Tribunal correctionnel de Foix: 8 mois de prison «pour le bourreau»

Me Casellas-Ferry avocat de la défense
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Éric a été condamné cet après-midi à de la prison ferme. Âgé de 45 ans, il comparaissait pour violences en récidive sur conjoint. Il a été relaxé de l’infraction d’interdiction d’entrer en contact avec son ex-compagne.
Versions contradictoires, le tribunal suit la plaignante
Éric était présenté en comparution immédiate le 11 septembre dernier, son procès était renvoyé au 20 octobre, le tribunal ayant décidé de faire suite à un supplément d’information demandé par le prévenu et son avocat, arguant de versions contradictoires, de témoins pas entendus, ou d’appels téléphoniques pas vérifiés.

N’ayant aucun rapport avec l’Ariège, l’affaire n’aurait pas dû être jugée à Foix… seulement voilà, Éric a été interpelé à Ax-les-Thermes dans un jardin abandonné, alors qu’une fiche de recherches avait été lancée à son encontre le 21 août dernier, après le dépôt de plainte effectué à Muret par son ancienne compagne.

Mais remontons le temps. Ce soir du 19 août à Muret (Haute-Garonne), les forces de l’ordre sont avisées par un ami: X git prostrée sur son canapé. Elle porte trace de nombre de coups (3 jours d’ITT), dont une plaie à la lèvre et une autre profonde à l’arcade sourcilière, le sol de la pièce semble avoir été nettoyé.

X refuse de se faire prendre en charge par les pompiers, mais déposera plainte, sous les conseils des gendarmes, contre son ex-compagnon. Une plainte qui vient s’ajouter à de nombreuses autres déposées au fil des ans.

Le prévenu en sursis et mise à l’épreuve suite à sa dernière condamnation (il a été condamné 2 fois pour violences et appels malveillants envers X, la dernière fois le 18 décembre 2013), avait interdiction de se rendre à Muret où vit la jeune femme et leur fils âgé de 7 ans.

Seulement voilà, le couple n’a jamais respecté cette interdiction. Me Casellas-Ferry avocat du prévenu, soulignant: «elle ne fait rien pour respecter cette interdiction; moralement son attitude n’est pas cohérente, mais au contraire ambigüe».

Me Guy Dedieu avocat de X n’a pas la même lecture des responsabilités: «elle a aimé passionnément M., l’objet de son amour et son bourreau. L’ambigüité est là».

Dans le box des prévenus, Éric explique «on s’est remis ensemble après sa dernière cure. On a vécu ensemble pendant 14 mois et après elle m’a jeté dehors». Durant une semaine, Éric vit dans la cave d’un voisin, avant de squatter celle de X.

Une pétition circulait d’ailleurs au sujet de son éviction; «pétition arguant du comportement intempestif dû à l’alcool de M.», note Me Dedieu.

Sur les faits de violence aggravée, les témoignages de X et du prévenu diffèrent. Car si la jeune femme explique dans sa déposition que le prévenu a commencé à la frapper quand elle montait les escaliers; la scène de violence aurait duré 30 minutes, Éric la nie.

Il admet avoir «bousculé» X après qu’elle l’ait griffé, bousculade qui aurait provoqué une blessure à l’arcade sourcilière, «quand elle s’est cognée contre le montant du lit», il réfute véhément d’autres violences.

Le «montant du lit» dont parle le prévenu semble questionner le vice-procureur qui glisse: «selon les photos présentées par la présidente du tribunal il semble qu’il n’y ait pas d’angles saillants sur le lit». Faux selon Me Casellas-Ferry «on ne peut pas dire que c’est impossible, la structure est en métal».

Quand Isabelle de Combette de Caumon interroge le prévenu sur le courrier qu’il a adressé le lendemain des faits à son ex-compagne, Éric rétorque «avoir voulu s’excuser de l’avoir poussé».

Sur les nombreux appels qu’il aurait passés à X les 18 et 19 août, il argue que sa nièce en serait l’auteur. Elle voulait l’aider à récupérer ses affaires encore en possession de X. Le prévenu glisse «je veux vraiment m’en sortir, plus de femme qui vit avec moi».

Pour X, Me Dedieu rappelle: «M. s’est signalé par un certain nombre d’excès. Les SMS envoyés par ma cliente n’étaient pas une invitation aux faits du 19 août. Une fois encore, il s’est illustré dans le domaine de la violence. Coupable bien souvent du pire, ce soir-là, c’est allé trop loin» affirme l’avocat qui a demandé 4 000€ de dommages et intérêts.

Au parquet François Hebert lance: «M. est quelqu’un de particulièrement inquiétant. Avec 9 condamnations à son casier. La récidive est visée et c’est la même victime que l’autre fois

Concernant d’interdiction d’entrer en contact avec X, le vice-procureur souligne: «elle a accepté de le recevoir, mais c’était à lui de prendre ses responsabilités.»

Et le vice-procureur de revenir sur les deux pages du certificat médical, et les trois jours d’ITT avant de requérir 6 mois de prison, révocation du SME à hauteur de deux mois comme préconisée par le juge d’application des peines, et maintient en détention.

En défense, Me Casellas-Ferry demande à ce que le tribunal ne tienne pas compte de ce certificat médical. Il indique que la jeune femme «présentait des blessures antérieures aux faits reprochés à son client, dont des dents cassées, et de nombreux hématomes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel».

Pour l’avocat pas de doute, «M. est responsable de la blessure à l’arcade. Il reconnait la bousculade, toutefois», l’avocat aurait «aimé entendre du Ministère public un partage des responsabilités quant à l’interdiction d’entrer en contact».

Éric a donc été relaxé de l’infraction d’interdiction d’entrer en contact avec son ex-compagne. Pour les violences en récidive, il a été condamné à 6 mois, plus révocation à hauteur de 2 mois du sursis précédent, et maintient en détention.

La partie civile a été reconnue recevable. Éric devra s’acquitter de 700€ de dommages et intérêts; et 600€ de frais d’avocat.

NR | 20/10/2015 - 19:12 | Lu: 7285 fois