Le village de Camon, un projet de restauration en relation avec la Fondation du Patrimoine en Ariège
Labellisé plus beau village de France, cette petite commune ariégeoise de 150 habitants s’apprête à voir défiler 3000 visiteurs dimanche prochain à l’occasion de la traditionnelle fête des roses… mais cela n’effraie pas Jean Huillet, le premier magistrat habitué tout au long de l’année au flot perpétuel des visiteurs (il les estime à près de 10 000 par an).
Par contre ce qui lui fait davantage peur c’est l’entretien de ce patrimoine dont il a la responsabilité: «l’abbaye est disproportionnée par rapport au village… à la Révolution nous avons hérité de l’église alors que l’abbaye a été vendue à un privé, mais il s’agit d’une église abbatiale avec un patrimoine d’une richesse considérable soit pas moins d’une trentaine d’objets classés et autant d’objets inscrits aux monuments historiques.
Dans un premier temps il a fallu mettre l’édifice hors d’eau avec la réfection des toitures! Mais nous sommes conscients de la tâche qui reste à accomplir et du formidable atout que pourrait constituer cette église si l’on pouvait en présenter les trésors*» précise le premier magistrat.
Un projet à tiroirs
Parmi eux un exceptionnel tabernacle à ailes du XVIIIe siècle remarqué par Aline Tomasin, ancienne directrice de la DRAC Midi-Pyrénées, aujourd’hui en charge du mécénat à la Fondation du Patrimoine et Catherine Saint-Martin conservatrice départementale des Antiquités et Objets d’Art.
«Cette pièce a plusieurs particularités, elle allie le bois doré à la feuille au marbre avec une technique très peu répandue ici, le sgraffito qui consiste à dorer la pièce, la peindre ensuite et à la re-graver de façon à enlever des morceaux de peinture pour faire ressortir le décor.
Sur les panneaux les fonds ont été également dorés et traités au poinçon, cela donne du relief sur les arrière-plans » explique la conservatrice convaincue de la qualité sans équivalent de ce tabernacle. Mais cet objet est en danger.
Il a été attaqué par des xylophages et dans sa partie supérieure on lui a fixé un crucifix du XVIIe qui le déstabilise en faisant pencher dangereusement l’ensemble vers l’avant.
Jean Huillet aimerait bien pouvoir faire restaurer ce tabernacle, mais il n’a pas les fonds nécessaires pour un tel investissement: «nous avons sur cette église un projet porté par la commune et l’ensemble de la population en relation avec la Fondation du patrimoine accompagné par le pays d’Art et d’Histoire du pays des Pyrénées Cathares.
Nous envisageons de lancer une opération sur l’ensemble du bâtiment en commençant par une première tranche qui porterait sur le tabernacle. Une convention va être signée dans les jours à venir avec l’ensemble des partenaires**».
Selon lui 80 % de la somme indiquée sur le devis de restauration peut être trouvée auprès des différents partenaires institutionnels (Etat, Conseil Régional et Conseil Général), mais il faut trouve les 20 % à la charge de la commune et c’est là qu’intervient la Fondation du Patrimoine à travers le lancement d’une souscription.
De son côté les habitants du village se mobilisent autour d’une association locale, «L’ostal per totis» ou «OT», chargée d’animer cette souscription, car l’argent des dons est collecté par la Fondation qui par son statut et son caractère d’utilité publique est seule habilitée à récolter ces sommes qui seront affectées au projet de Camon
«C’est un gros chantier administratif que je ne verrais pas aboutir, mais la dynamique est lancée», ponctue le maire: «nous commençons par les objets, l’église et pourquoi pas y inclure aussi la partie privée de l’abbaye dans le cadre d’un ensemble cohérent permettant de pérenniser ce fabuleux patrimoine et de le restituer au public».
Mécénats populaires et d’entreprise pour restaurer le patrimoine de proximité
Depuis 1999 la souscription faisant appel au mécénat populaire est le mode d’action privilégié de la Fondation du Patrimoine pour aider les porteurs de projets publics (Etat, collectivités territoriales) et associatifs, à financer la sauvegarde et la valorisation de leur patrimoine de proximité (immobilier, mobilier, naturel) grâce au recours au financement participatif.
La Fondation accompagne le maitre d’ouvrage en lui apportant son expertise et son appui, et en assurant localement une interface qui garantit le bon déroulement de la collecte de fonds.
Ce principe de crowdfunding, actuellement très tendance, permettrait ici aux habitants, commerçants, entrepreneurs, touristes et toutes personnes attachées au site et à son patrimoine à faire un don affecté au projet.
Parallèlement, la Fondation délivre aux donateurs un reçu ouvrant droit à des réductions d’impôts et peut également apporter une aide financière complémentaire aux collectivités locales ou associations ayant réussi à susciter une mobilisation populaire exemplaire autour de leur projet.
Rémi Paulin chargé de mission à la délégation régionale de la Fondation du Patrimoine de Midi-Pyrénées précise que ces opérations d’ensemble sont de plus en plus fréquentes: «elles concernent le plus souvent les édifices religieux qui abritent des objets mobiliers et s’entendent ensuite à l’intérieur de l’église, au clocher…
C’est ce qui est arrivé à Roquefort les Cascades où étant parti sur un statut nous avons eu une bonne surprise avec un excédent de collecte qui nous a permis de restaurer l’église. Idem à Roquefixade où nous en sommes à la cinquième tranche».
Il faut préciser que la délégation Midi-Pyrénées est la première délégation de France par le nombre d’opérations soutenues : 71 souscriptions pour la seule année 2014
La convention liant les parties et permettant de lancer la souscription nationale pour financer la restauration du tabernacle à aile et l’abbaye de Camon va être signée dimanche prochain pendant la Fête des Roses… un projet qui s’annonce sous les meilleurs auspices.
* On attribue la fondation de l’église d’origine et du monastère à Charlemagne à son retour d’Espagne vers 778. En 1318 elle est érigée en prieuré conventuel et confiée aux bénédictins.
Détruite en grande partie en 1494, l’église abbatiale enchâssée dans les bâtiments conventuels fut entièrement restaurée et agrandie au XVIIe siècle par l’évêque Philippe de Lévis alors qu’il était prieur de l’abbaye. Parmi les trésors qui y sont encore conservés, un retable du XVI XVIIe siècle, des stalles et un trésor sacerdotal autour du reliquaire de St Félicien
** La convention va lier la commune, la présidente de l’association OT, l’abbé affectataire de l’église et la Fondation du Patrimoine
dans la même rubrique
- «Lézat, un village né d'une abbaye», un ambitieux projet culturel voit le jour au coeur de la vallée de la Lèze
- Cet été le Carmel de Pamiers va livrer ses secrets
- Camon: la Fondation du Patrimoine lance un appel à don pour un exceptionnel tabernacle du XVIIIe siècle
- Protection du patrimoine: la préfecture de l'Ariège protège plus d'une trentaine d'objets des pilleurs d'église
- Le nouvel opus des Amis des Archives de l'Ariège
- Besset: le projet de restauration de deux tableaux rencontre l'adhésion des Ariégeois
- Grotte du Mas d'Azil: dans les entrailles de la terre avec les géologues de l'Inrap
- Le village de Camon, un projet de restauration en relation avec la Fondation du Patrimoine en Ariège
- Les plus grands spécialistes de l'archéologie préhistorique au chevet de la grotte du Mas d'Azil
- Sentein: histoire de l'Abbé Maurette
- Besset: rencontre et mécénat autour de deux tableaux inscrits au patrimoine
- Le buste XVIe du Saint Paul d'Arnave retrouve son lustre
- Saverdun: énorme affluence sur le site des fouilles archéologiques ce week-end
- Foix: les étudiants en master tourisme entretiennent la mémoire vive
- Saverdun: un site antique et médiéval mis au jour sur le chantier du nouveau parc commercial
- Mazères: deux trésors monétaires du VIe siècle livrent leurs secrets











