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Artigat: les corbeaux ont encore frappé
21/10/2011 | 18:59
© MidiNews 2011

Bernard Antony, éleveur sur la commune d’Artigat vit depuis plusieurs mois un cauchemar.

En effet, son troupeau de moutons (160 mères) se fait régulièrement attaquer par de grands corbeaux (le corvus corax, une espèce protégée) qui ont installé leur dortoir où ils nichent par centaines sur la crête d’Arnisa, un petit bois non loin de son exploitation.

Après avoir commis des prédations sur ses bêtes les plus jeunes en période d’agnelage, ils s’attaquent à présent aux adultes.

Au printemps, dès les premières prédations l’éleveur a alerté la mairie.

L’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) s’est rendu sur place à plusieurs reprises ainsi que la Direction départementale des services vétérinaires (DDSV). Ils ont constaté la présence de ces grands corbeaux et épisodiquement de quelques vautours.

Depuis plusieurs semaines, la pression des corvidés est encore montée d’un cran et l’éleveur complètement désespéré enregistre encore de lourdes pertes dans son cheptel (selon lui près de 90 agneaux), si bien qu’il voit sa situation financière menacée et son activité compromise.

«Mon exploitation est devenue un point de ravitaillement pour ces corbeaux […] pendant la journée, ils guettent nos moindres déplacements et dès qu’ils ont repéré une proie ils s’acharnent à coup de bec, ils attaquent par-dessous, sur les flancs, arrachent la laine et crèvent les yeux […]

Les moutons sont tellement stressés qu’ils se précipitent dans les clôtures, certains se blessent, d’autres ont des boitements, les brebis avortent, c’est une catastrophe
»

Bernard Antony attend les résultats des expertises de ses moutons retrouvés morts, il attend aussi des services de l’Etat des réponses claires: «j’aime mon métier, je ne veux pas abandonner mais il faudra m’aider car j’ai perdu toute ma saison d’agnelage et mon cheptel est terriblement affaibli […]

C’est pire que dans le film d’Hitchcock, j’entends des corbeaux même la nuit»

Georges Ballade, l’adjoint au maire d’Artigat qui a suivi le dossier, est catégorique: «nous avons constaté l’existence de ce dortoir, pris des photos, contacté les services de l’Etat. A ce jour nous n’avons aucun retour.

M. Antony est revenu nous voir en septembre pour nous signaler d’autres prédations.

La mairie a co-signé avec la chambre d’agriculture une demande au ministère de l’écologie pour prendre des mesures d’effarouchement car les grands corbeaux sont des oiseaux protégés
»

Cependant selon lui, s’il y a un tel nombre de corvidés c’est qu’il y a des raisons: mauvaises pratiques d’élevage ou proximité du quai de transfert des ordures ménagères, toutes les pistes doivent être exploitées:

«De telles attaques sont exceptionnelles, il faut vraiment qu’il y ait un gros déséquilibre écologique pour en arriver-là.

En 1983, il y a avait non loin du site une décharge à ordures ménagères à recouvrement de terre mais elle a été fermée en 93; nous avons conservé un quai de transfert où les sacs poubelles sont stockés dans des bennes […]

Nous ne négligeons aucune piste de réflexion car si les corbeaux se regroupent à cet endroit c’est qu’ils y sont attirés.

Si on arrête de les alimenter ou s’il n’y a plus rien à manger, ils s’autoréguleront en un an et la colonie quittera les lieux
»

Du côté de la Préfecture de l’Ariège, les services concernés ont réalisé une dizaine de visites chez l’éleveur pour comprendre les raisons de cette mortalité, concentrée exclusivement sur le troupeau de M. Antony:

«Fin septembre, pendant une semaine, nous avons même fait déplacer le troupeau à 2km du site. Il n’y a eu aucune mortalité» explique Véronique Castro, directrice de la DDCSPP.

«Depuis le début de la semaine, les bêtes sont revenues à leur emplacement d’origine et les attaques recommencent.

Nous avons prélevé les moutons morts pour les faire expertiser par le laboratoire départemental […] Alors, chiens errants, fragilité du cheptel, corbeaux? Des investigations sont menées pour tenter de répondre à ces interrogations.

Parallèlement le préfet a demandé auprès du ministère de l’Ecologie une autorisation d’effarouchement qui sera réalisée par l’ONCFS
»

Laurent Douilly, de l’ONCFS, précise: «cette mesure permet d’intervenir sur les dortoirs la nuit, on tire à côté des oiseaux pour les effrayer, sans les blesser car ce sont des espèces protégées.

Le grand corbeau comme tous les charognards a la faculté de détecter un animal fragilisé […] Il y voit son futur repas mais ce n’est pas un prédateur, à ma connaissance il n’a jamais attaqué d’animaux vivants […] les investigations continuent
»

Quant à une possible indemnisation, pour Véronique Castro: «un dédommagement ne rentre pas dans le cadre règlementaire»

Du côté du laboratoire départemental, Jean-Pierre Alzieu, directeur de la structure, a réalisé l’autopsie de cinq moutons de M. Antony.

Joint par téléphone, il nous a indiqué que le troupeau de l’éleveur suivi par un confrère de Saverdun n’avait rien de particulier.

Sur les deux premiers agneaux morts qu’il a autopsiés, il a observé un syndrome entérotoxique, une pathologie accidentelle répandue chez les jeunes agneaux (ils mangent trop et ont des problèmes d’équilibre de flore).

Par contre son attention a été attirée par des traces d’impacts au niveau de la panse et à l’intérieur du ventre.

Grâce à un examen nécropsique, il a déterminé que des attaques de corvidés ont eu lieu avant la mort des animaux.

Sur les trois autres animaux, le premier étant mort depuis plusieurs jours il ne restait pas grand-chose, les deux autres par contre présentaient des lésions d’attaques plus anciennes au niveau du ventre.

L’un d’entre eux avait même une péritonite en relation avec cette agression, il serait mort trois jours après.

Selon le Dr Alzieu, ce genre d’attaques est plutôt rare (il a déjà rencontré un cas isolé au moment d’un vêlage difficile).

Le laboratoire départemental devrait dans les prochains jours tirer les conclusions définitives de ces études.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 21/10/2011 | 18:59 | Lu: 13012 fois