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Loup et Elevage: quel compromis? Rencontre avec un Pastoraliste venu des Alpes
30/11/2010 | 20:31
© MidiNews 2010
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En 2008 comme en 2010, des témoignages faisaient état d’un loup en Haute-Ariège.

Il y en a en Espagne, d’autres ont été signalés dans les Pyrénées Orientales.

Il n’y a pas pour le moment de colonisation avérée, mais le «canis lupus» commence quand même à faire parler de lui dans les Pyrénées.

Nous avons profité de la présence en Ariège de Laurent Garde, chercheur pastoraliste au CERPAM (Centre d’Etudes et de Réalisation Pastorales Alpes Méditerranée), pour qu’il nous parle de la situation dans les Alpes.

Un massif où l’hypothèse la plus probable est que les loups soient revenus de façon naturelle, quand on les apercevait pour la première fois en 1992 dans le massif du Mercantour.

Il serait aujourd’hui environ 200, avec près de 900 attaques et 3250 victimes constatées en 2009.

Car même s’il n’y a pas eu de réintroduction, la présence du loup dans le massif alpin cristallise (comme l’ours dans les Pyrénées) un certain nombre de conflits, tensions, voire incompréhensions.

Pour certains, il est le bouc-émissaire d’une crise plus globale touchant le pastoralisme.

Du point de vue de l’élevage, et en tant que chercheur, Laurent Garde cherche à en faire «un sujet technique, et non pas idéologique»

Il ajoute, «la grosse difficulté est de faire accepter qu’il y a un véritable problème posé par le loup, et de travailler sur ce problème en tant que tel»

Alors que faire concrètement pour éviter les attaques et protéger son troupeau quand on est en montagne?

Le problème pour le chercheur est que «la protection des troupeaux imposée par la présence du loup ne correspond pas forcément aux bonnes pratiques pastorales»

Et il y a là une contradiction qui est, selon lui, le cœur du problème.

On entend par «bonne pratiques pastorales» celles qui, dans la manière de garder le troupeau, respecte la santé des animaux, mais aussi l’environnement, la montagne et les autres «utilisateurs» de la montagne.

Il faut savoir qu’il y a plusieurs solutions proposées aux agriculteurs pour protéger leurs bêtes: des enclos de nuit, la présence de bergers la nuit, et des chiens de protection.

Mais tout cela ne coule pas de source, et il faut se pencher un peu plus précisément sur le travail au quotidien des bergers, pour comprendre qu’il n’y a pas de solutions miracles.

Leur travail devient logiquement plus pénible et plus important.

Il faut regrouper le troupeau la nuit, faire du gardiennage durant de nouvelles périodes de l’année, compter les animaux plus souvent.

On peut d’ailleurs noter la prise en charge par l’Etat d’une «aide-berger» en Estive pour compenser l’augmentation de cette charge de travail.

Il y a aussi des tensions accrues des éleveurs face aux autres usagers de la montagne (randonneurs, chasseurs) à cause des chiens de protection.

Absents il y a encore 20 ans, ils sont aujourd’hui plus de 1500 dans le massif.

Dans un article «Les loups face à l’élevage: un compromis difficile» (mai 2010), Laurent Garde désigne de façon globale la «rigidification des pratiques pastorales»

Un des principaux problèmes concerne le regroupement du troupeau la nuit à la cabane, «pour bien nourrir les animaux et préserver la montagne, il faut une grande souplesse dans la conduite du pâturage.

Il faut limiter les déplacements des brebis, les laisser s’étaler dans les reliefs difficiles et sur les tapis herbacés clairsemés.

Enfin, il est impératif qu’elles puissent brouter la nuit lors des périodes très chaudes, surtout dans les Alpes du sud au climat méditerranéen
»

Au contraire, pour se protéger du loup, «il faut garder les brebis serrées, allonger leurs déplacements et raccourcir leur temps de pâturage en fin de soirée»

Le chercheur évoque aussi «les problèmes paysagers et sanitaires liés à la concentration des déjections près des cabanes»

Bref, selon le pastoraliste, le berger semble devoir faire un arbitrage entre le fait de protéger son troupeau et de respecter la montagne.

Une fois ce paradoxe admis, il faudra selon lui, «trouver des formes d’adaptations pour les exploitations, et trouver des compromis pour arriver à protéger les troupeaux, sans trop affecter l’état de la montagne et la santé des animaux.

Une fois qu’on a posé cette contradiction, on peut travailler sur le cœur du sujet
»



Le pastoralisme et le loup, difficile de trouver un consensus...

On se doute bien que sur un sujet aussi complexe, tout le monde n’est pas d’accord avec les arguments avancés par Laurent Garde.

La fédération des associations de Protection de la nature et de l’environnement explique par exemple que le problème vient surtout d’un manque de gardiennage permanent des troupeaux, indépendamment du retour du loup.

Selon l’association, dans les Hautes-Alpes, 54 % des troupeaux bénéficient d’un gardiennage permanent par l’éleveur ou un berger, contre 48 % en Isère.

On peut lire sur leur site internet que «des études menées dans les Alpes du Sud montrent que les ovins non gardés et, de fait, divagants, effectuent de plus grands déplacements, au détriment de leur engraissement («mauvaise finition des agneaux») et de la production allaitante.

En outre, la mortalité naturelle déclarée dans les cheptels non gardés est de 50% supérieure à ce qu’elle est dans les troupeaux soumis à un gardiennage permanent.

La présence d’un berger est donc indispensable même en l’absence de grands prédateurs
»

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 30/11/2010 | 20:31 | Lu: 18718 fois