Alain Fauré, député de l'Ariège: «Qui se souviendra de Trigano, Calléja ou Fauré dans trente ans ? Personne! »

© midinews (archives)

Quelques jours après la mobilisation d’élus ariégeois, en réponse à l’appel de l’Association des Maires de France pour dénoncer la baisse des dotations pour leur commune (lire notre édition du 22/09/15), Alain Fauré sort de sa réserve.

Le député socialiste de la seconde circonscription de l’Ariège, qui se qualifiait il y a quelques mois de «loyal mais pas godillot» envers le gouvernement, entend dénoncer les «propos excessifs voire démagogiques de certains» et rappeler «la réalité des faits»

Une conférence de presse sans langue de bois et qui n’épargne personne.

Samedi, quelques maires ariégeois ont dénoncé la baisse des dotations dont souffrent aujourd’hui les communes. Vous n’aviez pas appelé à cette mobilisation…

«Non, car je constate que l’Ariège est très peu touchée contrairement à certains territoires, et cela sera atténué par d’autres aides ou subventions à l’investissement d’ores et déjà annoncées par le gouvernement. D’ailleurs, ils n’étaient qu’une dizaine à se mobiliser…

Je rappelle aussi que nous sommes engagés dans une démarche de coopération intercommunale mais nous ne sommes pas allés assez loin.

Beaucoup oublient de dire que si on travaillait d’une façon vraiment mutualisée, comme à l’échelle du SCOT par exemple, nous pourrions dégager des moyens supplémentaires aux projets que les élus portent
»

C'est-à-dire ?

«Je dis que les communes françaises peuvent être gérées différemment, dans une logique d’optimisation qui, contrairement à ce qu’affirment certains, ne signifie pas nécessaire diminution du service rendu.

Il conviendrait de se poser les bonnes questions : les services dont on nous parle sont-ils tous indispensables ou servent-ils tout ou partie de la population ?

Quand je vois le maire de Béziers réaliser des films de propagande, convoquer ses agents de la police municipale pour y participer, publier des documents haineux, je me dis qu’il a les moyens de faire d’autres choses
»

L’occasion de remettre à plat des fonctionnements d’un autre temps
En Ariège, Philippe Calléja a dénoncé des transferts de compétence non compensés. Qu’en pensez-vous ?

« Je demande au maire de Saverdun qu’il me cite le transfert de compétence, en dehors du rythme scolaire, qui lui a généré un véritable surcoût, et qu’il me le chiffre. C’est facile d’affirmer. Après n’est-il pas temps de penser à réorganiser les services des communes ?

Il dit qu’en tant que centre-bourg il offre des services aux communes voisines. Mais est-ce que sa communauté de communes fonctionne vraiment dans une logique de mutualisation ?

Il est permis de s’interroger quand on voit par exemple les deux zones d’activité de Saverdun et de Mazères, à peine séparées par une route…

Même problème avec les deux collèges côte-à-côte. N’aurait-il pas mieux valu que le Département construise un collège entre Mazères et Saverdun et non pas à nouveau à Mazères alors que celui de Saverdun sera bientôt trop petit ? Mais chacun voulait garder son collège…

Bref, ces histoires de dotations sont l’occasion de remettre à plat des fonctionnements d’un autre temps, qui permettrait aussi et surtout de baisser les dépenses et donc, à terme, de diminuer la contribution des citoyens via l’impôt
»

L’élu n’est que de passage
Comprenez-vous néanmoins les inquiétudes exprimées par les élus ?

«Bien sûr, je comprends la crainte des élus de ne pas savoir se situer dans cette nouvelle organisation. Mais en tant qu’élu, nous n’avons pas à nous demander ce que nous allons devenir mais ce que va devenir le territoire. L’élu n’est que de passage.

Notre préoccupation doit être d’équiper le territoire en structures susceptibles de répondre aux besoins d’un bassin de vie et pas uniquement d’une commune, quelle qu’elle soit. Foix, Pamiers ou Saverdun, peu importe.

Dans trente ans, qui se souviendra de Trigano, Calléja ou Fauré ? Personne !

Les gens s’en moquent et ils ont raison. Par contre, dans trente ans, on saura se féliciter d’un service ou d’un équipement structurant comme un grand cinéma, un stade ou autre
 »

En fait, il faut savoir si on veut vraiment développer l’Ariège ou pas…
Concrètement, vous vous êtes engagé pour le SCOT et la Communauté d’agglomération entre Foix et Pamiers qui peinent à se concrétiser* ?

«Je le regrette. Regardez ce qui s’est passé avec l’usine MKAD et la polémique de son implantation. Qu’est-ce que ça peut bien faire que MKAD s’installe à Varilhes ou à Pamiers ?

On devrait tous se réjouir de cette implantation, que l’on soit de Verniolle, des Pujols, de Pamiers ou d’ailleurs !

Mais ce qui est certain, c’est que si on avait traité toutes les zones d’activité du secteur en cohérence, on les remplirait au fur et à mesure plutôt que de les voir se concurrencer les unes aux autres. C’est ridicule
»

Le maire de Pamiers évoque la volonté d’une mainmise fuxéenne sur sa ville ?

«C’est tout aussi ridicule. Avec l’agglo, nous pourrions percevoir de 3 à 4 millions d’euros supplémentaires. Proportionnellement à sa démographie, Pamiers en bénéficierait largement. La ville n’en a-t-elle pas besoin ?

Et si on créait un zénith, par exemple, il m’importe peu de savoir s’il sera à La Tour du Crieu, à Varilhes ou à Pamiers. Hormis le plaisir du maire retenu, l’important réside dans le fait que tous les habitants du secteur en bénéficient.

C’est pareil pour les équipements sportifs ? Quelle ville ariégeoise est capable aujourd’hui d’accueillir un véritable événement d’envergure ? Aucune.

En fait, il faut savoir si on veut vraiment développer l’Ariège ou pas… Moi, je sais ce que je veux
»

*La semaine dernière, les communautés de communes de Foix et Varilhes ont annoncé leur fusion, sans Pamiers, Tarascon ou Saverdun.

PH | 24/09/2015 - 19:18 | Lu: 15188 fois