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Ariège: les femmes en campagne, le long chemin vers la parité

Crédit illustation: CIRE

Le droit de vote pour les femmes existe depuis 70 ans.

Le 23 mars 2014 est une date symbolique puisque ce sera le premier tour des élections municipales mais également la date anniversaire de cette loi adoptée par l'assemblée constitutive le 23 mars 1944.

Dans le département de l'Ariège la parité a eu du mal à s'imposer: sur un total de 332 maires, seulement 50 sont des femmes. On enregistre cependant un progrès sensible par rapport à 2001 où elles n'étaient que 14.

Les dernières élections cantonales ont permis à trois conseillères générales d'accéder à l'hémicycle mais des progrès restent encore à faire. Le scrutin de liste pourrait faire bouger les lignes en augmentant mécaniquement le nombre de femmes élues.

En Ariège nous avons rencontrés quelques élues en campagne, à questions identiques, approches différentes en fonction des tempéraments, de l’expérience du terrain, de la sensibilité.

Comment abordent-elles la vie politique aujourd’hui?

Nicole Quillien, maire sortant de Mirepoix souligne qu’il s’agit pour elle d’un «engagement d’un quart de siècle»

C’est aux côtés de Jeanne Ettori, une référence dans le paysage politique local qu’elle fait ses armes de conseillère municipale avant d’être première adjointe de Jean Cazanave «Entre temps j’ai passé un mandat dans l’opposition, cela m’a permis de comprendre tous les rouages. Aujourd’hui le maire et les élus sont beaucoup plus sollicités, impliqués, ils sont beaucoup plus en responsabilité qu’il y a 25 ans.

Du fait même d’être aussi élu communautaire, à ce titre nous avons une réflexion, un engagement beaucoup plus important
»

Un sentiment que partage Marie France Vilaplana, maire sortante de Bénagues et conseillère générale du canton Pamiers-Ouest depuis 2011 (en charge de l’éducation): «Je n’ai pas beaucoup de recul mais effectivement nous sommes me semble-t-il beaucoup plus sollicités y compris dans des petits villages de 400 habitants et nous avons beaucoup plus de responsabilités: dès 2001 j’ai été vice-présidente de la Communauté des communes du pays de Pamiers et en 2008 première vice-présidente en charge de l’administration générale, ce sont des postes à responsabilité qui demandent une forte implication personnelle»

Pour Françoise Pancaldi dans l’équipe d’André Trigano depuis 2001, son mandat transcende les partis politiques: «Je ne suis ni de droite, ni de gauche, je suis en politique parce que je suis à Pamiers (…) dans les années 2000, j’avais achevé ma mission de mère au foyer puisque mes enfants volaient de leurs propres ailes, André Trigano m’a demandé de le rejoindre au départ en tant que conseillère municipale, ensuite comme adjoint mais toujours en charge de l’Enfance-jeunesse, quelque chose que je sais faire. Etre élue c’est avoir une grande capacité d’écoute, accompagner les projets et avoir une dose d’humanité»

Pour Annie Fachetti, élue dans l’opposition à la mairie de Pamiers, l’engagement est récent, il date des dernières municipales en 2008 aux côtés d’Emile Franco. Elle repart cette année aux côtés d’Alain Fauré, tête de liste PS:

«On y va parce que l’on a envie de faire avancer des projets par rapport à ses concitoyens, surtout dans une démarche d’élections municipales. Je ne suis pas encartée, c’est un choix, peut-être que ce sera une de mes prochaines étapes. Mais aujourd’hui comme hier je pars dans cette aventure parce que j’ai des projets et des ambitions pour ma ville»

Christine Téqui, maire sortant de Seix et vice-présidente à la culture au Conseil général apporte une réponse tranchée: «Si la question concerne la différence entre comment j’aborde la vie politique et comment l’aborderai un homme, je ne suis pas sûre que l’on soit câblés différemment! Aujourd’hui une femme a normalement plus de choses à gérer, plus d’implications mais la société évolue favorablement à mon sens»

Nous y voilà c’est le moment de parler des lois consacrées à la parité, d’aborder leur conception de leur rôle de femme en politique… ont-elles eu besoin de jouer des coudes pour imposer leurs idées, se faire une place?

Nicole Quillien et Marie-France Vilaplana sont reconnaissantes à toutes ces lois du moment qu’elles vont dans le sens du progrès mais ces deux élus émettent les mêmes réserves.

«C’est frustrant pour moi qu’une femme soit à un poste (dans n’importe quel milieu mais surtout en politique) parce qu’il y a un quota et qu’il faut à tout prix une femme, s’exclame la première. Il faut y être parce que l’on a envie d’y aller et parce que l’on est reconnu en capacité de faire les choses… donc pour moi le seul critère, hommes ou femmes confondus c’est la volonté et les compétences. Pour ma part personne n’a fait obstacle à mon engagement sous prétexte que j’étais une femme. J’ai saisi les opportunités qui m’étaient offertes et j’ai fait mes preuves»

L’élue de Bénagues en politique depuis 1995 (d'abord aux côtés de Constant Bergé puis à partir de 2001 comme tête de liste) n’aime pas beaucoup que «la loi impose les choses en matière de parité. Quand on a envie de faire avancer le projet politique que l’on a pour son territoire, il faut dépasser ces clivages et foncer. Et puis en tant que femme on nous demande de faire nos preuves souvent davantage que pour les hommes… et il n’y a pas que dans la politique!»

Annie Fachetti considère qu’elle fait partie d’une génération de transition:

«Nos mères n’ont connu le droit de vote que tardivement et cela a été pour elles une révolution. Pour nous c’est un droit acquis, nous sommes nées avec, par contre le droit d’avoir un engagement électoral est venu plus tard, avec une certaine frilosité pour ces femmes de passer un cap, s’engager en politique ou dans des projets politiques. Je considère que l’on a un véritable rôle à jouer, il ne faut pas manquer cette occasion-là et montrer aux futures générations de femmes que cela peut être naturel d’être une femme en politique, que l’on a toute notre place… même si c’est dur car il faut bien souvent concilier de multiples tâches et de multiples responsabilités familiales ou professionnelles»

Selon Annie l’arrivée en politique de femmes c’est aussi une révolution pour ces messieurs: «Pour ma part j’ai eu de la chance, on est venu me chercher en 2008 et 2014… un certain nombre d’élus au masculin découvrent l’avantage à réfléchir de façon mixte dans des groupes de travail ou dans des groupes de réflexion... On apporte un regard différent»

Christine Téqui avoue que bien souvent les femmes se mettent des barrières, elle l’a constaté au moment de constituer sa liste:

«Quand on va voir de jeunes femmes de 25-30 ans, elles ne veulent pas s’impliquer car elles préfèrent avoir des enfants. A 30-35 elles ne peuvent pas car les enfants sont trop petits et puis à 40-45 ans quand les enfants ne sont plus là, elles disent qu’elles veulent profiter de la vie et enfin à 60 ans elles sont grand-mères et s’occupent des petits enfants…

Personnellement je suis gourmande de la vie politique et des moments extraordinaires qu’elle procure. Je présente une liste paritaire, je n’y suis pas obligée mais cela va dans le sens de l’histoire. On est à l’aube d’un Conseil général qui va devenir paritaire… cela fait beaucoup de changements pour les hommes politiques
»

Quant à Françoise Pancaldi: «Je n’ai pas beaucoup de recul mais en 2001 quand je suis arrivée en politique André Trigano n’avait pas attendu cette loi pour donner des responsabilités aux femmes»

Concernant son quotidien d’élue: «Je confirme que ce n’est pas toujours facile de travailler, s’occuper de sa famille et faire de la politique avec des hommes mais nous en tant que femmes nous avons cette force là. On progresse lentement mais sûrement, nous n’avons pas besoin de jouer des coudes… sur le terrain l’écoute peut faire avancer les idées»

Justement ces élues «femmes» ont souvent plusieurs casquettes. Elles sont mères au foyer, ingénieur, chargée de mission ou salariée… comment arriver à concilier vie privée, vie professionnelle. Leur position dans le landerneau politique les expose souvent aux coups. Leur engagement leur a-t-il posé problème, se font-elles draguer, existe-t-il un esprit d’entraide entre au féminin…? Autant de questions auxquelles elles ont répondues.

Nicole Quillien est catégorique, l’emploi du temps d’une femme politique est chronophage:

«Quand je suis partie en politique j’étais engagée dans des associations mais je ne travaillais pas… heureusement car la disponibilité c’est l’élément clé pour un engagement serein (…) en revanche pour la vie privée, ce doit être un choix pris en famille car on n’est pas souvent à la maison. Me concernant il n’y a pas de problème c’est un engagement concerté. Etre une femme c’est un atout cela permet d’avoir un contact plus facile.

Pour ma part j’étais la seule femme dans un milieu masculin, je n’ai pas du tout senti de pressions de leur part, au contraire j’étais en position favorisée. Enfin on rencontre les mêmes problèmes, on a les mêmes doutes que l’on soit un homme ou une femme… Non je n’aurais pas l’instinct d’aller vers une collègue femme, je vois plutôt la fonction et les compétences
»

Marie-France Vilaplana était dans la Banque, «j’ai pu prétendre à mes droits à la retraite suffisamment tôt pour me consacrer à mes administrés. Mes enfants sont grands, mon mari me soutient à 100%. (…) L’esprit de réseau, d’entraide oui c’est important autant pour des collègues hommes ou femmes»

Pour Annie Fachetti, chargée de communication, maman de deux garçons, il faut faire face à la multiplicité des tâches:

«Il y a un temps pour tout. En 2008 j’ai eu cette discussion avec mes enfants, je suis une maman seule, preuve par l’exemple qu’il est possible de concilier vie publique, vie professionnelle et vie familiale. Aujourd’hui encore j’ai fait mon choix avec eux… sachant qu’ils sont ma priorité.

Il faut voir que mon engagement est récent. En 2008 nous avons perdu les élections donc l’engagement pour lequel je m’étais préparée était moindre… j’espère bien que cela va changer en 2014! Concernant l’aspect relationnel, il peut parfois y avoir des relations dans le registre de la séduction mais c’est toujours dans le respect… non je ne me suis jamais faite draguée donc pas de telles situations à gérer.
(…) J’ai parfois certains retours de femmes qui voient en ce que je représente, un côté symbolique …mais je n’ai pas identifié de réseau particulier»

Même profil pour l’élue du Couserans:

«Je suis une femme séparée donc c’était calé à l’avance et peut-être que ce fonctionnement là m’a permis de poser un temps public et politique avec une garde alternée. Une femme pense toujours à ses enfants, quand on sait que tout se passe bien pour eux cela enlève une partie anxiogène»

Christine Téqui avoue qu’elle a du réduire sa présence professionnelle depuis son élection au Conseil général:

«Deux jours par semaine je suis ingénieur informaticienne, c’est un peu frustrant pour moi car j’ai plaisir dans mon activité professionnelle. Pour autant j’avais envie de garder un pied dans le travail car c’est garder un pied dans la vie de tous les jours, dans le quotidien des français… je suis dans le privé c’est d’autant plus important pour moi (…) les rapports homme / femme sont toujours un peu sur la séduction, si on en joue c’est sans ambiguïté (…) quand j’ai un petit coup de mou, de questionnement, d’angoisses, je me tourne vers un petit noyau de fidèles qui m’accompagnent en montagne pour évacuer. Ma première amie c’est la montagne»

Françoise Pancaldi a trouvé un emploi après 2001, elle s’est organisée pour mener de concert ses deux activités.

«Un engagement public ça se construit à deux, cela prend beaucoup de temps à l’extérieur. Mon conjoint n’est pas impliqué sur la partie visible de l’iceberg par contre à la maison on échange beaucoup, c’est très important»

Un peu de malice brille dans sa pupille quand on évoque le côté séduction: «une femme se fait toujours draguer… l’homme propose la femme dispose. C’est plutôt agréable de savoir que l’on plaît, les relations humaines sont basées sur la séduction… Honnêtement je commencerai à m’inquiéter si ce n’était plus le cas, cela voudrait dire que j’ai pris un coup de vieux!»

A quelques semaines du premier tour des élections municipales alors que les choses sérieuses débutent, comment s’annonce pour elles cette campagne 2014?

«J’y suis en plein s’exclame Nicole Quillien dont la liste est bouclée. Etant portée par le PS je voulais que la section en ait la primeur, elle sera ensuite dévoilée en conseil municipal à mes anciens colistiers. Il y a une part de renouvellement importante notamment pour intégrer la parité. Dans une dizaine de jours je dévoilerai liste et programme à la presse»

Marie-France Vilaplana est elle aussi en campagne: «nous avons une liste de 11 candidats, renouvelée pour moitié. A priori il n’y a à ce jour que notre liste à Bénagues»

Annie Fachetti se félicite de l’état d’esprit dans lequel la campagne a débuté:

«C’est une très belle campagne en interne. Nous avons la chance d’avoir comme en 2008 une tête de liste qui impulse énormément d’énergie et d’enthousiasme. Nous partageons des valeurs, des objectifs, toutes générations confondues, les anciens sont là pour transmettre leur expérience aux nouveaux. La campagne c’est un moment extraordinaire qui personnellement me ressource énormément, c’est un moment de partage et de plaisir, des moments intenses que nous partageons avec les appaméens»

Christine Téqui a marqué un temps de réflexion:

«Il y a un moment où l’on se pose la question, je repars, je repars pas. Ce n’est pas une évidence pour tous les élus. J’ai le plaisir de repartir avec 5 anciens et 10 nouveaux, des gens avec lesquels on a eu le bonheur de construire dans une équipe renouvelée… il y a de la continuité, l’expérience des anciens et la nouveauté impulsée par les nouveaux. (…) nous avons souhaité donner de la transparence à l’action politique car en tant que citoyen on a le droit de savoir, d’évaluer, de juger une équipe sortante avant de se projeter dans un second mandat. Les postures sont différentes entre chaque élection mais le plaisir est intégral»

Selon Françoise Pancaldi, c’est une campagne un peu particulière «Nous sommes sur le 4ème mandat d’André Trigano, nous avons à finir ce que nous avons commencé, voir l’aboutissement des projets impulsés. Le maire sortant va présenter sa liste d’ici une dizaine de jours, une liste renouvelée qui permet d’avoir d’autres projets mais je lui en laisse la primeur» Patience donc.

Après ces rencontres, ces échanges, il ya un dénominateur commun avec toutes ces femmes rentrées en politique, leur moteur c’est la passion… preuve que les femmes sont des hommes politiques comme les autres.

Laurence Cabrol | 05/02/2014 - 18:42 | Lu: 17452 fois