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Grotte du Mas d'Azil: dans les entrailles de la terre avec les géologues de l'Inrap

© midinews 2015

Classée monument historique depuis aout 1942, la grotte du Mas d’Azil est un haut lieu touristique qui a suscité depuis le XIXe siècle la curiosité de tous les spécialistes de la préhistoire.

Un réseau souterrain où se succèdent salles obscures et galeries profondes qui ont livré non seulement des niveaux paléontologiques anciens, mais surtout ceux du Paléolithique supérieur, notamment du Magdalénien, riche en art pariétal, art mobilier, industries et vestiges humains.

Outre les foyers d’occupation humaine qui font l’objet de fouilles méticuleuses réalisées par une équipe pluridisciplinaire conduite par Marc Jarry de l’Inrap, ce vaste programme d’étude s’attache aussi a réaliser une cartographie précise de la grotte (repérer mètre par mètre ce qui s’y trouve pour avoir un état des lieux général) suivie d’une étude géologique complète permettant de comprendre comment le site s’est mis en place, a évolué et peut-être mettre en place des mesures conservatoires.

Ce mardi c’est dans les entrailles de la Terre, à l’intérieur de la galerie du Masque que trois éminents spécialistes réalisent des relevés.

Attention ici le plafond est bas et pour pouvoir progresser il faut être un peu contorsionniste. «Il y a bien ce plan antérieur à 1945 sur lequel Joseph Mandement a rajouté des éléments en couleur, c’est une base de travail sur lequel nous allons apporter des compléments» indique Hubert Camus, géologue qui avec Manon Rabanit et Céline Pallier ausculte les parois de ce réseau protégé.

Un véritable travail de défrichage pour ces experts (Hubert et Manon ont travaillé sur la grotte de Lascaux) qui consiste à cartographier la géologie de la grotte, un travail complété par la suite par Céline, archéogéologue à l’Inrap, chargée de mettre en place les vestiges au sein de ce dispositif géologique.

«Mandement a été le plus grand déboucheur de galerie de son temps, commente Marc Jarry. Il a permis de mettre au jour pas mal de choses, mais il était obnubilé par la découverte d’une salle cachée, des sépultures… on peut voir sur ce plan une croix bleue qu’il a rajoutée à la main…

Il y a certainement encore beaucoup de choses à découvrir, mais ici nous ne sommes pas autorisés à creuser, nous comptons sur les nouveaux moyens d’investigations pour nous aider à faire avancer les recherches
».
Une synthèse du paysage sous-terrain
En attendant, Manon et Hubert réalisent la synthèse de la topographie du réseau du mas d’Azil: «nous sommes en charge de l’habillage géologique des formations qui sont contenues à l’intérieur de la grotte, c’est-à-dire les remplissages, les concrétions ou les sédiments, mais aussi la morphologie des conduits.

Nous ne partons pas de rien, des travaux ont déjà été réalisés par les spéléologues, nous avons un fond topographique sur lequel nous allons travailler
, poursuit Hubert.

Un travail particulièrement méticuleux, car la galerie est à la fois peu accessible et vulnérable: «il y a de l’art pariétal partout, il faut faire attention au patrimoine» ajoute Manon qui pointe les cotes directement sur un grand croquis (un figuré): «sont indiqués sur les représentations des parois, les formations, le sens des écoulements… on pose des jalons, de petits morceaux de l’histoire pour en dérouler le fil».

De son côté Céline décrypte les différentes couches de sédiments à livre ouvert: «il y a alternance de limon, d’argile et de concrétion qui montre selon l’époque que nous avons à faire à une eau très calme ou au contraire des ruissellements, des précipitations plus violentes.

Mon travail consiste à étudier les différents types de sédiments, de voir leur relation géologique avec la rivière, ce qui explique à quel moment la cavité a été ouverte et à quel moment les hommes ont pu y pénétrer.

Les géologues expliquent comment la grotte s’est creusée et comment elle s’est remplie, les archéologues travaillent sur les zones d’occupation, les objets que l’on y retrouve… quant à moi j’essaie de voir et comprendre les conditions d’accès de ces hommes à la cavité
». Un travail de lecture du passé pluridisciplinaire qui n’a pas fini de livrer tous ses mystères.

Laurence Cabrol | 20/05/2015 - 19:40 | Lu: 34478 fois