Manifestation contre l'austérité: des maires ariégeois vent debout contre la baisse des dotations de l'Etat
Ce jeudi la mairie de Léran est fermée au public.
Sur la porte un avis à la population signé par le maire, justifiant cette fermeture: «la réforme des collectivités territoriales s’accompagne d’une baisse drastique des dotations de fonctionnement de l’État qui mettent nos budgets en péril.
J’ai décidé en concertation avec le bureau du Conseil Municipal de participer à la journée nationale impulsée par des élus qui n’acceptent pas que l’on fasse payer aux municipalités et intercommunalités les dérives budgétaires de l’État».
Henri Barrou le premier magistrat de ce gros village de 600 habitants s’est inscrit dans un mouvement national initié par l’association des élus communistes et républicains de la région parisienne qui proposait de faire de ce 22 janvier une journée de protestation contre l’austérité imposée aux communes: des rassemblements avaient lieu devant Matignon et certaines préfectures.
Ici en Ariège le mouvement est un peu isolé certes, mais il entend faire boule de neige: «j’ai lancé l’information mardi à tous les maires de la communauté des communes de Mirepoix, c’était un peu tard pour organiser quelque chose.
Cependant les mairies de Camont ou La Bastide/l’Hers ont également baissé le rideau. Cette baisse des dotations concerne tout le monde.
Sous Nicolas Sarkozy on avait eu droit à une levée de boucliers au moment du gel de la DGF, aujourd’hui (alors qu’il ne s’agit plus d’un gel, mais d’une baisse drastique) tout le monde rencontre des difficultés pour boucler les budgets, mais personne ne dit mot sous prétexte que le président a changé de couleur politique.
La situation actuelle me semble beaucoup plus préoccupante, il est anormal de faire payer le déficit de l’État aux collectivités territoriales tout comme il est inadmissible de se soumettre sans broncher !»
Et Henri Barrou a déjà fait ses comptes: sur 2014 la commune enregistrait une baisse de -4800 € des dotations de fonctionnement de l’État, et de 2015 à 2017 ce sera -7000 € tous les ans, soit un total de -26 000 €.
Il a passé au crible les finances sur le compte de gestion 2013 de sa commune: la baisse de la DGF représente une perte de -32 % sur ses recettes de fonctionnement, ce qui représente un emploi: «de qui doit-on se séparer, d’une secrétaire de mairie, d’une atsem, d’un technicien?
Concernant la capacité à l’autofinancement qui permet de financer les emprunts et de réaliser des travaux, elle représentait en 2013, 44 000 €. Si on reprend ce chiffre sur 2017, il faut enlever 26 000 €. Il ne reste plus que 18 000 € et avec 18 000 € on ne goudronne même pas une rue !»
Même si pour 2015 le maire de Léran n’envisage pas de modifier son programme d’investissement (il a prévu la réfection du parking de la place de l’église, un investissement de 40 000 €), cela risque de poser des problèmes à terme s’il n’y a pas de compensations.
«Léran n’est pas un cas isolé, pour les petites communes, les pertes s’élèvent à des milliers d’euros et des centaines de milliers d’euros pour la communauté des communes qui est véritablement saignée à blanc !»
Selon Henri Barrou la situation est dramatique, car s’il n’y a pas de péréquation de l’État il y aura forcément des augmentations d’impôts.
Le premier magistrat envisageait un gros projet de 262 000 € sur l’école du village : accessibilité des salles de classe et de la cour de récréation, réfection totale des sanitaires et amélioration énergétique du bâtiment: «nous avions prévu deux tranches de travaux, en comptant les subventions cela revient à la commune à plus de 100 000 € en autofinancement… il y a de quoi se faire du souci pour les années à venir».
Cette mobilisation est pour lui le départ d’une prise de conscience: «on ne peut pas accepter d’être les plumés de la République, ce n’est pas acceptable pour les finances de la commune.
À l’heure où l’on nous parle de solidarité, s’il y a bien de la solidarité c’est dans nos villages ruraux où l’on s’investit beaucoup plus qu’ailleurs pour nos administrés».
De plus, le maire de Léran souligne que ces baisses dans les dotations de l’État condamnent les collectivités territoriales à stopper les projets structurants et à travers eux tout un secteur, celui des BTP qui fonctionne à 70% par la commande publique…
«Nous comptons sur une prise de conscience collective dans les semaines à venir… on espère agréger du monde dans ce mouvement et nous faire entendre du gouvernement».
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