Le buste XVIe du Saint Paul d'Arnave retrouve son lustre
Située à 720 m d’altitude dans un écrin de nature, la chapelle Saint Paul sur les hauteurs du petit village d’Arnave est un chef d’œuvre de l’art roman.
Seule son architecture vernaculaire, nourrie par l’art catalan, a subsisté aux ravages du temps.
Cependant il existe un vestige mobilier faisant partie de ce lieu de culte conservé à l’abri des regards. Un buste reliquaire de Saint Paul, le saint patron des lieux, daté de la fin du XVIe, classé au titre des Monuments historiques.
Catherine Saint-Martin, conservateur des Antiquités et Objets d’Art de l’Ariège (AOA) a décidé qu’il méritait d’être restauré et présenté au public dans la petite église paroissiale du village.
En attendant, elle l’a confié aux bons soins de Françoise Tollon, restauratrice spécialiste du bois doré et des sculptures. Son travail consiste dans un premier temps en une approche scientifique et documentée de l’œuvre en rédigeant un «dossier technique d’état».
«Dans ce métier on s’adapte aux œuvres, on ne refait jamais à l’identique, tout doit être réversible et le plus naturel possible». Dans son petit atelier, des boiseries de l’église de Vielmur/Agout jouxtent les trésors de la cathédrale d’Auch, entre loupe binoculaire et statuaire religieuse, c’est avec passion qu’elle nous accueille ce matin.
Catherine Saint-Martin procède à une visite intermédiaire de cette œuvre ariégeoise en cours de restauration: «nous sommes à la croisée des chemins, Françoise a découvert des repeints successifs sur le pied, il faut déterminer ce que l’on garde avant de poursuivre la restauration».
Ce Saint Paul revient de loin, car à en croire ces spécialistes il aurait longtemps séjourné dans la petite chapelle romane et participé à la dévotion des lieux: «il y a une grande différence entre la face plus usée que le dos, cette usure fait apparaitre le bol rouge sous-jacent (c’est une assiette argileuse qui sert de support à la feuille d’or) et au niveau de la barbe le bois est même apparent».
En observant le buste sous toutes ses coutures, la restauratrice a noté qu’il était en définitive constitué de trois pièces de bois (2 pièces s’insérant dans la pièce de support): «il y a eu une cassure dans la sculpture, elle a été chevillée (certainement dans les années 50 quand l’œuvre a été retrouvée dans la chapelle et qu’il y a eu une première intervention).
Avec le temps, le bois travaille et fait ressortir les chevilles».
L’observation aux binoculaires a permis de faire parler les traces noirâtres du manteau: «aux 18 ou 19es siècles la face et les côtés ont reçus une peinture bleue qui a mal vieilli. Par contre une partie du vêtement (la chemise) était argenté à la feuille d’argent.
Lors de la première intervention, on s’est occupé de la dorure avec un glacis brun-rougeâtre pour l’harmoniser et filmer la surface à base de cire. Aujourd’hui nous intervenons sur l’œuvre complète avec une désinsectisation (traces d’insectes xylophages) avant de nous attaquer à la couche picturale.
En vieillissant l’apprêt a tendance à se soulever du support bois. L’objectif c’est de refixer les soulèvements avant de nettoyer la surface. Étonnamment ce buste est assez peu encrassé».
Les surpeints n’ont aucun intérêt esthétique, historique et nuisent à la lecture de l’œuvre, les deux spécialistes décident de les enlever avant de poursuivre la phase de restauration: dans un premier temps, combler les lacunes, faire les retouches nécessaires avant de rééquilibre les zones mises à nu avec de la poudre d’or.
Au total une cinquantaine d’heures de travail pour redonner vie à ce buste de très belle facture.
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