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Sentein: histoire de l'Abbé Maurette

© midinews 2015

Zoom sur une ville où les différences sociétales n’existaient que dans les esprits étroits plutôt minoritaires à une époque où le tramway transportait mineurs, marchandises, belles dames en chapeaux et notables en habits depuis Saint-Girons.

Effectivement depuis la fin 19e  jusqu’au début 20e  l’ouverture vers le monde extérieur faisait partie intégrante de l’histoire Biroussanne en raison de l’implantation de quelques infrastructures à vocations diverses, mines, thermes, attirant des personnes de tous lieux et de toutes classes sociales.

S’il y a bien eu une mixité sociale et intellectuelle sans parler des mariages entre personnes de castes différentes, c’est bien dans cette vallée.

Aujourd’hui les temps ont changé, l’exode rural de l’après-guerre a fait du pur Sentenois quelqu’un de rare malgré quelques traditions locales qui persévèrent nonobstant…
Curé et partisan sous le même bonnet
Il faudra remonter à la Révolution pour retrouver le curé Jean-Pierre Maurette, fils d’aubergiste à Massat, une autre vallée du Couserans réputée aussi pour ses fortes têtes, qui devint consul puis premier maire de Sentein sous l’Ancien Régime en 1790.

Élu au suffrage direct par les citoyens, le curé constitutionnel Maurette célébra sur la place publique de Sentein autour de l’autel de la patrie, dans un climat d’union on ne peut plus nationale, une messe au nom de la fête de la Fédération le 14 juillet 1790, en même temps que celle commémorée au champ de Mars à Paris.

Il était fréquent que l’abbé militant s’emballa à donner son avis concernant les affaires politiques en plein au milieu d’une bénédiction, ce qui lui valut en 1793 d’être arrêté à titre préventif lors d’une fête patriotique religieuse pour être emmené à la prison du Couvent des Carmes à Toulouse histoire de calmer ses pulsions militantistes.

Une histoire un peu similaire se passa à Bègles près de Bordeaux où le 2 février 1790 Marc Daguzan alors curé de la paroisse fût élu premier maire par 64 citoyens, fonction à laquelle il mettra un terme pour se marier en 1794. Durant plusieurs années l’église Saint-Pierre fera office de mairie sur laquelle est d’ailleurs toujours inscrite la citation républicaine «Liberté, Égalité, Fraternité» datant de cette époque.

Contrairement à Bègles, à Sentein il n’y a pas de plaque pour le prêtre révolutionnaire Maurette qui mourut tranquillement en 1830 de retour à son poste de curé au village du Biros suite à sa rédemption.

Cette histoire qui peu à peu se logea dans les souvenirs définitivement oubliés de la vallée Biroussanne laissa place ensuite à d’autres anecdotes du genre moins croustillantes, car la cohabitation politique et religieuse resta bien ancrée dans l’inconscient collectif local même si les maris militants se tinrent souvent hors de l’église tandis que leurs dames assistèrent à la messe…

ALB | 19/05/2015 - 20:13 | Lu: 25111 fois