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Opération Vignes Ouvertes à Vira
07/06/2011 | 20:18
© MidiNews 2011
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La vigne et l’Ariège c’est une longue histoire qui s’écrit depuis le Moyen Age avec plus ou moins de succès selon les périodes.

Aujourd’hui Philippe Babin, vigneron dans la vallée du Douctouyre, a décidé de réaliser un travail de mémoire autour de la vigne ariégeoise.

Il s’est entouré de quelques spécialistes, parmi lesquels Louis Claeys, éminent historien de Pamiers, et Bernadette Gianesini, propriétaire de l’ancienne ferme-école de Royat où l’on expérimenta à l’époque de Napoléon III des techniques viticoles innovantes encore utilisées de nos jours.

Ils organisent le week-end prochain une manifestation autour de la vigne, «Vignes Ouvertes», qui comme son nom l’indique vise à faire découvrir le vin et les vignobles d’Ariège: samedi 11 juin dès 10h à la salle des fêtes de Vira, on évoquera l’histoire de la vigne, à 18h30 aura lieu un concert et à 21h30 une projection d’un film de Chaplin.

Dimanche 12 juin c’est dans les vignes que vous accueilleront Philippe babin et son équipe avec de nombreuses animations (amenez votre pique-nique).

Pendant ces deux jours auront lieu vente et dégustation de vins ariégeois.

La plus ancienne mention relative au vignoble ariégeois remonte à un acte de 971 (il concerne une vigne en pays de Mirepoix) et un document de 1225 porte déjà sur les taxes imposées aux vins de Pamiers exportés vers le Bordelais par voie d’eau.

Ensuite quelques documents évoquent la qualité de ces vignobles puisqu’en 1310, Philippe Le Bel se fait envoyer des vins de Pamiers, et les vertus des vignes de Vira sont de notoriété publique.

A l’époque elles sont plantées sur les terrasses les plus élevées, sur le site appelé «Roc de Mayol» et cette activité viticole rémunératrice est encouragée par l’évêque de Pamiers qui perçoit des taxes sur chaque barrique qui quitte le Port de Milliane (les barges les acheminent jusqu’à Bordeaux).

Ensuite la production s’est adaptée au marché, au XIXe siècle c’est celui des petites gens, les forgerons et les mineurs de la montagne, qui demandent un vin bon marché peu chargé en alcool: «on a alors planté les vignes sur les terrains limoneux des fonds de vallée» explique Philippe Babin.

Ce sont des vignes qui produisent beaucoup mais un breuvage de moindre qualité.

Pour autant, la vallée du Douctouyre jusqu’en 1925 jouit d’une solide réputation fondée sur une importante activité viticole: «une délibération du Conseil Municipal de Dun accepte même de financer la gare de Rieucros par laquelle s’achemine le vin par la voie ferré […] preuve que les enjeux économiques sont énormes»

Plus tard, cette activité disparaît et notre viticulteur ariégeois y voit la conjoncture de plusieurs phénomènes: «il y a eu en France le phylloxéra qui a détruit 100% du vignoble européen, il est arrivé tard en Ariège mais il a tout de même touché notre territoire.

A cela il faut ajouter un important exode rural après la guerre mondiale qui a vu la fermeture des mines et des forges […] cette baisse brutale de la population a engendré la disparition totale de la vigne
»

Paradoxalement c’est aussi au XIXe siècle que la vigne ariégeoise connaît d’importants progrès.

En effet Napoléon III décide, sous l’impulsion de la révolution industrielle, de moderniser l’agriculture «pour que les Français n’aient plus faim»

Dans chaque département il crée une ferme-école où les jeunes garçons après leur certificat d’étude apprennent pendant trois ans le métier d’agriculteur, l’utilisation des engrais et des machines modernes.

Emile Lefèvre, notaire à Pamiers, propose d’installer cette ferme modèle sur son domaine de Royat (commune de Montaut).

Constatant que le vin ariégeois est de mauvaise qualité, il fait venir un maître de chais de Bordeaux et fait planter de la vigne sur ce sol chaud et perméable.

De 1850, date de l’ouverture de cette ferme-école jusqu’à la guerre de 14-18, trois inventions majeures sont découvertes à Royat:

-Le palissage: à cette époque on rationnalise les cultures, si bien que l’on utilise la traction animale pour travailler les vignes qui sont désormais séparées par des palissades et dont les cèpes sont alignés.

-La taille de Royat: cette célèbre taille porte le nom de la ferme, créée pour améliorer la qualité du raisin (meilleure harmonie dans la qualité des raisins de cuve); cette taille s’est développée depuis dans le monde entier. Actuellement on la retrouve dans les vignobles du nouveau monde (Australie, Californie) y compris dans le vignoble catalan qui longe la côte jusqu’à Barcelone.

-La vinification par gravité: c’est à Royat que l’on prend conscience que le fait d’écraser les raisins dans les comportes n’améliore en rien sa qualité, on obtient une oxydation plutôt qu’une fermentation des grappes.

C’est ici que l’on arrête aussi d’utiliser des pompes pour remonter le raisin dans les cuves, préférant construire un plancher au-dessus de celles-ci où le raisin est acheminé par petits wagonnets.

Cette technique de vinification par gravité améliore considérablement la qualité du vin, si bien qu’après avoir été mise au point dans l’Ariège elle fut immédiatement développée dans les grands domaines bordelais et rebaptisée «vinification bordelaise»

Après la première guerre mondiale, les activités de la ferme-école se sont peu à peu arrêtées.

Le temps passant les vignes sont arrachées et actuellement l’exploitation est dédiée aux céréales.

De cet âge d’or de la vigne en Ariège, il ne reste plus que quelques vestiges que Bernadette Gianesini, la propriétaire des lieux, fait pourtant revivre avec passion.

La renaissance du vignoble ariégeois n’est pas inscrite dans un passé très ancien puisqu’elle date de 1998 et se fédère autour de quatre vignerons à la base d’un groupement d’intérêt économique (GIE) et de deux caves: une à Montégut Plantaurel et l’autre à Lézat.

Aujourd’hui, Philippe Babin assume l’histoire du vin ariégeois même s’il n’avait autrefois pas très bonne réputation: «il fallait être trois pour le boire: deux qui tenaient celui qui le buvait pour ne pas qu’il se sauve !»

Car dès les premières années de sa réintroduction, le choix des vignerons ariégeois s’est porté sur la qualité et non sur les cépages hybrides prolifiques.

«J’ai actuellement 10 ha de vignes, moitié en Syrah (cépage méditerranéen sur les coteaux sud), un-quart en Merlot et un-quart en Cabernet Sauvignon, deux cépages du bordelais qui se comportent bien avec le climat atlantique du versant nord de la vallée»

Car selon le viticulteur, «la spécificité de l’Ariège c’est de pouvoir assembler ces deux cépages et faire des vins que l’on ne trouve pas forcement ailleurs […]

Car quitte à faire un vin dans l’Ariège, qu’il soit le reflet de notre territoire et de notre climat !
»

Le vin ariégeois est connu et reconnu, pour ne parler que de celui de Philippe Babin, chaque année le Guide Hachette lui décerne ses coup de cœur, il est consommé aux Etats Unis et au Japon mais cela ne satisfait pas totalement notre viticulteur qui souhaite se recentrer sur l’Ariège:

«J’aimerais que les Ariégeois soient fiers d’avoir un excellent vin […] cela ne suffit pas d’être bu à Manhattan ou à Tokyo, le plus important c’est de faire découvrir et apprécier ce vin aux Ariégeois. C’est pour cela que l’on organise cet évènement les 11 et 12 juin !»

Vignes Ouvertes (dans le cadre de la journée nationale des vignerons indépendants)
RV de 10 à 12h et de 14h à 17h30 à Vira
Renseignements: 05 61 68 68 68

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 07/06/2011 | 20:18 | Lu: 12101 fois