Depuis le 20 juillet, l’étable du Gaec du Gay à Camarade est vide... et le dossier de l’élevage de bovins gascons n° 0918 1027 clos.
Sur la porte, seul témoignage de l’activité de cet élevage ariégeois, des dizaines de prix récoltés à Mazères, Toulouse, Cournon, Limoux, voire même Paris où les gasconnes de Gérard et Patrick Respaud décrochaient chaque année tous les podiums!
Des bêtes issues d’une sélection pointue, fruit de plusieurs générations de travail, qui ont toujours fait l’objet de soins constants de cette famille d’éleveurs située sur la canton du Mas d’Azil.
Comme le rappelait Gérard en mars 2009 lors d’un reportage chez lui sur la thématique du labour à l’ancienne: «avant de joindre deux bêtes au joug, il faut les habituer progressivement, tous les 8 jours, d’abord une demi-heure puis une heure […] et c’est après des années de travail que l’on arrive à çà.
Mais pour une bonne vache, il faut en faire naître dix, il faut être patient avec la nature»
Parlant d’Undie, une femelle reproductrice plusieurs fois primée au salon de l’agriculture de Paris: «quand je lui demande d’aller chercher une médaille elle le fait, quand je lui demande de travailler aussi et en plus elle me fait un veau tous les ans»… la récompense de toute une vie.
La récompense de toute une vie anéantie en quelques semaines.
Rappel des faits:
-22 janvier 2011 lors de la prophylaxie annuelle du troupeau, un animal douteux à la tuberculose est décelé;
-8 février: abattage de l’animal concerné;
-7 avril: décision préfectorale de l’abattage total du troupeau;
-20/21 juillet: départ des animaux pour l’abattoir de Narbonne;
-21 juillet à 11h45: appel de la direction des services vétérinaires: aucun des animaux abattus ne présente de lésion suspecte de tuberculose.
Face au soit disant «principe de précaution» et à une administration zélée qui a fait appliquer le règlement à la lettre (jusqu’à vouloir euthanasier les veaux de 15 jours devant la porte de l’étable), Henri, le grand-père de 90 ans, Gérard, 59 ans et Patrick, 33 ans qui vient de reprendre l’exploitation familiale en Gaec, cherchent toujours à comprendre.
Face à ce gâchis, face à la «stupidité des hommes», le sentiment de révolte, de dégoût, laisse de l’amertume dans les cœurs.
«L’honnêteté ne paie pas, l’an passé de juillet à décembre on a réalisé au moins 5 tests sur nos bêtes, une obligation pour aller à Cournon, Paris ou Toulouse […] il n’y avait rien mais cela n’a pas été pris en compte par la suite» explique Patrick.
Et puis au mois de janvier alors que l’épidémie de tuberculose bovine a déjà largement touché le canton, on décèle un bœuf «douteux» dans son élevage.
Des analyses sont faites en laboratoire à Toulouse puis à Paris: «faux positif» ou «vrai positif» il y a hésitation.
Au final, le jeune éleveur décide de faire abattre ce bœuf de deux ans: «on n’était pas à un bœuf près! Bien mal nous en a pris, c’est l’abattage de tout le cheptel qui a suivi»
Un cheptel réparti en trois groupes bien séparés, à trois endroits différents sur cette propriété de plusieurs hectares: les vaches d’un côté, les génisses de l’autre et enfin les bœufs isolés des deux autres.
Les Respaud demandent contrairement aux autres éleveurs un abattage sélectif, proposent de payer les tests complémentaires, de parquer leurs bêtes qui rappelons-le font partie de l’élite de la race gasconne.
Rien n’y fait, l’administration ne veut rien entendre. Pendant cette période difficile, les Respaud se sont sentis bien seuls.
Isolés comme si par ce même principe de précaution, ils devaient, eux aussi, rester en quarantaine.
Malgré cela, droits dans leur botte, ils refusent l’abattage jusqu’au dernier moment, subissant des pressions de toutes parts.
Aujourd’hui, c’est encore l’incompréhension: «cette maladie a 200 ans, on ne sait toujours pas comment l’éradiquer, les tests que l’on devait faire tous les deux ans ont été arrêtés car cela revenait trop cher aux services de l’Etat […]
En Normandie il n’y a pas de tuberculose bovine car elle n’est pas recherchée c’est plus facile.
Certains départements comme la Côte d’or ou la Dordogne ont fait des abattages sélectifs, pourquoi pas en Ariège?
Nous n’avons jamais été des chasseurs de primes, on a toujours préféré nos vaches à de l’argent, mais aujourd’hui on n’a plus rien» poursuit Gérard totalement découragé.
Heureusement Patrick a décidé de relever la tête et de «repartir avec des animaux»
Depuis le début de la semaine, quelques paires de veaux de Lescure ou Durban sont rentrées: «ce sont des éleveurs qui exposaient avec nous qui nous tendent la main» précise le jeune éleveur.
Mais les indemnisations tardent à arriver: «il faut comprendre que les éleveurs ne se paient pas avec des paroles»
Sur le nombre, Gérard espère pouvoir reconstituer un troupeau.
D’abord sur du court terme avec de l’engraissement pour faire rentrer un peu de trésorerie, puis patiemment avec le temps «il sortira peut être une ou deux bêtes mais je ne serai plus là pour les voir», ajoute-t-il au bord des larmes.
La tuberculose bovine laissera des traces dans le département de l’Ariège: des cadavres d’animaux mais aussi des cicatrices dans le cœur des hommes.
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