accueil  |  ariège   |  france

Protection du patrimoine: la préfecture de l'Ariège protège plus d'une trentaine d'objets des pilleurs d'église

© midinews 2015

La commission départementale de classement des objets ne s’était pas réunie depuis 2012. Une nouvelle version a vu le jour au départ de Claude Aliquot, ancien conservateur des antiquités et objets d’arts qui a passé la main en 2013 à Catherine Saint-Martin, cadre à la bibliothèque départementale de prêt, dont la passion du patrimoine ne date pas d’hier.

Cette jeune quadra n’a pas hésité à prendre le relais, une mission totalement bénévole qu’elle assume sur son temps libre.

«Claude l’exerçait à temps plein sur son temps de retraite, aujourd’hui j’entends constituer une équipe de conservateurs bénévoles, répartis géographiquement et thématiquement sur le territoire.

En juillet 2014 Salem Tlemsami, médiéviste de formation, enseignant, originaire de Lézat a été nommé comme conservateur adjoint des AOA et d’ici la fin de l’année le groupe va s’élargir avec les compétences de Pauline Chaboussou pour le Couserans, spécialisée en patrimoine montagnard et Catherine Robin animatrice au Pays des Pyrénées cathares pour le patrimoine industriel.

Une équipe de choc pour répondre aux missions de l’État, à savoir recenser le patrimoine sur le territoire, le documenter pour mieux le connaître et le protéger, car il s’agit là bien entendu de mesures préventives
».
Une richesse collective à protéger des convoitises
La commission départementale des objets d’art se réunit une à deux fois par ans sous la houlette du préfet et examine une liste d’objets patiemment inventoriés et photographiés par le conservateur des Antiquités et Objets d’Art.

Ils sont proposés à l’inscription ou pour les plus remarquables, au classement au titre de Monument historique (à Paris), leur conférant ainsi deux critères de droit public: l’inaliénabilité (interdiction de vente ou de donation) et l’imprescriptibilité (exclusion d’un délai pour sa restitution à son propriétaire) permettant en cas de vol d’enclencher immédiatement une procédure.

En préambule Catherine Saint-Martin a souhaité ouvrir cette réunion (au-delà des spécialistes) aux maires des communes (Pierre Ville pour Ganac, Christian Dubuc maire de Mijanes ou encore Jean Huillet pour Camon) et aux propriétaires concernés (notamment Bernadette Gianesini propriétaire de la ferme-école de Royat à Montaut) par la programmation 2015.

«Le rôle de la commission de classement des objets mobiliers est essentiel elle permet à travers les inventaires systématiques et les couvertures photo de suivre et de veiller à la protection de tous les objets mobiliers du département.

Nous avons vu récemment que la protection n’est pas une notion en l’air, il peut y avoir des vols comme à Lézat. À nous de sensibiliser l’opinion publique et faire partager cette notion de patrimoine collectif
».

Bibelots, tableaux, objets cultuels… des centaines d’objets d’art disparaissent chaque année en France.

Actuellement, la mode est aux statues d’église qui rentrent désormais chez les particuliers. Le pillage des objets religieux a triplé en quelques années

Ces vols alimentent les filières du trafic d’art international (via la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie où la législation est plus souple) ou des réseaux organisés qui travaillent à la commande.

L’office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) veille en permanence sur Internet et vérifie les objets proposés lors des ventes aux enchères ou chez les antiquaires.

Le fichier Treima (Thésaurus de recherche électronique et d’imagerie en matière artistique) inventorie les photos et les descriptions détaillées de plus de 80 000 objets dérobés et permet de confondre petits malfrats ou réseaux organisés.

Lors des perquisitions il n’est pas rare de retrouve crucifix, statues en bois polychromes ou angelots descellés à coup de burins… un étonnant butin qui se monnaie au grand jour.

Dans le département de l’Ariège, les vols et dégradations sont heureusement plus rares que dans d’autres régions (Bretagne, Vendée, Poitou-Charentes… ainsi qu’un large Sud-Ouest) et les forces de police et de gendarmerie sont là pour y veiller, mais pas seulement…

Ainsi auprès de ces experts du patrimoine, ceux de la sécurité : le maréchal-chef des Logis-chef Eric Dubois, référent gendarmerie depuis 2010 et le major Philippe Perré pour la police.

Depuis les lois de Séparation (1905), les biens d’église sont la propriété des collectivités locales.

Les deux référents sûreté ont pour mission de les sensibiliser sur leurs responsabilités en tant que propriétaires ainsi que sur les mesures simples et peu onéreuses à mettre en œuvre en relation avec les prêtres affectataires, afin d’assurer au mieux la protection de ce patrimoine (renforcement des fermetures des portes et conservation des biens les plus précieux dans les sacristies).
Accompagner les communes
Mais la commission de classement est également là pour accompagner les communes ou les particuliers sur les projets de restauration face à l’état sanitaire de certaines pièces (attaques de xylophages, moisissures, champignons, sécurité), les aider à trouver les restaurateurs agrées et à monter les dossiers administratifs.

«Les objets protégés ne sont pas seulement religieux, ils peuvent relever du patrimoine technique, industriel et dater aussi du 20e siècle, d’où la nécessité d’avoir constitué cette équipe pluridisciplinaire» précise Catherine avant d’évoquer la programmation pour l’année en cours, de la restauration des toiles de l’église d’Oust à la désinsectisation de la chaire de Lavelanet en passant par les statues de Verdun ou l’antependium 18e de Péreille.

Concernant le programme 2016, parmi les objets qui ont retenu l’attention de la commission nous nous arrêterons sur le tabernacle à ailes de Camon, une pièce exceptionnelle du 18e siècle dont la restauration est soutenue par la Fondation du Patrimoine (voir notre article du 20 mai), une toile du Christ au Mont des Oliviers (fin 18e) exposées dans l’église de Ganac à rapprocher du travail du peintre allemand néoclassique Antoine Raphaël Mengs, ou encore un coffret aux saintes huiles, une pièce d’argenterie datée de 1683, provenant de l’église de Mijanès.

Le patrimoine viticole a été mis à l’honneur à travers l’ancienne ferme école de Royat, rachetée en 1949 par la famille Gianesini et transformée en exploitation agricole (voir notre article du 28 aout 2006).

Le remaniement des anciens chais pour les transformer en hangars de stockage ont permis de faire l’inventaire des objets et d’en récupérer certains dans le cadre d’un futur projet de centre d’interprétation de la vigne et du vin qui devrait voir le jour à Montégut-Plantaurel (Mme Gianesini a fait don de ces objets à la commune).

Des objets (foudre, fouloir à raisin, pompes) qui grâce aux archives conservées sur place sont parfaitement identifiés.

La commission a souhaité protéger au titre de l’inscription aux monuments historiques des statuts placés dans le parc de la propriété en lien direct avec l’histoire du site (monument commémoratif d’Émile Lefebvre, créateur de cette ferme école ainsi que deux autres monuments commémoratifs dont l’un est signé Grégoire Calvet un sculpteur ariégeois à qui ont doit la flamme de l’Arc de Triomphe à Paris).

Enfin Salem Tlemsami a présenté l’exceptionnelle collection de lapidaires provenant de l’abbaye de Lézat sur Lèze, répondant ainsi à la demande de Jean-Claude Courneil, maire de la commune qui porte un projet dont nous aurons l’occasion de reparler (il s’agit de valoriser cette collection dans la future médiathèque-musée).

Parmi les pièces présentées, un chapiteau roman historié provenant du second atelier de la Daurade Toulouse (1120-1130), sauvé in-extremis au 19e siècle, époque à laquelle l’église paroissiale sert de carrière aux maçons locaux. Le décor historié (Il s’agit d’une scène des «apparitions aux disciples») se développe sur deux faces de la corbeille, les deux autres étant engagées dans le mur.

D’un commun accord avec les membres de la commission, Georges Gonsalves de la Direction régionale des Affaires culturelles a proposé cet ensemble au classement.

Laurence Cabrol | 01/07/2015 - 19:17 | Lu: 21349 fois