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«Lézat, un village né d'une abbaye», un ambitieux projet culturel voit le jour au coeur de la vallée de la Lèze

© midinews 2015

Aujourd’hui enclave ariégeoise dans le département de la Haute-Garonne, Lézat, ville de 2400 habitants, autrefois capitale spirituelle du midi, a prospéré grâce à la culture du pastel, mais c’est pourtant grâce à son abbaye qu’elle a laissé son nom dans l’histoire.
Un patrimoine culturel colossal qu’il faut à présent animer
Constructions de briques, édifices à pans de bois ou grands espaces ombragés de cèdres centenaires, donnent à ce village un cachet unique et témoignent d’un passé glorieux étroitement lié à son abbaye bénédictine rattachée au monastère de Cluny au XIe siècle.

Fondée en 940 par l’abbé Aton, vicomte de Béziers, elle a constitué en son temps un pouvoir politique qui tenait cette région charnière entre le comté de Foix et celui de Toulouse.

Les possessions de Lézat sont importantes, de St Béa aux vallées de l’Ariège et des Pyrénées à Toulouse où l’on retrouve un domaine appartenant à l’abbaye ariégeoise près du château narbonnais.

Dans la société médiévale du sud-ouest de la France, les seigneurs-évêques de Lézat doivent leur renommée à leur richesse foncière et à la place qu’ils tiennent sur l’échiquier politique.

Un plan datant du XVIe siècle représente le bourg depuis les coteaux : à l’intérieur de la ceinture des remparts, on distingue, à droite, le clocher de l’actuelle église paroissiale et à gauche, les bâtiments conventuels de l’abbaye ainsi que son église (l’église St-Pierre).

Ces précieux renseignements ont permis aux archéologues, aux historiens, à partir des vestiges du cloître (éléments lapidaires, pans de murs, interprétations des fouilles de sauvegarde), des archives des érudits locaux (notamment Urbain Gondal) et des indications fournies par le fameux cartulaire de Lézat rédigé au XIIIe siècle, de reconstituer ce monastère fortifié, remanié à plusieurs reprises et détruit à la révolution.

En effet, l’abbaye au centre de la ville était cernée de remparts (trois enceintes fortifiées séparées de fossés et trois portes qui figurent sur le blason de la ville) dont les démolitions ou les modifications successives ont engendré le paysage urbain contemporain autour d’un noyau central constitué par la mairie (anciens bâtiments monastiques devenus école) l’ancienne maison de l’abbé datant du XVIIIe siècle et les rues circulaires aux couverts (XIVe-XVe siècles) harmonieux ont remplacé peu à peu les enceintes.

Au cœur du bourg, l’église Saint-Jean-Baptiste, vaisseau gothique de briques coiffé de tuiles rouges est admirablement conservé bien qu’il ait été remanié à plusieurs époques.

À l’intérieur, le trésor, constitué par des bustes reliquaires du XVIIe siècle en bois dorés provenant de l’abbaye et dans la chapelle Saint-Antoine de remarquables panneaux de bois peints et dorés évoquent les moments la vie du saint Ermite.

Jean-Claude Courneil, maire de Lézat est conscient de ce formidable patrimoine. Mais les dotations de l’État fondent d’une année sur l’autre comme neige au soleil et il veut rester prudent sur les investissements et les projets.

Après avoir réalisé une nouvelle école puis la salle multisports, il entant à présent s’attaquer à la culture et au patrimoine notamment avec une médiathèque dans l’ancien « prieuré » dont la construction est repoussée en 2017, mais dont il place la réalisation au cœur de son second mandat.

 Il a sollicité le conservateur adjoint des antiquités et objets d’Art, Salem Tlemsani, un enfant du pays qui connait sur le bout des doigts l’histoire locale pour mettre en musique le projet culturel et scientifique né des études et observations impulsées par les différents partenaires: «c’est un véritable plan d’attaque consistant à repérer les éléments patrimoniaux, identifier tous les objets liés aux lieux dans lesquels on les a découverts… au final nous avons réussi une thématique.

Lézat, un village né d’une abbaye qui nous sert de fil rouge pour élaborer un système de promenades nous permettant d’aller à la rencontre des lieux dans lesquels les moines ont exercé leur pouvoir (spirituel et politique), nous allons mettre en valeur, en évidence ce que sont devenus ces lieux après leur départ
» explique Salem intarissable sur ce projet patrimonial à géométrie variable.
Pouvoir du seigneur abbé à celui de la République laïque
Quatre grands axes ont été dégagés dans ce projet : tout d’abord l’embellissement de l’église paroissiale St Jean Baptiste qui conserve d’importants objets de culte et de dévotion*.

Ensuite l’implantation d’une médiathèque intégrant des éléments lapidaires (récemment classés) dans le palais abbatial appelé par les lézatois «le prieuré».

Après la disparition des derniers moines, l’abbaye devient carrière (on retrouve des briques et des pierres prélevées dans la plupart des maisons du bourg) et deux chapelles non détruites sont transformées en bâtiment agricole accessible à la visite (une fois que le toit sera réparé) et permettant d’illustrer la vocation agricole du village au XIXe siècle.

Enfin du monastère bénédictin à la mairie : jusqu’au XVIIIe siècle les bâtiments ont été transformés et ceux qui abritaient les moines ont été vendus à la découpe au moment de la Révolution.

Peu à peu les municipalités qui ont suivi les ont rachetés pour y installer l’école de la République et y loger les instituteurs à l’étage.

Si bien qu’actuellement la salle de réunion du conseil municipal est installée dans l’ancienne salle capitulaire et l’on retrouve ici ou là dans les bureaux administratifs des éléments d’un autre temps.

La volonté politique est là reste à trouver les financements pour accompagner cette politique culturelle.

«La synergie impulsée par la commune est également portée par des partenaires associatifs très dynamiques, poursuit Salem. À très court terme, nous pouvons aménager une visite de l’ancienne école, car nous avons récupéré suffisamment de matériel pour en retracer l’histoire.

Du monastère bénédiction, au monastère laïc, la boucle est bouclée autour de l’histoire de cette abbaye dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges, mais dont on peut imaginer le cloitre en le comparant à celui des jacobins de Toulouse
».

Un projet dont l’ébauche prend forme et dont nous aurons l’occasion d’aborder bientôt les contours.

*Les reliques apportées à Lézat en 1106 par le comte Roger II de Foix à son retour des croisades attiraient de nombreux pèlerins pour soigner le «feu de St-Antoine», également connu sous le nom d’épidémie du «mal des ardents» occasionné par un champignon du seigle qui provoquait fièvres et gangrène. Si bien que l’ordre hospitalier des «Antonins» fut constitué au XVIe siècle pour accueillir les pèlerins. De nos jours ce n’est plus le trésor d’art sacré qui est vénéré, mais la dent de Sainte Apollonie réputée pour calmer les maux de dents des nourrissons qui se pressent dans les bras de leurs mamans deux fois par semaine dans l’église paroissiale.

Laurence Cabrol | 17/07/2015 - 19:27 | Lu: 27191 fois