accueil  |  ariège   |  france

La sécurité, enjeu des municipales en Ariège

© midinews 2013

A dix mois des élections municipales, alors que les chiffres de la délinquance sont très contestés et que leur interprétation varie d’un ministère à l’autre, les candidats aux prochaines élections ont compris que la sécurité était en mesure de faire basculer les scrutins.

Alors que le PS a longtemps retardé sa conversion à la vidéo-protection et aux questions sécuritaires, de plus en plus de maires de gauche n’hésitent plus à enfreindre ces tabous et s’équipent en matériel vidéo ou en armant leur police municipale, devenue désormais la troisième force de sécurité du pays.

La vidéo-protection, une révolution culturelle dans le département de l’Ariège
C’est la ville de Mazères (4000 habitants) qui a ouvert la voie en matière de vidéo protection et Louis Marette (UMP) assume sans complexe: «l’autoroute nous place à 25 minutes de Toulouse, nous n’échappons pas à l’exportation de la délinquance urbaine. Nous avons choisi cette solution car les chiffres de la délinquance s’étaient envolés depuis 2008: délinquance de proximité, cambriolages… et après l’installation de 7 caméras ils ont baissé de 25%»

Le premier magistrat met en avant l’effet dissuasif de ce matériel destiné à permettre des rapprochements dans le cadre d’enquêtes menées par la gendarmerie, il contribue souvent à la résolution d’affaires judiciaires.

Loin de jouer les Big Brother, Louis Marette précise que les images sont automatiquement détruites au bout de 13 jours et très peu de personnes ont accès aux écrans de contrôle.

Certes cela a coûté un peu d’argent (49 000 € pour 6 caméras financées à 50% par la Préfecture): «avant leur installation nous faisions appel à une société de surveillance privée qui nous coûtait bien plus cher»

Autre spécificité de la petite commune de Basse Ariège l’implication des habitants dans la prévention: «là aussi nous avons été précurseurs et nous sommes à ce jour les seuls à avoir installé la participation citoyenne (autrefois baptisée voisins vigilants), système de protection réciproque qui consiste à organiser dans les différents quartiers une chaîne de vigilance pour prévenir tout phénomène de délinquance.

Dans la réalité des faits, ces deux choses sont complémentaires: les caméras sont efficaces pour la délinquance de proximité et la participation citoyenne permet si l’on assiste à quelque chose de suspect, d’en informer le référent désigné du quartier qui, en fonction de la situation, prend contact avec le policier municipal ou la gendarmerie
»

Le maire de Mazères ajoute: «on peut me reprocher que j’exporte la délinquance mais la tranquillité des Mazériens est confortée par ce dispositif et c’est bien tout ce qui m’importe»

Pour André Trigano maire de Pamiers (17 000 habitants), le dossier des caméras de protection a été sujet à polémiques mais aujourd’hui il ne regrette pas cette installation: «elles nous permettent d’identifier les petits délinquants, de seconder les forces de l’ordre dans le cadre des enquêtes menées par la Police et de rassurer les Appaméens»

Mais le premier magistrat avoue qu’à Pamiers il s’agit bien plus d’incivilités que de grosse délinquance: «beaucoup de parents jettent l’éponge et laissent grandir leurs enfants n’importe comment. Je préfère privilégier la prévention et parler avec les jeunes pour trouver ensemble une solution que de tomber dans la répression à tout va… il faut donner une chance à ces jeunes pour qu’ils reviennent dans le droit chemin»

A Pamiers, la municipalité s’appuie sur le tissu associatif et le Conseil Local Sécurité Prévention de la Délinquance pour aider les jeunes à déjouer certains dangers.

Cet été deux emplois de saisonniers vont être dédiés au centre nautique afin d’éviter les problèmes d’incivilités (un équipement qu’André Trigano a souhaité gratuit pour tous les jeunes de moins de 18 ans). «Nous voulons que les Appaméens vivent en toute tranquillité, les cambriolages ont été résolus, ce sont des gens de l’extérieur qui viennent les commettre mais nous avons confiance en notre Police nationale et s’il faut sévir, c’est la justice qui le fera et fermement s’il le faut»

A Pamiers bien plus qu’ailleurs, la sécurité s’invitera certainement dans le débat des prochaines municipales.

A Saint-Girons le dossier de la vidéo-protection date de 2007, de l’ancienne municipalité (UMP) mais Gérald Rovira (PS), adjoint référent, ne renie pas cet héritage: «certes le choix du matériel n’était pas très bon puisque nous avons été obligés de le changer à notre arrivée mais le système est utilisé pour les cambriolages, les délits de fuite après accrochage ou de petite délinquance à la demande de la gendarmerie ou du procureur. Nous envisageons d’installer quatre caméras supplémentaires dans les mois à venir»

Avec ses 7000 habitants, la capitale du Couserans n’est pas plus dangereuse qu’une autre ville moyenne mais comme l’indique l’élu, «la population est assez instable et fait souvent peur aux gens»

Selon lui «ce ne sera pas un réel enjeu de campagne mais restera tout de même un thème important pour la ville»

Quelques chiffres au niveau national

57% des Français font de la lutte contre l’insécurité une priorité pour 2013

Nombre de policiers municipaux en France:
4000 en 1984
14 300 en 2010
17 919 en 2011

3956 communes disposaient d’une police municipale en 2011

43% des agents sont armés (78% en région PACA)

50%portent un gilet pare-balles

La commune regrette à demi-mot qu’il n’y ait pas de commissariat car sa géographie (à la fois éloignée des grandes villes et au cœur de toutes les vallées du Couserans) et ses activités (surtout en période estivale) drainent une population métissée…

Elle se repose en matière de prévention sur le CISPD local et va embaucher un éducateur de rue: «je tiens énormément à cette embauche d’autant que le CISPD fait du bon travail en direction des aînés ou des jeunes, en matière de sécurité routière ou de prévention»

Gérald Rovira sait également qu’il peut s’appuyer sur la Police Municipale (2 policiers assermentés) et 3 ASVP qui jouent la carte de la police de proximité plutôt que de la répression.

Quant à la cité comtale, elle affiche clairement la couleur. Pour Norbert Meler, maire adjoint, il n’y a pas de droite ou de gauche qui tienne: «les institutions ont le devoir de garantir la sécurité des citoyens. Tous ceux qui transgressent la loi doivent être punis par la justice»

Pour l’élu, tous les chantiers sont des dossiers complexes qui font appel à de nombreux paramètres et selon lui «la vidéo-protection ne règle pas tous les problèmes, ça se saurait»

«L’évaluation de son efficacité est très contestée. L’association des petites villes de France est beaucoup plus nuancée sur son efficacité objective. Cependant dans un groupe politique il n’y a pas de dogmatisme, je n’exclut aucune hypothèse mais n’accepte pas qu’on m’en impose»

Force est de constater que Foix est un des territoires les plus paisibles de Midi-Pyrénées, statistiquement parlant. «Si nous installons de la vidéo-sécurité cela va générer des frais de fonctionnement et combien devrions-nous en installer sur le territoire ?»

Selon lui, la présence constante de la Police sur le terrain, la connaissance aigüe des populations par la police de proximité (3 policiers municipaux et 3 ASVP équipés d’armes de 6e catégorie), donnent des résultats satisfaisants.

Norbert Meler évoque également le CLSPD mis en place en 1997 par Jean-Noël Fondère, les animateurs en charge de la jeunesse qui se distancie de la vie sociale: «nous organisons des chantiers l’été destinés à retendre les liens et à distiller quelques valeurs souvent oubliées par ces jeunes, nous essayons aussi de rapprocher les générations pour créer du lien social. La vie associative est très importante pour nous y aider, c’est une toile d’araignée tissée avec les clubs sportifs et les associations»

A cela il faut ajouter les stages de citoyenneté organisés en relation avec le procureur pour les petits délits, la mise en place d’un travail sur le décrochage scolaire… un équilibre fragile mais une action qui vaut la peine d’être menée.

La tendance à l’installation des caméras de vidéo-protection s’est accentuée ces dernières années. En France une telle installation sur la voie publique doit obtenir une autorisation préfectorale, celles qui sont dans l’espace privé (on parle alors de vidéosurveillance que ce soit sur le lieu de travail, un immeuble, une résidence) une autorisation auprès du CNIL.

Si nos voisins britanniques et plus particulièrement londoniens comptabilisent le plus fort nombre de caméras par habitant, c’est certainement à Nice avec l’installation de 680 caméras que l’on atteint en France le plus impressionnant déploiement de matériel de vidéo-protection.

Laurence Cabrol | 14/06/2013 - 20:17 | Lu: 47800 fois

dans la même rubrique