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Saverdun: énorme affluence sur le site des fouilles archéologiques ce week-end

© midinews 2015

C’est un véritable engouement qu’a suscité samedi dernier la visite du site antique et médiéval situé près de Saverdun sur le chantier du futur parc commercial.

De nombreux curieux avaient en effet saisi l’opportunité unique de découvrir, le temps d’une demi-journée, les découvertes des chercheurs de l’INRAP, et de comprendre les différentes facettes du métier d’archéologue.

De 14 heures à 18 heures, six archéologues se sont relayés pour accueillir le flot de visiteurs et les guider par groupes, encadrant jusqu’à cinquante personnes à la fois.

Les fouilles préventives entamées depuis cinq mois prenant fin le 27 avril prochain, cette journée de libre accès au chantier représentait la seule possibilité pour le public de parcourir le site antique et médiéval mis au jour par l’équipe de l’INRAP, avant que les travaux de construction du complexe commercial ne reprennent, sous la maîtrise d’ouvrage de ADIM Sud Ouest.

Les visiteurs ont tout d’abord suivi leur guide au nord du site de fouilles, où des tombes antiques du IIIe au Vème siècle ont été découvertes, à proximité de fondations qui semblent correspondre à une pile funéraire. Tournées vers l’Est, ces tombes antiques ressemblaient à des coffres avec des tuiles plates romaines, les tagulae.

Plus au sud, les fondations d’un petit monument funéraire antique apparaissent, sans doute christianisé par la suite comme en atteste la présence de tombes datées du IXe au Xème siècle.

Les spécialistes de l’INRAP ont pu déterminer qu’après le XIIe siècle, un bâtiment ayant le plan d’une église pourvue d’un mur-clocher a été construit au sud du monument antique. La zone étudiée se situe en effet à l’emplacement de l’église disparue de Peyrelade, citée dans les textes au XIe siècle et détruite durant les guerres de religion vers 1574.

«Des tombes sont présentes d’un bout à l’autre du bâtiment, sur une largeur de 30 mètres», précise Didier Paya, responsable scientifique du site et spécialiste en anthropologie funéraire médiévale.

«Le prieuré, qui dépendait de l’abbaye de Lézat, était chargé de prélever l’impôt, la dîme, c’est-à-dire un dixième des revenus des gens de la propriété de l’abbaye de Lézat.

Cela explique la présence de silos, de 1 à 2 mètres carrés, retrouvés sur le site: l’impôt était en effet payé sous forme de récolte. Le fait de payer l’impôt au prieuré garantissait aux gens d’avoir leur sépulture sur place. 300 à 400 tombes sont présentes dans cette zone
».

«Parfois, un vase est retrouvé dans les tombes. Il contenait très certainement de l’eau bénite afin de protéger le défunt contre une attaque démoniaque ou pour empêcher le mort de revenir à la surface... Tous n’ont pas de le vase, mais chacun a une tombe.

Chez les chrétiens, la justice des hommes est importante, mais elle ne peut empêcher celle de Dieu, d’où le droit pour tous à une sépulture décente. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que l’accès au cimetière sera refusé à certaines personnes
».

Éclairés sur de nombreux aspects du métier d’archéologue, les visiteurs ont terminé leur parcours par le dernier chantier de fouilles, où une spécialiste prélevait des informations sur un squelette parfaitement conservé, sous les yeux éberlués des plus jeunes.

Dans quinze jours, les derniers éléments des fouilles seront prélevés et rejoindront les précédents dans un laboratoire pour études où seront effectués les comptages, les dessins, qui donneront lieu à un rapport historique du site présentant un panel de la population locale de l’époque. Une publication et des expositions temporaires à Saverdun ou Mazères sont également envisagées.

Une restitution très attendue au vu de l’intérêt porté par le public à ces récentes découvertes.

CD | 13/04/2015 - 19:38 | Lu: 40545 fois