Le texte s’appelle «Grande victoire pour l’industrie pharmaceutique. Les plantes médicinales bientôt interdites dans l’UE»
Vous avez peut-être vu passer sur la toile cette pétition annonçant la victoire de l’industrie pharmaceutique (suite à une directive européenne appliquée au mois d’avril), et la fin de l’accès aux plantes médicinales et aux médecines traditionnelles (chinoise, ayurvédique).
Pourtant, à grand renfort de phrases chocs, le texte n’a pas fait l’unanimité.
Il n’a par exemple pas convaincu Thierry Thévenin (producteur-herboriste et secrétaire général du Syndicat des Simples*)
Celui-ci explique (sur le site internet du syndicat) qu’il y a derrière tout ça une opposition entre l’industrie pharmaceutique et l’industrie des compléments alimentaires, «les petits acteurs indépendants de l’herboristerie européenne se trouvent quelque part dans un espèce de no-man’s land au beau milieu du front de la bataille et dans l’ombre de ces deux géants»
Alors justement, qu’en pensent ces «petits acteurs indépendants de l’herboristerie» dont l’Ariège regorge?
La directive concerne les plantes délivrées avec «indications thérapeutiques»
Globalement pour Michel Thouzery (producteur de plantes médicinale installé en Ariège depuis 12 ans), la directive ne va pas changer grand chose à son travail, «le problème n’est pas nouveau. Depuis des années, notre situation est très compliquée...»
Même constat sur les terres de Pascale Marquis (productrice à Artigat) qui précise «cette pétition fait l’amalgame entre la production de plantes, et les produits transformés à base de plantes»
Donc les plantes médicinales ne seront pas interdites en Europe comme le dit la pétition. C’est la vente d’une plante en tant que remède (c’est à dire délivrée avec des indications thérapeutiques) qui ne sera pas autorisée sans Autorisation de Commercialisation.
Et la vente de plantes dites «médicinales» est déjà encadrée, limitée, et contrôlée depuis très longtemps. La date fatidique correspond en fait à la suppression du diplôme d’herboriste en 1941 sous le régime de Vichy.
Depuis cette date, seulement les pharmaciens ont le droit de vendre des plantes avec des indications thérapeutiques.
Mais problème: tous ne s’intéressent pas aux plantes (sur lesquelles ils réalisent en général de faibles marges).
L’herboristerie représenterait donc seulement 3% des ventes en pharmacie.
Est-ce suffisant pour répondre aux besoins de la population en la matière? C’est véritablement le cœur du problème.
Car si les producteurs ont le droit de vendre certaines espèces (148 pour être plus précis), ils n’ont pas de droit de faire référence à leurs vertus thérapeutiques.
Ils ont en fait une liste de plantes «autorisées» assez restrictive comme l’explique Michel Thouzery, «il y est spécifié la partie de la plante que l’on a le droit de vendre et bien souvent, les parties intéressantes ne sont pas dans la liste»
Exemple: les racines d’une plante ont des propriétés intéressantes pour la santé. Et la fameuse liste n’autorise qu’à en commercialiser les fleurs, qui elles, ne servent à rien.
Le retour à un diplôme d'herboriste en France?
Finalement pour les acteurs de la filière, la pétition a au moins eu le mérite de faire parler du problème. Car beaucoup se plaignent de l’arsenal de procédures, de règles, d’homologations, et d’autorisations qui entourent la commercialisation des plantes médicinales.
Tout autour de cela un objectif affiché: la protection du consommateur. Et d’un autre (peut-être un peu moins affiché), celui de la défense des intérêts de l’industrie pharmaceutique.
Pour sortir de ce qu’ils qualifient de «flou total», les producteurs du Syndicat des Simples militent pour la reconnaissance du diplôme d’herboriste (qui existe déjà chez nos voisins du Royaume Uni, de Belgique, d’Allemagne, de Suisse ou encore d’Italie).
Michel Thouzery par exemple est bien conscient des enjeux, «on ne vend pas des plantes médicinales comme on vend des légumes. Il y a de nombreuses connaissances à avoir...»
Lui-même a fait 3 ans en Fac de médecine dans un cursus sur les médecines naturelles. Idem Pour Pascale Marquis qui a fait plusieurs années d’études pour obtenir un diplôme de l’ARH (Association pour le Renouveau de l’Herboristerie).
Ceux qui militent en faveur d’un retour d’un diplôme d’herboriste rêvent donc de voir les pharmaciens, les politiques, les producteurs-herboristes, les médecins, les chercheurs et les universitaires se remettre autour de la table pour parler de formation.
Depuis 2010, un groupe de travail présidé par Jean Luc Frechet au Sénat travaille d’ailleurs à une proposition de loi visant à réhabiliter le métier d’herboriste.
Pour en savoir plus sur le syndicat des simples www.syndicat-simples.org
* Le Syndicat des Simples regroupe des producteurs de plantes médicinales en agriculture biologique. Il a été créé en 1982 dans les Cévennes. Il regroupe 80 producteurs-cueilleurs de plantes aromatiques, alimentaires ou cosmétiques qui suivent un cahier des charges (agréé en 1988 par le Ministère de l’Agriculture) très strict en ce qui concerne la protection de l’environnement, la préservation des ressources floristiques, la qualité de la production et le respect du consommateur.
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