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Vers le retour des farines animales?
15/06/2011 | 21:27
© MidiNews 2011

Leur seul nom est lié à une des catastrophes sanitaires les plus importantes des années 90: la maladie de la vache folle avec sa transmission à l’homme sous la forme d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

Rappel des faits: cette maladie dégénérative du système nerveux qui a touché les bovins au Royaume Uni et en moindre mesure ceux d’autres pays européens entre 1986 et 2000, a trouvé son origine dans l’utilisation de farines animales utilisées pour nourrir les troupeaux.

Ces restes de carcasses non comestibles pour l’homme mais riches en protéines et bon marché pour l’alimentation des animaux étaient alors massivement utilisés en complément du fourrage.

Mais l’épizootie a pris une tournure particulière quand les scientifiques se sont aperçus en 1996 que la maladie pouvait être transmise à l’homme par le biais de la consommation de produits carnés.

Car si 200 000 bêtes ont été infectées, la consommation de viande bovine a chuté, plus de 200 victimes humaines ont été touchées par des symptômes proches de la maladie de Creutfeldt-Jakob, maladie de même nature que l’ESB.

Aujourd’hui, alors que la crise de la vache folle semble être derrière nous, on reparle des farines animales.

Certains évoquent cette piste pour pallier au manque de fourrage du à la sécheresse.

D’autres, comme le très sérieux Conseil national de l’Alimentation (CNA) travaillant sur la question depuis le mois d’octobre en relation avec les ministères de l’Alimentation, de la Santé et de l’Economie, envisagent une réintroduction partielle, limitée à l’aquaculture, aux élevages de porcs et de volailles.

Une utilisation sous condition que partage Xavier Beulin, président de la FDSEA, pour qui l’utilisation des farines animales en France permettrait une cohérence européenne.

Au niveau local, Hervé Péloffi de la FDSEA voit «une aberration de ne pas les utiliser»

Elles sont issues des déchets des abattoirs donc de bêtes propres à la consommation.

Pour lui «il est primordial de pouvoir trier les déchets à la source pour les utiliser»

Certes il n’envisage qu’une consommation partielle (pas pour les ruminants) et milite en faveur d’une utilisation raisonnée: «à l’époque de l’épidémie de la vache folle, on s’est aperçu que les farines étaient chauffées à des températures insuffisantes, il y avait une mauvaise utilisation de cette ressource riche en apports protéiniques.

Depuis, tous les pays voisins de la France les utilisent […] ne pas les utiliser constitue un handicap économique supplémentaire
»

Selon Emmanuel Lecomte, directeur de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège, la question ne se pose pas
:

«Pour les porcs ou les poulets nous avons des filière de qualité et de proximité.

Concernant les ruminants nous sommes opposés à cette réintroduction. La question ne se pose donc pas
»

Bruno Lemaire s’est exprimé sur cette question hautement politique le week-end dernier et son avis est tranché: «tant que je serais ministre de l'Agriculture, les farines animales ne seront pas réintroduites en France [...]

Aujourd'hui, je constate qu'on ne me donne pas de certitudes sur ces farines
», a-t-il ajouté.

Les membres du CNA estiment la situation sanitaire «désormais maîtrisée»

Si la filière aquacole est privilégiée pour la réintroduction des farines animales, c'est qu'elle «minimise les risques de contamination croisée»

Dans son projet, la Commission européenne prévoit de maintenir l'interdiction de donner des protéines animales à des ruminants censés se nourrir d'herbe, ou de nourrir un animal avec des protéines issues de sa propre espèce.

Les farines animales ont pour principal intérêt de réduire le coût de l'alimentation des bêtes.

Néanmoins, le CNA relève «un avantage économique variable, voire incertain, selon les secteurs»

Le CNA rendra son avis le 15 septembre au gouvernement.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 15/06/2011 | 21:27 | Lu: 10615 fois