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Raid cyclosportif d'insertion: échappée belle des détenus dans les cols ariégeois
24/09/2012 | 18:47
© MidiNews 2012

Tourmalet, Aubisque, cols d’Aspet, de Peyresourde, Port de Lers ou de Pailhères… treize détenus triés sur le volet accompagnés d’autant de surveillants et d’une dizaine d’encadrants viennent de réaliser la traversée des Pyrénées d’est en ouest sur un trajet digne du Tour de France au départ de Saint Jean de Luz avec une arrivée dimanche soir à Canet-en-Roussillon.

Un pari un peu fou car la plupart de ces cyclistes ne connaissaient le vélo qu’à travers le home training de leurs maisons d’arrêt respectives.

Une idée qui a germé après le Tour de France cycliste pénitentiaire, en 2009, dans la tête d’Alain Bilès de la Fédération Française de cyclisme et de Bertrand Schneider, chargé des sports au sein de la DISP de Toulouse.

Ce projet ambitieux n’aurait pu voir le jour sans l’implication d’un partenaire de poids, la Fondation Française des Jeux (FDS) qui a permis le financement de ce raid cyclosportif d’insertion.

A la clé de cette traversée des Pyrénées un peu particulière, une action d’insertion par le sport car après avoir pédalé pendant 650 km et traversé les cols mythiques du Tour de France, il n’y a plus de courte peine, de longue peine, ni de criminelle ou de correctionnelle, il n’y a qu’un peloton solidaire dans l’effort.

De passage dans l’Ariège, après les cols de la Core ou du Portet d’Aspet, ils ont souffert dans les lacets du Port de Lers, mais après une soirée réparatrice en vallée de Vicdessos, nous les avons retrouvés au départ de la dernière épreuve reliant Ax les Thermes à Canet.

Rien ne distingue détenus et personnel pénitentiaire, on se tutoie, on s’appelle par son prénom, il y a la même envie d’en découdre jusqu’à la ligne d’arrivée qui, cerise sur le gâteau, leur permettra d’approcher la grande bleue.

«Le plus jeune à 21 ans et le plus âgé 57, indique Alain Bilès, à l’origine de ce tracé. Ils en bavent depuis le premier jour, mais ils sont animés d’une telle détermination que ce ne sont pas les 4 degrés, ni le brouillard en haut du Tourmalet qui les ont dissuadés d’arrêter l’aventure»

Ce projet a demandé à tous les participants une longue préparation, dans les établissements et extra-muros depuis le mois de mars avec des sorties cyclistes organisées chaque semaine: «les autorités judiciaires ont joué le jeu en accordant 400 permissions et ce sont plus de 60 000km qui ont été parcourus lors de ces entraînements» précise Bertrand Schneider, le «Monsieur Sport» de la DISP de Toulouse qui coiffe deux régions (Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon).

L’Institut Toulousain d’Ostéopathie a pris en charge le suivi médical pendant cette préparation mais aussi et surtout pendant l’épreuve pour éviter la casse.

«Nous avons ici un panel de tous les profils de la pénitentiaire» poursuit Bertrand Schneider qui a travaillé de près avec les établissements concernés et les services pénitentiaires d’insertion et de probation pour mettre en place la Transpyrénéenne.

«Cette épreuve permet d’intégrer les notions de respect des règles, de confiance et de dépassement de soi… ce projet est un élément majeur de la politique d’insertion»

Parmi les cyclistes dans le peloton qui se forme avant d’attaquer la route du Col de Pailhères, un jeune détenu échange avec nous: «c’est dur mais c’est une belle expérience humaine… je me sens ici un citoyen comme les autres»

Son voisin ajoute: «c’est une chance pour nous de prouver que l’on peut relever ce challenge, quand on est sur un vélo, on est sportif, il n’y a plus d’étiquette»

Une échappée belle qui aura été de courte durée, dimanche soir, tous ont regagné leurs établissements de détention respectifs.

Une aventure qui leur aura sans nul doute permis de réfléchir et de préparer leur retour dans la société civile.


La Transpyrénénne en quelques chiffres

Traversée des Pyrénées du 17 au 23 septembre 2012

7 étapes

650 kilomètres

60 000 kilomètres parcourus en préparation

400 permissions de sortie accordées depuis mars 2012

15 cols mythiques franchis

60 rouleurs participants

6 mois de préparation

Un projet impulsé par le Ministère de la Justice et la Fédération Française de Cyclisme Midi-Pyrénées grâce au soutien de la Fondation FDJ et avec el soutien du Comité régional olympique et sportif Midi-Pyrénées, l’Institut Toulousain d’Ostéopathie et les cycles Ferrus.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 24/09/2012 | 18:47 | Lu: 10615 fois