Tribunal correctionnel de Foix: 8 mois de sursis pour le patient menaçant

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Poursuivi dans 5 dossiers pour des menaces de mort ou des appels téléphoniques malveillants adressés depuis trois ans à nombre de médecins toulousains, mais aussi à l’ordre des médecins de Haute-Garonne et au personnel de la caisse d’assurance maladie de l’Ariège, Mickaël a écopé de 8 mois de sursis ce mardi.
Il plaide pour «une souffrance sans nom»
On ne compte plus le nombre d’appels téléphoniques, de mails, adressés par le prévenu.

Il pouvait passer 30 coups de fil dans la journée, menaçant de faire exploser les locaux de l’ordre des médecins, de fusiller le médecin-chef de la CPAM, ou bien encore de harponner un médecin de la clinique Toulouse Lautrec.

À l’Hôtel Dieu (CHU de Toulouse), il avait menacé de se procurer une arme.

En récidive, car déjà condamné en décembre 2014 et juin 2015, Mickaël a été interpellé récemment à Albi.

Lors de son procès, sans l’assistance d’un avocat, il a tenté d’expliquer sa «souffrance».

Victime d’un grave accident en juin 2010, qui le laissera polytraumatisé (il marche encore difficilement), l’homme estime avoir été mal soigné.

D’après ses dires, une opération aurait pu être tentée en 2013 pour «réparer» son genou, mais les chirurgiens orthopédiques auraient annulé l’opération. Et d’indiquer: «si les médecins pouvaient faire leur travail ou m’expliquer pourquoi ils ne le font pas».

Il en veut aux médecins, à la CPAM «qui lui vole ses indemnités journalières», il semble persuadé que personnel et corps médical se sont ligués contre lui.

Le psychiatre qui l’a examiné le décrit comme «paranoïaque, procédurier et potentiellement dangereux». L’altération du discernement est également pointée du doigt.

Parlant de lui à la troisième personne, le prévenu glisse: «je pense que les torts sont partagés. S’ils avaient fait un geste, Monsieur ne serait pas passé au tribunal».
Des menaces d’une rare violence
L’avocate du conseil de l’ordre n’a pas la même lecture des faits.

Elle a rappelé les 30 coups de fil journaliers, les menaces de mort, de torture, etc… et évoqué la possibilité d’un passage à l’acte.

Propos réitérés par l’avocat du CHU de Rangueil glissant: «le CHU se doit d’assurer la sécurité de ses patients et personnels».

13 000€ de dommages et intérêts (pour les différentes parties), plus frais d’avocats ont été réclamés par les parties civiles.

Le médecin-chef de la CPAM de Foix ne s’est pas constitué partie civile, mais a indiqué: «Monsieur a eu tout ce qu’il pouvait avoir. Il a également bénéficié de certaines prestations en espèces».

Pour le procureur de la République, l’expertise psychiatrique résume l’essentiel de la problématique. Un handicap douloureux, une démarche virulente, pas d’altération majeure.

«Il reconnait les menaces de mort, mais les minimise. Isolé socialement, très certainement dangereux, il n’a pas encore compris que ses souffrances ne l’autorisaient pas à harceler et menacer de mort secrétaires et corps médical.

Cela dure depuis des mois, des années
» a poursuivi Karline Bouisset.

«Parce que c’est grave, répétitif, qu’il a instillé un climat de danger, qu’il est en récidive» le procureur a requis une peine mixte de 6 mois dont 3 mois en sursis et mise à l’épreuve durant 2 ans, interdiction d’entrer en contact avec les victimes et obligation de soins, «afin de lui faire prendre conscience que la façon dont il perçoit les choses n’est pas la réalité».

Pour sa défense, Mickaël a noté: «la punition je l’ai déjà eu, je suis là. Quand on affaiblit une personne, elle voit qu’il n’y a pas d’issue de secours».

Mickaël a été condamné à huit mois de sursis mise à l’épreuve durant 24 mois. Obligation de soins et interdiction d’entrer en contact avec les victimes.

La présidente a prévenu: «la balle est dans votre camp; la prochaine fois, ce pourrait être une comparution immédiate, avec de la prison ferme».

NR | 03/02/2016 - 18:11 | Lu: 5462 fois