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La réintroduction du bouquetin en Ariège: pourquoi pas?
04/02/2010 | 19:14
Crédit photo: Yannick Millet

Il a été évoqué plusieurs fois lors de la signature de la Convention du Parc  Naturel Régional ariégeois vendredi dernier.

Il ne fait même pas bondir les «anti» d’une réintroduction précédente dont on taira le nom.

«On les retrouve sur les murs de la grotte de Niaux !» a même argumenté Augustin Bonrepaux (président du Conseil Général de l’Ariège).

Cette bête étonnamment consensuelle est évidemment le bouquetin, disparue de nos montagnes sous la pression de la chasse au début du XIXème siècle.

Et même si le mot «réintroduction» provoque encore des sueurs froides chez certains, celle là fait de plus en plus parler d’elle, et en bien.

C’est que l’animal est partout dans les pages de l’histoire ariégeoise.

Il trône dans la grotte de Niaux (depuis plus de 12 000 ans). Il gambade dans le Livre de la chasse de Gaston Fébus (1331-1391).
Et on a retrouvé des ossements (à Aliat, au Mas d’Azil, à Lasserre, etc.).

Alors après tout, pourquoi pas?

«En Ariège, on a bien réintroduit le mouflon, le cerf, le chevreuil, la marmotte» précise Michel Sébastien, ardent défenseur de l’animal depuis plus de 20 ans.

Selon lui, le bouquetin a plusieurs arguments à son actif:
Tout d’abord, c’est un animal qui a besoin de rochers, ce qui ne manque pas dans les montagnes ariégeoises.

Il est un chainon de la biodiversité locale pyrénéenne. Il s’adapte facilement à différents milieux.
Et surtout, il n’est pas dangereux et pas concurrentiel.

Il y a aussi pour les plus «terre à terre» des arguments plus pragmatiques: il peut être un facteur de développement économique à travers le tourisme, et la chasse au trophée (source de revenus pour un parc, possible après 10 ans de réintroduction).

Mais c’est aussi à cause de cette dernière, que la réintroduction est difficile côté français.
Car la chasse du bouquetin est une manne de revenu jalousement gardée par les Catalans.

Explication: le dernier bouquetin «pyrénéen» est mort il y a 10 ans environs.

Pour la réintroduction, il faudrait donc aller puiser en Espagne, et ramener des bouquetins ibériques.

Mais problème: en Espagne, les parcs refusent cette idée pour des raisons économiques.
Chaque trophée (c'est-à-dire chaque animal chassé) leur rapporte entre 10 000 et 40 000 euros.

Vue de l’autre côté de la frontière, la réintroduction du bouquetin en France constituerait donc une concurrence vue d’un très mauvais œil.

Même si officiellement, ils revendiquent leur bouquetin comme «patrimoine national»!

Non sans ironie, Michel Sébastien précise d’ailleurs, «l’Espagne est entrée dans le marché commun (1986) avec des règles simples: la libre circulation des hommes, des marchandises, des capitaux, des idées, des images, télévision, d’internet… sauf des bouquetins !»

Une des solutions (si ce blocage perdure) serait d’aller chercher des spécimens dans les Alpes.
Mais étant génétiquement plus éloignés des bouquetins pyrénéens, certains biologistes n’y sont pas franchement favorables, «le dogmatisme du gêne» selon Michel Sébastien, qui les ferait volontiers venir, passant outre leurs petites différences.

Mais il y a tout de même de bonnes nouvelles pour les pro-bouquetins: l’entreprise Veolia (qui a une fondation dédiée à l’environnement) serait intéressée pour participer au financement (même si rien n’est confirmé).

De plus, avec la mise sur pied du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises (inauguré en septembre), le bouquetin dispose désormais d’un allié institutionnel solide.

André Rouch, président du parc, a d’ailleurs confirmé lors de la signature de convention vendredi dernier: «cela fait partie d’une des actions dont le parc sera porteur»

Reste à savoir où aller chercher les bouquetins…

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 04/02/2010 | 19:14 | Lu: 18308 fois