C’est un débat récurrent qui monopolise de manière régulière le devant de la scène médiatique: le projet de la déviation de Prat-Bonrepaux, dans les cartons des élus du Couserans depuis près de 20 ans est à nouveau d’actualité car les choses se précisent.
En effet, aujourd’hui et face aux problèmes économiques que rencontre ce pays d’Ariège il est devenu urgent pour le Conseil général de réaliser cet aménagement qui contribuerait au Plan de revitalisation du Couserans.
Selon les élus de l’assemblée départementale, la route constitue au-delà du lien social un vecteur de développement économique qui permettrait une meilleure desserte des zones d’activité existantes ou à venir.
Bien entendu, le projet porte également sur l’amélioration du cadre de vie et la sécurité des riverains et des usagers de la RD 117, seule artère permettant de relier l’A64 au département de l'Ariège.
A priori il ne s’agit pas de créer une nouvelle infrastructure de transport mais d’aménager une nouvelle route sur l’ancienne infrastructure ferroviaire, évitant ainsi une nouvelle coupure de l’espace.
Depuis le 1er août, un commissaire enquêteur nommé par le tribunal administratif de Toulouse reçoit le public pendant ses permanences à la mairie de Prat-Bonrepaux.
Il répond aux questions et surtout met à disposition les documents d’étude réalisés dans le cadre de ce projet: études détaillées sur le bruit, la faune, la flore, l’hydraulique, l’hydrogéologie et le paysage.
Depuis quelques jours, les habitants concernés par cette déviation sont de plus en plus nombreux à venir lors de ses permanences; aussi le commissaire enquêteur a décidé de prolonger son enquête de 15 jours, jusqu’au 30 septembre.
En même temps, le Conseil général de l’Ariège porteur de ce projet (c’est lui qui finance) organise une réunion d’information le 22 septembre à 18h en la Mairie de Prat.
Alors que les procédures règlementaires suivent leur cours, on assiste pourtant à une levée de boucliers des opposants «historiques» à ce projet.
Tout d’abord le binôme Gondran-Doussiet* qui parle de «gesticulations cadencées par des échéances électorales», dénonçant le manque de précision de ce projet qui dans le meilleur des cas ne pourrait être réalisé que dans 10 ou 15 ans, et «le manque de concertation et d’information en direction du public concerné»
Du côté d’Europe Ecologie-Les Verts, François Calvet est ravi de voir que la population se mobilise enfin pour prendre connaissance des documents présentés par le commissaire enquêteur: «j’ai moi-même rencontré la population du haut Salat et les maires de Prat, Mauvezin et Lacave pour voir si tout le monde était au même niveau de compréhension du dossier.
Lors de cette réunion avec les élus du territoire, je regrette que Raymond Coumes, le conseiller général du canton, ait décliné l’invitation […]
Le document présenté à l’enquête est conséquent, on parle beaucoup des chauves souris, des écrevisses mais en revanche on ne parle pas beaucoup des hommes» s’étonne le conseiller régional qui souhaite replacer le débat sur ce terrain.
Sa position est claire: c’est un projet négatif pour l’activité humaine: «il coupe la commune de Prat en deux avec une circulation beaucoup plus complexe pour les gens de Bonrepaux […]
Il n’y a pas d’aménagement pour le carrefour de Lacave pour en limiter l’accidentologie […] les transports en commun ne sont pas valorisés […] l’impact sur les populations est négatif, certes quelques habitants verront le trafic reporté mais le nouveau parcours va gêner autant de personnes»
Si les élus font de ce projet une condition sine qua non à la relance économique et au désenclavement du Couserans, François Calvet est plus mesuré: «cet argument ne tient pas la route, c’est un faux prétexte […] cette infrastructure sera une gêne pour l’économie et la vie du Couserans.
Les élus seraient davantage inspirés de mettre cet argent pour faire une porte d’entrée sur l’Ariège et le PNR digne de ce nom […] c’est un projet de 20 ans et faire du vieux qui ne fonctionne pas sur un territoire qui a besoin d’aide c’est aller à sa perte»
Alain Touzet, maire de Prat-Bonrepaux, la seule commune directement touchée par ce projet, est favorable à titre personnel à cette déviation.
Pour autant la décision n’est pas encore arrêtée par le conseil municipal qui se réunit ce soir: «c’est une position difficile mais réfléchie car certains habitants de Prat ont des intérêts à voir ce projet se réaliser, d’autres y sont opposés.
Personnellement il faut s’inscrire dans le mouvement sous réserve de certaines conditions […] la revitalisation du Couserans ne doit pas se faire au détriment de nos commerces.
Nous comptons sur un plan d’accompagnement de ce contournement car de notre côté nous avons des projets: se réapproprier l’ancienne RD117, la rendre plus attractive pour le village, réaliser un véritable projet de porte d’entrée ouest de l’Ariège et du PNR avec un centre commercial, une aire d’accueil avec une antenne de l’OT […]
Nous avons un projet de zone d’activité d’intérêt régional en relation avec la Communauté de Communes et une voie rapide dans le prolongement de l’autoroute nous permettra certainement de la remplir plus rapidement !»
En attendant, la position du Conseil municipal est souveraine.
Robert Zonch, conseiller général de Castillon, ne l’entend pas de cette oreille.
La déviation a pris trop de retard et son absence pénalise un bassin de 30 000 habitants qui traverse une crise importante.
«Nous sommes bien conscients qu’il faut prendre soin des espèces. Je ne me fais pas de soucis ni pour les chauves-souris, ni pour les tétras à tête creuse, ce sont des espèces qui s’adaptent.
Je me fais davantage de soucis pour les hommes et les femmes de ce territoire»
Quant au financement de cette opération, Robert Zonch a réaffirmé que le Conseil général de l’Ariège prenait à sa charge à 100% les travaux: «mais si cela devait durer 4 ou 5 ans de plus, on ne sait pas ce que vont devenir les conseils généraux dans les réformes annoncées en 2014 […] et les crédits se faisant de plus en plus rare, il se peut que l’on n’ait plus les moyens pour les financer»
Le maire de Castillon sera présent le 22 septembre aux côtés des techniciens du Conseil général pour défendre ce dossier.
*Bernard Gondran, maire UMP de St Girons de 1995 à 2008, et Claude Doussiet, ancien directeur départemental de l’équipement, responsable du Parti Radical proche de Jean Louis Borloo, candidat malheureux aux dernières élections cantonales au Mas d’Azil.
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