Saverdun: un site antique et médiéval mis au jour sur le chantier du nouveau parc commercial
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Entre pelleteuses et bulldozers, une poignée d’archéologues de l’Inrap (Institut National de Recherche Archéologiques Préventives) manient le pinceau et le scalpel pour exhumer des squelettes vieux de plusieurs centaines d’années.
Depuis 2001 la loi oblige tout aménageur à établir un diagnostic sur les sites ou sont réalisés des travaux. Ces fouilles préventives sont menées en amont des travaux de construction d’un complexe commercial de près de 10 000 m2 sous la maîtrise d’ouvrage de l’ADIM sud-ouest.
Ce chantier fait suite à un diagnostic archéologique réalisé par l’Inrap en 2012. Financé en intégralité par l’aménager à hauteur de 500 000 €, il a débuté en décembre et s’achèvera le 27 avril prochain.
Une zone funéraire médiévale du Xe au XVIIIe liée au prieuré de l’abbaye de Lézat
Didier Paya, spécialiste en anthropologie funéraire médiévale n’est pas surpris des trouvailles faites sur ce site: «beaucoup de chercheurs avaient travaillé sur Saint Martin de Peyrelade, un prieuré bénédictin mentionné dès le XIe dans le cartulaire dé Lézat...
Il suffisait de demander aux paysans locaux ou les charrues se relevaient !»
Les monographies écrites par les érudits locaux ou les archéologues mentionnent en effet cette église disparue de St Martin de Peyrelade. Le nom du lieu dit, Frayas, est tiré du mot occitan fraïre, signifiant moine. Cette église est citée dans les chartes médiévales comme prieuré de l’abbaye de Lézat.
Cependant rien de comparable au palais wisigothique mis au jour en 2011 par l’archéologue avant la réalisation de la nouvelle école d’Économie de Toulouse.
Si l’on s’en tient aux vestiges des fondations, les dimensions de l’édifice sont modestes (une vingtaine de mètres sur huit), il avait été détruit une première fois pendant les guerres de religion (1627-1628) ensuite elle a certainement servi de pierrier à la population locale: «cet ensemble était bâti en briques avec un clocher mûr.
Nous n’avons que les tranchées de fondations et les négatifs de murs. Le four que nous avons découvert à proximité a probablement été construit en même temps que l’église permettant ainsi de préparer les tuiles et les briques nécessaires au chantier. Il a été ensuite détruit».
À l’intérieur du prieuré quelques tombes de privilégiés car comme l’indique l’archéologue «pour se faire inhumer dans une chapelle, cela coûtait nécessairement plus cher. Autour du bâtiment des tombes ont été aménagées, on y retrouve une population d’hommes, de femmes, d’enfants dépendants des possessions du prieuré ou liés spirituellement à lui».
Dans la nécropole des fosses ayant la forme du corps sont disposées en rangées, dans certaines d’entre elles ont été déposés des vases: «à cette époque la tombe du chrétien doit être humble, le corps est enveloppé d’un linceul on y dispose pour tout mobilier un vase contenant probablement de l’eau bénite, une protection spirituelle contre le mal» poursuit le spécialiste.
Un ensemble archéologique de l’Antiquité tardive
Mais plus surprenant encore, les archéologues ont aussi dégagé à proximité une trentaine de tombes antiques datées du IIIe au IVe siècle. Constituées des fameuses tuiles plates romaines, les tegulae, elles sont bâties et ont la forme de coffres.
En contact avec celles-ci, on note également la présence de vestiges arasés pouvant constituer les fondations d’un monument funéraire romain.
Au sud du site, les spécialistes de l’Inrap ont également découvert les fondations d’un autre monument antique, probablement les restes d’un édifice funéraire maçonné de plus grande ampleur.
C’est dans le froid de l’hiver ariégeois que le chantier se déroule et livre ses vestiges: céramiques, verres, ossements…
«Tout le mobilier (ce que l’on peut déplacer) est stocké au centre de conservation de la Direction Régionale des Affaires Culturelles) et sera daté, explique Didier Paya.
Dans le rapport final d’opération nous donnerons une description très pointue de ce qui a été découvert sur le plan architectural mais aussi au niveau des céramiques et de l’étude anthropologique des populations.
Ce document pourra amener à déclencher une publication plus ou moins grand public et une partie des découvertes peuvent se retrouver dans un musée en exposition. Nous sommes à présent en phase terminale. Encore un mois de fouilles et nous quittons définitivement le chantier».
Mais d’ici là les curieux ou les passionnés d’histoire pourront découvrir ces vestiges à l’occasion d’une journée portes ouvertes du site de fouilles samedi 11 avril de 14 à 17 h 30.
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