Au début du mois de mai nous avions rencontré chez Christian Soulère, éleveur ovin à Ganac, les jeunes qui suivent la formation «Pâtre de Haute Montagne»
Ils apprenaient les rudiments de la tonte et du parage des bêtes.
Hier c’est chez Christian Vergé à Rimont qu’ils se sont essayés au marquage des brebis et aux soins à leur prodiguer avant de les monter sur les estives.
Encadrés par Emmanuel Trocmé, responsable de cette formation pour le compte de la Chambre d’Agriculture, les apprentis après la théorie se confrontent désormais à la pratique dans les ateliers organisés chez les éleveurs avant de monter passer l’été sur une estive.
Un moment qu’ils attendent tous avec une certaine impatience.
Mais avant cela il faut préparer les troupeaux, les traiter contre les parasites: douves du foie, ténia, vers ronds (strongles), etc... puis les «péguer» à la marque de l’éleveur.
Christian Vergé explique qu’il s’agit là de «blasons populaires» transmis de générations en générations.
Ces marques de reconnaissances sont apposées sur les moutons destinés à transhumer mais on les trouve également sur les portes des étables, cabanes et bâtons de bergers.
Jusque dans les années 60, les «pégadès» étaient réalisés à l’aide de motifs découpés dans des plaques métalliques et reliés à un manche.
Ils étaient ensuite plongés dans un bain de poix puis apposé sur le mouton fraichement tondu.
Puis interdite car censée détériorer la peau de l’animal, la poix fut remplacée par de la peinture.
Le mot lui-même «pégadès» trouve son origine dans la langue occitane, sa racine est «pègue» qui désigne la résine ou la poix, utilisée comme colle.
Christian Vergé à l’origine éleveur de vaches limousines (il va fêter ses 21e transhumances) s’est mis depuis une douzaine d’années à l’élevage ovin, «exclusivement des races rustiques: tarasconnaises ou castillonnaises», il monte ses 130 brebis à l’estive de Pouihl (canton de Seix), sur l’estive de Jean Bénazet mais avant cela il va les marquer.
Un point rouge entre les omoplates pour les trier dans le parc à contention et deux pégadès verts: un à droite derrière et un à gauche devant, pour les retrouver plus vite sur l’estive.
Il montre aux «futurs pâtres» les bons gestes: «il faut les traiter par la gueule, leur mettre une bonne rasade de vermifuge, avant de les passer au marquage»
Et l’ami Christian n’a pas lésiné sur les moyens (deux pots de peinture), il est très fier de nous montrer son nouveau pégadès: «un V dans un C, une fabrication maison réalisée à partir d’un fer à cheval que je vais déposer!»
Il distille quelques indications le mégot fossilisé sur la lèvre, et les jeunes s’organisent pour la contention des bêtes et les manipulations.
Au début le geste est timide mais peu à peu il s’affirme.
Lauri originaire de l’île de la Réunion est très volontaire: «Chez nous il y a peu d’élevage, j’ai vu cette formation sur Internet, j’ai décidé de venir la suivre en Ariège, un département que je ne connaissais pas auparavant»
Dans quelques jour elle rejoindra Laurence Gimenez et Yves Souque sur les estives de Tos et Hauteserre.
Etienne ira sur celle de Beille car il a avait peur de la solitude et Jon, le jeune berger basque est impatient de rejoindre l’estive de Cazabèdes où il peaufinera sa formation auprès d’Urbain Coumes.
Quant à Christian, depuis 2002 il organise les transhumances en Couserans, une manifestation festive qui fait découvrir chaque année le pastoralisme et les traditions à des centaines de touristes en mal d’authenticité: «Les transhumances, c’est le respect de la tradition et l’affirmation de notre identité.
Je monte mes vaches en massatois (départ le 3 juin de Rimont pour Biert et le lendemain arrivée à l’estive de Goutets) et les brebis en Haut Salat le 11 juin sur l’estive de Pouilh»
Pendant près de trois semaines, le pays va vivre au rythme du pastoralisme dans une ambiance chaleureuse.
Mais au-delà de l’aspect festif, il y a une véritable démarche de revalorisation du métier d’éleveur que les professionnels font découvrir au grand public.
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