Exercice spéléo secours grandeur nature à l'étang de Lers

© midinews 2015 - Images vidéo: FSS 09

Au cours d’une excursion sur le Mont Béa, une randonneuse d’une cinquantaine d’années a fait une chute dans une galerie verticale à 200m de profondeur. Elle s’est brisé la jambe.

Depuis l’alerte donnée par son compagnon (il faut compter 2h à 3h), les secours s’organisent. Un PC s’est installé sur le site de l’étang de Lers et pendant 24h une douzaine d’équipes vont se relayer chacune dans sa spécialité dans cet exercice grandeur nature.  
Des spéléologues également acteurs de leur propre sécurité
Un scénario comme il en arrive une vingtaine par an en France et pour lesquels le Spéléo Secours Français (SSF) est missionné: «ce sont souvent de fausses alertes, mais en moyenne on compte un mort par an», précise Florence Guillot qui avec Olivier Guérard et Laurent Apel, constituent le noyau dur des conseillers techniques auprès de la préfecture de l’Ariège.

Tous sont bénévoles de la Fédération Française de Spéléologie, seule habilitée à assurer les formations et la sécurité de sa pratique jusqu’au sauvetage. Une organisation particulière des secours que l’on peut rapprocher des sauveteurs en mer, réalisée bénévolement par des experts qui partagent un savoir-faire éprouvé.

«Ce sont des actions de service public réparties pour un tiers en direction des spéléos de la Fédération, un tiers pour des spéléos étrangers et un tiers pour les touristes.

Il n’y a pas de corps constitué (ce serait trop onéreux, le nombre de secours impliquant des spéléologues est faible), mais nous passons des conventions avec l’État et des départements où les préfets ont pour interlocuteurs des conseillers techniques. Pour être efficace chez nous il n’y a pas de hiérarchie, les spéléos coordonnent et ne dirigent pas.
»

L’État et les spéléologues, conscients de ces difficultés, ont signé en 1977 une convention nationale qui précise le rôle indispensable des spéléos bénévoles en secours souterrain.

Le Spéléo Secours Français (SSF) est une commission technique de la Fédération Française de Spéléologie (FFS). La FFS est délégataire du ministère de la Jeunesse et des Sports. Elle compte environ 16 000 licenciés.
Chaque secours est un secours particulier
La priorité des sauveteurs c’est de prendre en charge la victime en l’isolant du froid, car sous terre la santé se dégrade très vite, et faire remonter au plus vite le bilan médical.

«Le temps des secours n’est pas celui des médias, poursuit Florence Guillot. Une fois que la victime est mise en attente au chaud et que les premiers soins lui sont dispensés (elle est médicalisée sur place), les équipes doivent prendre le temps de préparer sa sortie dans de bonnes conditions.

C’est toujours plus compliqué d’évoluer à plusieurs centaines de mètres qu’à l’air libre, porter une civière sous terre, l’adapter à la situation, aux conditions météo… on ne travaille jamais dans l’urgence, c’est à chaque fois du cousu main!
»

Et pour caler tous ces gestes techniques il faut des heures d’entraînement coordonnées par le spéléo secours ariégeois en Haute Ariège ou comme ici dans cette partie du Couserans.

L’exercice se déroule dans le puits A27 sur la commune du Port. Pas très parlant sauf pour les spécialistes: «À gauche du Mont Béa on est sur du «A» pour col d’Agne, à droite sur du «P» comme col de Pic et au milieu du «VM» pour vallée morte, explique Nicole Ravaïau, présidente du comité départemental de spéléo, talkie-walkie en main, elle suit l’évolution des secours sous terre.

Il y a sur ce périmètre une centaine de cavités (dont les plus importantes sont à -200m. Nous en découvrons régulièrement, certaines sont explorées d’autres pas. Le puits A27 fait jonction à -300m avec le Georges qui descend à -700m.»

Le puits A27 est divisé en trois sections sur lesquelles les différentes compétences se déploient: «nous avons la chance d’avoir en même temps un stage national de désobstruction, plusieurs équipes se relaient pour agrandir les passages à l’explosif, une équipe communication utilise une nouvelle technologie de communication basse fréquence par le sol [TPS]… cela marche très bien jusqu’à 1 000m en fonction de la roche.

Ici nous sommes dans le calcaire il faudra utiliser la perceuse pour mettre en place les cordes avec un système de poulies et de contrepoids… les secours équipent et déséquipent au fur et à mesure de leur progression.
»
Plus d’une soixantaine de spéléologues originaires de 10 départements
Pas moins de dix départements engagés pour un exercice régional du SSF parmi lesquels deux cadres spécialistes ariégeois, Robert et Vincent Guinot et le président du spéléo secours français en personne, le haut-garonnais Bernard Tourte (également conseiller technique auprès du préfet de région).

En moyenne il faut compter à minima un exercice par an de niveau régional. Sur celui-ci ont été invités les voisins de l’Aude et des Pyrénées Orientales pour préfigurer la future grande région.

«En France nous avons les moyens humains et matériels», poursuit Olivier Guérard. Le Spéléo Secours Français, qui a fêté en 2007 à Montélimar ses 30 ans d’existence, est une commission de la FFS regroupant au sein de structures départementales près de 2 000 spéléologues spécialisés dans le sauvetage et l’assistance aux victimes en milieu souterrain.

Le Ministère de l’Intérieur, par convention nationale déclinée au niveau de chaque département, reconnaît le rôle prépondérant et incontournable du SSF (qui a reçu en 2006 l’agrément de sécurité civile) pour ce qui concerne la partie souterraine des opérations de secours.

«Nos manuels sont traduits dans toutes les langues ce qui nous permet de diffuser notre technique à l’échelle internationale et de parler de la même chose quand on se retrouve sur un secours en Cantabrique ou en Italie».

La France fer de lance du secours spéléo a développé son savoir-faire depuis de longues années pour s’exporter dans le monde entier.

Dans cette dynamique les cadres n’hésitent pas à transmettre et se former: «le ministère jeunesse et sport nous envoie régulièrement à l’étranger pour échanger nos pratiques et nous spécialiser, ponctue Laurent Apel.

Que ce soit en Angleterre, en Ukraine ou au Brésil dans des spécialités aussi variées que la désobstruction, l’assistance aux victimes, la communication (TPS, téléphone) ou les techniques d’évacuation.

Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec les fabricants de matériel qui imaginent de nouveaux procédés pour faire évoluer nos pratiques: du côté mécanique et cordages l’isérois Petzl et l’ESSF de l’Isère concernant la mise au point du téléphone TPS Nicola.
»

Autant de précisions que tous ces spécialistes du secours ont pu développer au moment de la visite sur site d’Anne Peny, directrice de cabinet de la préfecture de l’Ariège.
Les sapeurs pompiers de l’Ariège au PC de commandement
C’est le Lieutenant Marc Seillé (Saint-Girons) qui assurait pendant cet exercice la mission de coordonner les secours.

«Nous sommes responsables du commandement logistique, nous acheminons les secouristes et le matériel sur site, sachant qu’il faut réaliser ensuite une marche de 20 minutes.

Nous faisons remonter les informations vers la chaine de commandement (SDIS et préfecture). Enfin nous prenons la main à la sortie du trou avec la prise en charge de la victime… c’est une bonne coopération entre tous les intervenants.
»

Coup de projecteur sur le spéléo club du Roussillon

À noter parmi les secouristes présents dans cet exercice la présence de Fabrice Fillols, du club Alti-karst de Fontrabiouse, préfigurant la grande région de demain. Président du comité départemental de spéléo, habitué des expéditions au bout du monde (notamment en Papouasie-Nouvelle-Guinée), Fabrice a mis en place une école départementale de spéléo visant à initier les jeunes à cette activité pluri-disciplinaire.

«Nous avons dans les Pyrénées Catalanes près de 130 licenciés et beaucoup de cavités à tendance horizontale, très belles et très prisées par les clubs. Nous avons également la gestion d’un important volet environnemental, car beaucoup d’entre-elles sont situées dans des parcs naturels ou des sites classés, notamment le réseau Lachambre, la grotte de Fuilla ou des Canalettes».

Pratiquer la spéléologie, c’est avoir le goût de l’aventure et l’envie de découvrir un autre monde. Les Pyrénées Orientales offrent à qui sait prendre le temps de les contempler, un beau terrain de jeu à tous les amateurs de puits, méandres, galeries, siphons et rivières souterraines.
Laurence Cabrol | 19/10/2015 - 18:56 | Lu: 13576 fois