Quel avenir pour les librairies ariégeoises?

Le salon du Livre de Paris, grand rendez-vous du monde littéraire vient de fermer ses portes.
C’est le moment de revenir sur l’avenir des librairies qui depuis plusieurs années rencontrent d’importantes difficultés liées au développement du commerce en ligne et à moindre mesure au développement du livre dématérialisé, numérique.
Les librairies sont elles vouées à disparaitre?Depuis cinq ans, les librairies françaises voient leurs ventes chuter de 10% par an. On estime qu’en 2017, demain, à peine plus d’un livre sur trois sera encore vendu par le canal des librairies. Tout le monde pense à la concurrence féroce livrée par le géant américain du commerce en ligne Amazon et des avantages fiscaux qu’il met à profit dans les pays comme la France. Cependant comparé aux autre pays occidentaux, notre réseau national résiste plutôt bien surtout si on le compare à celui des disquaires qui a lui complètement disparu du paysage national.
Mais il ne faut pas se voiler la face, selon les professionnels les librairies vont encore connaitre des années noires en matière de trésorerie (la pression des banques s’est accrue) et les ventes diminuer sur le marché du livre. Il y a les grandes structures appartenant aux grands groupes tels que Chapitre ou Gibert Joseph dont la fermeture a fait grand bruit dans les médias (ces librairies sont soumises à des impératifs financier, elles ont dû sacrifier quelques sites sur l’autel de la rentabilité).
Une profession à haut risque pour les banquiers qui les contraignent à revoir leur gestion, à réduire leurs coûts de personnel, leurs stocks. Au final moins de livres et moins de vendeurs en boutique, ce qui est catastrophique à long terme car le client vient chercher en boutique la rareté d’un ouvrage, les conseils de professionnels et l’accueil qu’il ne trouve pas sur internet.
Une profession sous perfusion grâce aux aides publiquesComparé à ce qu’il se passe en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, ces leviers permettent aux professionnels de mieux résister. Historiquement, la loi Lang a permis dès les années 80 de fixer un prix unique pour le livre, puis il ya eu la TVA sur le livre qui est repassée à 5,5%, enfin un quart des libraires reçoit des subventions.
Au début de l’année la bien nommée «loi anti-Amazon» en proposant d'interdire au géant de la vente en ligne de cumuler les 5% de remise légale et la gratuité des frais de port, l'exception culturelle française entend résister au géant américain du commerce en ligne. Une loi aux allures généreuse qui ne règle pas le problème à y regarder de près (voir l’article du Monde du 21 mars 2014).
«Dans tous les autres commerces le transport est franco de port alors que pour la librairie traditionnelle, vous pouvez avoir pour 500 euros de commande de livre, on paie le port en plus» souligne ce libraire indépendant.
«Nous avons eu la chance d’être protégé par la loi Lang (ce qui n’a pas été le cas pour les disquaires) mais cette loi «anti-Amazon» qui est encore loin d’être appliquée n’aura qu’un effet cosmétique sur le commerce du livre en ligne… on ferait mieux de s’attaquer à ses avantages fiscaux» poursuit-il sceptique.
Des coûts importants, des marges très faibles et un métier qui évolue«Nos marges sont plus faibles que dans les autres commerces traditionnels reconnait Pascal Surre responsable de la seul librairie indépendante de Foix, Surre-Majuscule, une affaire familiale héritée de son père qu’il a repris par passion. En Ariège il n’y pas de groupements d’achat, seulement de petites unités indépendantes qui ne peuvent pas négocier avec les éditeurs. Par contre notre coût logistique (transport, carburant) augmente de manière exponentielle, seuls ceux qui ont du fonds peuvent tirer leur épingle du jeu»
C’est un peu le cas de la librairie fuxéenne qui à côté des traditionnels best-sellers propose des ouvrages pointus et un assortiment intéressant de ce que l’on ne trouve nulle part ailleurs. «Nous avons la plus grosse surface indépendante du département avec 200m2 de librairies, les loyers sont en conséquence mais le choix des ouvrages également»
Mais qui dit choix dit nécessairement stock et à la sortie du sacro-saint inventaire annuel ce sont souvent des milliers d’euros immobilisés que les banques refusent de financer.
Une belle offre, les conseils de professionnels qui ne suffisent souvent pas dans cette lutte effrénée contre la concurrence en ligne, face à une clientèle volatile et des pratiques de lecture qui évoluent.
«De manière général c’est un commerce devenu fragile, pas assez rémunérateur (on voit beaucoup de librairies qui mettent la clé sous la porte) il y a moins de lecteurs en France et des lecteurs différents (tablettes, liseuses) donc le marché s’érode. Certaines enseignes importantes comme Virgin n’existent plus, d’autres comme la FNAC jouent la carte de la diversification (on trouve sur son site de l’électroménager) mais tout le monde ne pourra pas s’adapter» conclue ce professionnel conscient de la fragilité de la librairie et heureux de pouvoir la concilier avec la papeterie qui permet d’équilibrer son activité.
Des libraires qui doivent se remettre en questionOn leur reproche leur côté élitiste, passéiste, nostalgique d’un métier qui n’a pas su évoluer avec son temps… dans un complexe économique compliqué les libraires doivent vite réfléchir à leur mutation.
Certains ont déjà pris le virage «anglo-saxon»: «le lecteur a le temps de se poser de lire alors que dans la majorité des librairies françaises, le livre est un objet de consommation, il se consomme debout, on a à peine le droit de l’ouvrir avant de passer en caisse… ce n’est pas demain que l’on aura accès en boutique aux liseuses avec des versions numériques» remarque Marion Laffitte responsable de la Libraire Aux Temps Modernes de Pamiers.
Cette jeune femme a toujours eu comme projet professionnel de reprendre une librairie. Après des études d’Histoire, d’histoire de l’Art et un BTS Edition, l’occasion se présente à Pamiers où Mr Canal lui cède son fond de commerce il y a deux ans. «Les anciens gérants avaient déjà ressenti cette baisse d’activité, précise Marion Laffitte qui a pris le virage du commerce de proximité et du conseil. Ici il y a de l’humain, du conseil professionnel, je consacre beaucoup de temps avec mes clients pour faire des recherches, leur faire des suggestions…»
A la question de rentabilité la jeune libraire botte en touche: «je n’ai pas assez de recul pour analyser la situation. Je n’ai pas repris cette boutique pour gagner beaucoup d’argent… l’an passé j’ai payé mes fournisseurs, cette année c’est mieux mais nous avons tous conscience d’un contexte économique difficile»
Pour autant, Marion a des projets, notamment en terme d’accueil dans la librairie. «Nous organisons de temps en temps des signatures mais ici à Pamiers, la médiathèque est très active, elle propose régulièrement des petits-déjeuners littéraires et nous ne sommes pas sur ce créneau-là. Quant aux tablettes, liseuses, nous y avons pensé mais elles ne sont pas tout à fait compatibles avec notre public»
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