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Bordes/Lez: des fresques romanes de l'église d'Ourjout qui n'ont pas fini de nous livrer leurs secrets

© midinews 2014

Les grandes découvertes sont souvent le fruit du hasard…

Hervé Langlois, restaurateur conservateur de peintures murales et de bois polychromes, travaillait au printemps 2012 sur le retable XVIIIe de l’église Saint Pierre d’Ourjout aux Bordes/Lez.

Au moment où il s’apprête à déposer pour restauration le baldaquin en bois polychrome de l’abside, il se rend compte du haut de son échafaudage qu’un décor en majeure partie caché par d’épaisses couches de badigeon apparait sur les parois du chœur.

Une découverte fortuite qui bouscule la vie de cette petite commune de 170 habitants et rebat les cartes en matière d’histoire de l’art dans les Pyrénées ariégeoises.

«Une découverte qui nous fait remonter neuf siècles en arrière !» précise Jean Pierre Poirier, architecte des bâtiments de France qui a participé en 2012 aux côtés d’Hélène de Kergariou alors chef du service, à cette mise au jour exceptionnelle.

Cet ensemble pictural est extrêmement bien conservé. L’artiste, un remarquable coloriste, fait preuve d’une technique savante: sur un enduit soigné et une couche de finition bien lissée, il superpose différentes couches colorées avec un effet de transparence délicat. Une exécution complétée par des finitions à sec pour les noms des saints.

Les peintures de l’abside se déploient sur trois registres: au-dessus de tentures stylisées et de motifs de Grecques, des signes du zodiaque (balance, scorpion, lion, cancer) surmontés au registre supérieur, d’une suite de grands personnages de face individualisés dans une architecture imaginaire: Barthélemy, Paul, Pierre, André et Jacques représentés par leurs attributs ou un rouleau à la main.

Des représentations présentant des similitudes avec les productions catalanes du début du XIIe siècle (notamment celles du maitre de Taüll) conduisent de nombreux chercheurs à s’y intéresser.

Dès que cette découverte a été rendue publique, une étude complète a été commandée par Jean-Louis Rebière, architecte en chef des monuments historiques (ACMH) et prise totalement en charge par la DRAC (cout estimé à 25 000 €). Elle a permis de faire les dernières découvertes sur les parties latérales: une ébauche du baiser de Judas, une crucifixion et une annonciation.

On imagine aisément que cette église était au XIIe siècle couverte de peintures. D’autres travaux d’urgence sont prévus, la réfection de la maçonnerie du chœur et de la couverture, avec une subvention de la DRAC à hauteur de 40 %.

«Nous allons passer d’une période de restauration du bâtiment et des fresques à une période de valorisation, c’est-à-dire de restitution au public, où l’on va montrer la dimension de cette découverte en relation avec les trois autres sites romans de Vals, Montgauch et St-Lizier, explique l’ABF.

À partir de cette période de valorisation, nous allons avoir une période de développement touristique qui y sera liée, il faut s’y préparer. Dès le début nous avons reçu beaucoup de chercheurs catalans qui auraient bian aimé avoir cette découverte chez eux.

Le registre iconographique, la technique, les couleurs, relient cette découverte à Santa Maria de Taüll et St Clement… bien que la filiation avec le maitre de Taüll n’ait pas été officiellement reconnue nous restons sur cette optique, mais peut-être qu’un jour puisque cette filiation est vraiment exceptionnelle et peut-être unique, on parlera du maitre d’Ourjout !
»

Au début cette découverte a un peu effrayé Patrick Laffont, le maire des Bordes/Lez.

À présent il attend avec impatience la restitution de l’étude pour connaitre les origines de ces peintures (datées de 1100) et au-delà mieux comprendre l’histoire de son village, une commune qui compte pas moins de quatre églises dont trois de l’époque romane. «Il y a toujours eu du passage par cette vallée, nous sommes frontaliers avec le Val d’Aran (derrière il y a la station de Baqueira).

Avec le pastoralisme il y a toujours eu des échanges sur le Pla de Beret… de là à penser que les artistes des ateliers catalans se sont arrêtés chez nous il n’y a qu’un pas
».

Concernant la valorisation de cette découverte, le premier magistrat est un peu plus réservé: «jusque là nous n’avons pas parlé d’argent et c’est un peu mon souci… combien ça va nous coûter? J’ai beaucoup d’espoir en la visite du préfet de région.

De notre côté nous allons monter une association pour essayer de trouver des mécènes. Nous avons bien compris qu’une telle découverte va relancer le tourisme sur le canton, d’autant qu’il y a plusieurs églises remarquables: l’église fortifiée de Sentein et Notre dame de Tremesaygues à Audressein, classé au patrimoine mondial de l’Unesco
».

Laurence Cabrol | 04/12/2014 - 18:57 | Lu: 25857 fois