif des effectifs sur l’ensemble de la chaine pyrénéenne. Ceci se traduit par une présence d’une population de plus en plus fréquente et nombreuse de vautours fauves en zone de piémont et de plaine»
Si bien que Nathalie Marthien, préfet de l’Ariège après consultation et suite au passage dans le département de la mission conduite par Eric Fouquet qui travaille actuellement à la rédaction de la stratégie nationale vautour fauve, a décidé d’autoriser à titre expérimental des tirs d’effarouchement.
Mais pour mettre en œuvre telle mesure (conformément à l’art L120-1-II du code de l’environnement) une consultation publique a été lancée, invitant le public à laisser son avis (directement sur le site de la préfecture ou par courrier) et ce jusqu’au 9 septembre. Inutile de préciser que l’arrêté préfectoral encadrant ces mesures exceptionnelles est très strict et limité dans le temps et dans l’espace.
Une expérimentation très encadrée et sur une durée limitée dans le temps et l’espace: du 1er mars au 15 novembreL’arrêté préconise cette expérimentation pour une période d’un an et sur un territoire de 241 communes (voir la liste complète en cliquant ici). L’objectif est clair, il s’agit «de provoquer l’éloignement des vautours fauve présents à proximité des exploitations agricoles d’élevage sur les communes de la plaine et du piémont dans un rayon de 200 m autour des bâtiments d’élevage et espaces clôturés ou le bétail est présent»
Bien entendu le but de ces tirs vise à l’effarouchement de ces rapaces protégés d’où la nécessité d’utiliser «des cartouches non létales à double détonation».
Cette opération associe — et c’est une première — aux agents de l’ONCFS les lieutenants de louveterie, les éleveurs («sous réserve qu’ils soient détenteurs du permis de chasser valable et sur proposition du président de la chambre d’agriculture») dont l’habilitation à la réalisation de ces tirs d’effarouchement sera accordée après participation à une formation spécifique assurée par l’ONCFS en partenariat avec la fédération des chasseurs. Dans tous les cas le tireur devra établir un rapport à l’issue du tir.
Avec la montée des troupeaux en estive, la présence des vautours sur le piémont est beaucoup moins prégnante, ils sont revenus à leur activité première d’équarrisseurs naturels, mais jusqu’à quand?
Des avis partagésChristian Derramond, éleveur à Saint Félix de Rieutord, a subi plusieurs prédations sur son cheptel ovin (l’expertise des services vétérinaire en date du mois de juin est formelle: «une brebis a été attaquée, tuée et dépecée par des vautours»), Mais le 30 septembre prochain notre agriculteur comparait en justice pour avoir tiré un vautour. Que pense-t-il des tirs d’effarouchement?
«Je suis partie prenante pour trouver une solution à une situation qui n’a que trop duré. Mais je suis avant tout pour réguler l’espèce. Je pense que ces tirs visant à effaroucher les vautours vont déplacer le problème d’un éleveur chez l’autre.
Certes je ne veux pas faire un procès d’intention à une mesure qui n’est pas encore appliquée, mais quand les vautours arrivent à plusieurs individus on n’a pas toujours le temps d’alerter les uns ou les autres, il faut réagir vite. Je vais pour ma part assister aux réunions… mais j’ai l’intime conviction que ce n’est que du blabla pour nous calmer»
Quant à son état d’esprit à quelques jours de sa comparution devant le tribunal d’instance de Foix: «on verra bien. La profession me soutient». L’agriculteur devrait plaider la légitime défense.
Michel Rios est éleveur à Durban/Arize. Il a été confronté au mois de mai dernier à une cinquantaine de vautours, un scénario à la Hitchcock dont les images hantent encore ses nuits: «en l’espace d’une heure ils nettoient tout, on marche sur la tête! […] le problème c’est l’ensauvagement de la montagne. Je dis oui à la biodiversité, mais à une biodiversité maitrisée.
Aujourd’hui beaucoup d’éleveurs jettent l’éponge, c’est trop compliqué de travailler dans un pays où l’on ne veut ni ne peut toucher à l’écologie parce qu’elle ramène des voix aux élections. Pour les vautours il ne faut pas faire des tirs d’effarouchement, mais de prélèvement. Selon moi cette solution n’en est pas une, elle est aussi ridicule qu’inadaptée !»
Jean-Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs de l’Ariège est plus tranché: «la manifestation de Foix le 28 juin dernier a servi à quelque chose. L’État a entendu le monde rural. Actuellement cette espèce est en surpopulation, elle devient prédatrice. Mais il faut intervenir dans l’urgence quand une attaque a lieu, s’il faut faire une lettre à la DDT on n’a pas fini, le temps qu’elle soit instruite !»
Selon lui «cette mesure d’effarouchement va dans le bon sens, mais il faut que tout le monde joue le jeu»
Une mesure qui indigne la LPO, car ne reposant sur aucun fondement: «un projet d’arrêté sur près de 200 communes sans preuve de présence et encore moins de nidification et plus globalement une absence totale de données scientifiques et techniques. Une absence de démonstration de dommages importants qui justifieraient une telle dérogation aux espèces protégées.
Une méconnaissance totale de l’état de la biologie de l’espèce. Les vautours sont nécrophages et non des prédateurs. Or le texte parle de consommation de cheptel»
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