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Un séjour ariégeois sous le signe de l'espoir, de l'entraide et de la solidarité

Initiation à la voile, pédalo, VTT, stage de théâtre, soirée Karaoké, visite du château de Montségur, des Forges de Pyrène, du Musée du Textile ou de la fontaine de Fontestorbes…

Voici dans les grandes lignes le programme qu’ont pu suivre une quarantaine d’adultes atteints de troubles psychiques venus de plusieurs régions de France à l’invitation de l’association Espoir Ariège et de Marie-Josée Palmade, sa dynamique présidente.

Créée en 2001, cette association est née de la volonté de familles et d’amis qui oeuvrent pour l’amélioration de la qualité de vie en milieu ordinaire et rural des personnes atteintes de troubles psychiques.

«Au départ, il s’agissait d’un défi, celui de pallier au manque d’accompagnement spécifique pour ce public en grande souffrance d’isolement, de mettre en place des groupes d’entraide mutuelle, de créer des alternatives aux institutions ou encore de faire gagner de l’autonomie à ces personnes malades», se souvient Marie-Jo.

Une belle histoire menée en relation avec le Professeur Philippe Mulard, psychiatre, chef de clinique à Perpignan qui face à «l’évolution catastrophique de la psychiatrie» a imaginé un soutien aux usagers en développant la solidarité avec les associations d’entraide…

«Il faut humaniser l’accompagnement avant de sombrer dans des traitements lourds, indique le Dr Mulard joint par téléphone. Les malades doivent se sentir aidés, écoutés, encadrés pour accéder à une vie normale […]

La maladie psychique ronge le cerveau mais il reste une partie saine, il faut les aider à développer cette partie-là contre la partie malade […] Les aider à vivre normalement en milieu ordinaire y contribue considérablement
»

Le projet «Citoyens hors les murs, citoyens en mouvement» monté par l’association Espoir Ariège a permis d’accueillir à Montbel pendant cinq jours (du 2 au 7 septembre) une quarantaine de personnes, une véritable rencontre interdépartementale (Pyrénées Orientales, Tarn, Aveyron, Meurthe et Moselle, Var) à laquelle les Andorrans se sont naturellement associés.

Pour toutes ces associations d’entraide participant à ce séjour de vacances, il s’agissait de retrouver le plaisir de bouger, d'aller au devant de l’autre, de construire ensemble un projet riche de rencontres culturelles, sportives et touristiques afin de favoriser deux priorités d'accès:

- L’accès à la citoyenneté des personnes en situation de handicap en rendant visibles leurs savoir-faire;
- L’accès aux loisirs pour des personnes qui ont rarement l’occasion de partir en vacances tout en leur permettant des échanges de pratiques et de culture, notamment en préparant avec Emma Battesti, metteur en scène professionnel, une pièce de théâtre sur un texte du grand chef indien Seattle (1786-1866).

«Je travaille avec ce type de public les mêmes exercices qu’avec mes stagiaires enseignants-chercheurs, explique l’artiste, car on cherche la même justesse, intensité […]

On prend peut-être plus de temps pour y arriver mais je sais que je peux leur demander beaucoup car je les considère comme des apprentis comédiens […]

Je n’ai rien à faire de leur pathologie, certes, je suis plus délicate avec ceux qui paraissent plus fragiles mais je ne soigne pas […] ici les problèmes restent devant la porte
»

Dans cette ambiance «colonie de vacances», on ne parle plus de troubles obsessionnels, de schizophrénie, il n’y a plus de malades, il n’y a que des «adhérents en villégiature»

Dominique a repris confiance en elle et n’a plus honte de montrer son corps, elle n’a pas hésité à se mettre en maillot de bain pour profiter des activités nautiques: «les médicaments nous font terriblement grossir […] j’habite Perpignan mais je ne vais jamais à la plage […] ici ce n’est pas pareil !»

Pour Jaqueline de l’association albigeoise «Cheng» ce sont ses premières vacances… une véritable renaissance depuis qu’elle a retrouvé confiance en elle.

«Plusieurs accidents de la vie m’ont fait sombrer dans les médicaments […] aujourd’hui je suis redevenue une personne normale, je vis en appartement, je participe à des ateliers au sein de mon association, je ne vois plus le psychologue que tous les 15 jours […] c’est une véritable renaissance !»

Les groupes de réflexion et d’échanges qui se sont formés pendant ce séjour ont également permis d’échanger sur les pratiques des différentes associations.

Enfin, ce séjour n’a été possible que grâce à l’investissement de tous les partenaires (bénévoles, institutionnels, associations), mais il a eu des vertus thérapeutiques qui ont permis, à ne pas en douter, l’épanouissement de toutes ces personnes en situation de handicap psychique… à réitérer donc.

Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2009

Laurence Cabrol | 07/09/2009 - 16:05 | Lu: 19544 fois