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Le footballeur Eric Carrière à la maison d'arrêt de Foix
18/08/2011 | 18:16
© MidiNews 2011

C’est à l’initiative de Christophe Cano, coach sportif intervenant depuis bientôt deux ans en milieu carcéral, que l’ancien international de foot Eric Carrière a passé ce matin quelques heures derrière les barreaux à la maison d’arrêt de Foix.

On ne présente plus cet enfant du pays (ses parents sont installés à Varilhes), il a commencé à taper dans un ballon rond dès l’âge de 8 ans et c’est par le milieu amateur qu’il est rentré dans la cour des grands.

D’abord le FC Nantes avec qui il remporte deux coupes de France, puis l’Olympique Lyonnais avec qui il est trois fois champion de France, le RC Lens et enfin le Dijon FCO.

Aujourd’hui producteur de vin en Bourgogne, ses activités de consultant sur Canal+ lui laissent davantage de temps pour s’occuper de sa famille.

Actuellement en vacances dans le département de l’Ariège, c’est spontanément qu’il a répondu à cette invitation.

Comme quoi on peut être footballeur de haut niveau et avoir du coeur.


Ce matin Jean-Pierre Masse et Fabien Guichou, respectivement président du district et conseiller départemental, étaient présents lors de cette rencontre à la maison d’arrêt, un moment un peu «exceptionnel» attendu par les détenus car au mois d’août les visites se font rares et les activités aussi.

Il a bien les deux heures de promenade par jour mais sur une journée de 24h, c’est peu.

«Le sport a une place importante ici, il permet d’extérioriser la violence et le mal-être, explique Sébastien Kebatti, directeur adjoint de la maison d’arrêt.

Nous avons un petit budget alloué pour faire intervenir un préparateur physique deux fois par semaine et acheter un peu de matériel pour la salle de musculation.

Au football il y a des règles à respecter, des contraintes qu’il faut accepter [...] il y a trois semaines qu’ils attendent cette rencontre avec Eric Carrière, il est vrai qu’au mois d’août les visites au parloir se font rares, les familles sont en vacances, il fait chaud, il y a moins d’activités, c’est souvent à cette époque de l’année qu’il y a des soucis dans les maisons d’arrêt
»

Pour Christophe Cano à l’origine de ce projet, le sport c’est fondamental: «quand je suis arrivé ici, il n’y avait pas de sport depuis 8 mois.

M. Prat, le directeur, m’a fait confiance, peu à peu j’ai pu acheter du matériel, des listes de volontaires se sont organisées et il y a eu une véritable émulation.

Depuis, nous  avons créé un pôle sport ainsi qu’une formation à l’arbitrage, cela fonctionne plutôt bien
»

Dans un premier temps, Eric Carrière à  rencontré les détenus et répondu à leurs questions.

Les questions ont fusé, on sent que le football fait partie de l’univers carcéral: «On peut regarder les matchs à la télé mais là on a la chance d’avoir un ancien international, c’est super !»

«Je n’avais pas le profil physique pour jouer au foot, j’étais trop petit et trop maigre, explique sans complexe Eric, j’ai été refusé à 16 ans en Sport-Etude mais cela ne m’a pas empêché de vivre ma passion en passant par le milieu amateur [...]

C’est plus long, à 22 ans quand j’étais stagiaire à Nantes, les autres en avaient 17 !
»

Longtemps considéré comme la doublure de Zidane (numéro 10 comme lui), il n’a pas hésité à évoquer ses meilleurs souvenirs:

«Dès que je suis arrivé en équipe de France, Zidane est venu à ma rencontre et m’a dit: j’aime beaucoup ce que tu fais... c’est un très grand professionnel.

Parmi mes meilleurs souvenirs la coupe des confédérations, c’était ma première sélection et j’ai mis deux buts contre le Mexique.

Après il y a eu le championnat du monde, le championnat d’Europe j’ai joué avec Pirès, Wiltord, Zidane, Desailly et Leboeuf, du haut niveau, des gens qui aiment le foot.

Aujourd’hui il y a moins de plaisir et davantage d’argent.

A la base ce doit être une passion qui devient un métier
»

Concernant le politique des quotas qui a agité le monde du foot récemment: «Pour moi les seuls critères doivent être l’intelligence de jeu.

Ce n’est lié ni à la nationalité ni à la couleur de peau.

A Nantes, on n’avait pas beaucoup de joueurs athlétiques mais une véritable intelligence de jeu
»

Enfin au niveau du régime alimentaire ou de la récupération: «Il n’y a pas de mystères: il faut boire beaucoup d’eau, manger des fruits, des légumes, des féculents. Avoir une discipline de vie»

Ensuite les détenus qui s’étaient inscrits au préalable ont pu participer à la rencontre organisée dans la cour de la prison: deux équipes de sept, haut quartier contre bas quartier (condamnés contre prévenus) arbitrés par Fabien Guichou.

Eric Carrière n’a pas hésité à enfiler un dossard et après un petit échauffement à rentrer dans le vif du sujet.

Engagement physique mais aussi le fair-play et respect.

Tous les participants étaient là pour le plaisir du sport.

«C’est beaucoup mieux de jouer, expliquait à la fin de la rencontre Eric Carrière, il y a de l’envie de part et d’autre, quand on joue dans les règles c’est super !»

Et l’ancien international aime jouer: «Depuis que j’ai arrêté, je joue souvent avec des amis, dans les clubs lors de visites, spontanément car jouer au foot ça crée des liens très rapidement, c’est une expérience enrichissante pour tous, je l’espère»

Avant de partir il s’est prêté à une sympathique séance de dédicaces et a promis de revenir à la maison d’arrêt de Foix.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 18/08/2011 | 18:16 | Lu: 26906 fois