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Restauration du saumon atlantique au lac de Moulzoune
11/07/2011 | 19:39
© MidiNews 2011

Il y a 30 000 ans, nos ancêtres pêchaient les migrateurs dans les fleuves et mangeaient du saumon à en croire les représentations qu’ils ont laissées aux Eysies en Dordogne ou plus près de nous dans la Grotte de la Vache en Haute Ariège.

Au fil des siècles et de l’exploitation du milieu naturel ou de la pollution, bien des espèce se sont éteintes dans la plus grande indifférence.

Avec la construction de grands barrages ou l’aménagement hydroélectrique des cours d’eau, les saumons se sont vus interdire l’accès à leurs frayères.

Si bien que depuis le milieu des années 70, le ministère de l’Environnement a lancé à l’instar du plan ours en 1984, un «Plan Saumon» visant à réintroduire ce poisson sur le bassin Dordogne-Garonne (mise en place progressive de structures de production de poisson de repeuplement).

Ce plan s’est étendu en 1981 à l’ensemble des espèces migratrices (anguilles, aloses, lamproies) et s’étendra à partir de 2012, à l’esturgeon en Gironde.

C’est dans cette dynamique que s’est constituée en 1999 l’association MIGADO (Migrateurs Garonne Dordogne), une association de type loi 1901 qui assure en relation avec les fédérations de pêche, la plupart de la maîtrise d’ouvrages des actions menées en faveur des poissons migrateurs.

Le programme de réintroduction engagé depuis plusieurs années dans le cadre du contrat de projet Etat-Région a permis de rouvrir 80% des axes migrateurs et de relancer le processus naturel de reproduction (les sujets de repeuplement sont issus de souches sauvages, de poissons remontant régulièrement les deux axes Garonne et Dordogne).

«Nous adhérons à cette action depuis l’origine» se souvient Francis Galy, administrateur de la fédération de Pêche de l’Ariège, qui nous fait découvrir le site de Moulzoune, une ancienne tourbière aménagée artificiellement pour y élever des alevins de saumon atlantique.

«Dans les années 90, M. Sarda, ancien président de la société de pêche locale, a l’idée de créer un lac artificiel de 1,5ha sur cette une ancienne tourbière récupérant ainsi les eaux du bassin versant de l’ancienne mine de talc de Fargas, massif de Tabe.

A cette époque, il pense y mettre des truites puis entend parler des enjeux patrimoniaux de la restauration des salmonidés dans nos rivières et se laisse tenter pour une expérience de grossissement des petits saumons en lac de montagne
»

Le résultat est sans appel: plus de 80% des alevins de un mois déversés dans le lac en mai sont récupérés en octobre au stade tacon (6 mois) avant d’être déversés sur le cours de l’Ariège en aval du barrage de Ferrières.

Moulzoune à 1400 m d’altitude appartient à la commune de Montferrier qui en assure l’entretien (ainsi que celui des alentours avec l’aménagement des sentiers, des aires de pique-nique); le lac de Prat Saint Marty sous la station des Monts d’Olmes est propriété d’un particulier qui a lui aussi décidé de participer à la gestion des milieux aquatiques du département en collaborant à cette opération de repeuplement.

«Le saumon atlantique avait totalement disparu du bassin de la Garonne, poursuit Francis Galy.

Nous avons commencé sa réintroduction au début avec des souches écossaises et norvégiennes puis nous avons privilégié les géniteurs nés sur la Garonne et la Dordogne.

Sur ce seul fleuve Garonne on estime à 600 000 les alevins issus de l’élevage extensif, si on compte 50% de mortalité, ce sont 80 000 poissons qui au bout d’un an et demi remontent naturellement l’océan Atlantique se gaver de krill (petite crevette arctique) puis reviennent dans la rivière qui les a vus naître […]

On estime que 250 poissons remontent jusqu’à Golfech et une centaine à Toulouse […] preuve que notre effort de repeuplement commence à produire son effet
»

Francis Galy se félicite de cette collaboration avec MIGADO qui a réussi à fédérer tous les acteurs du monde écologique, de la pêche mais aussi l’ONEMA, EDF et tous les  utilisateurs des rivières: «il s’agit là d’un programme écologique d’envergure permettant de restaurer la biodiversité mais il faudra attendre encore une ou deux décennies pour parler de pêche au saumon atlantique dans nos régions»

Concernant le lac de Moulzoune, Francis Galy travaille en étroite relation avec M. Cazaux, président de l’AAPPMA locale: «nous avons été les précurseurs en Ariège» ajoute-t-il pour conclure avant de nous donner rendez-vous en octobre à la station de piégeage du lac de Moulzoune ou les tacons d’une dizaine de centimètres seront prélevés avant d’être relâchés dans la rivière Ariège.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 11/07/2011 | 19:39 | Lu: 11906 fois