Christelle Record: profession agricultrice
30/11/2011 | 14:24
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Si la France compte de moins en moins d’agriculteurs, cette baisse ne se fait pas au détriment des femmes.

Selon une étude publiée en janvier dernier par la Mutualité sociale agricole (MSA), elles représentent un quart des chefs d’exploitation et plus de la moitié des nouveaux exploitants sont des exploitantes.

C’est le cas de Christelle, la trentaine, qui après avoir enchaîné plusieurs métiers, notamment pendant 15 ans celui de conjointe-collaboratrice auprès de son époux artisan plombier, vient de reprendre l’exploitation des parents et grands-parents sur la commune de Baulou.

Une opportunité qu’elle a saisie mais également une passion qu’elle entretient depuis longtemps sans avoir pu l’exprimer: «nous sommes cinq enfants, mon frère était prédestiné à reprendre l’exploitation familiale puis cela ne s’est pas fait […] j’ai saisi l’occasion»

Un choix de vie qui s’est fait à deux (le couple a acheté les 45ha de foncier) puis Christelle a décidé de reprendre ses études: un an au CFPPA du lycée agricole de Pamiers et deux stages plus tard (au Gaec de Lasserre pour l’élevage et chez Gabriel Eychenne pour la mécanique), elle a réussi a décrocher du premier coup son Brevet de Responsable en Exploitation Agricole (BREA)… un pari osé pour cette autodidacte et une belle revanche sur la vie.

«Le fait d’avoir été salariée dans une entreprise me permet d’apprécier encore davantage ce retour aux sources, la liberté de faire ce que je veux et surtout cette qualité de vie […] je ne regrette vraiment pas d’avoir franchi le pas»

Installée officiellement comme jeune agricultrice depuis le début du mois d’octobre, Christelle a choisi de faire du veau sous la mère (entre 20 et 25 bêtes par an, vendues chez les bouchers de la région), uniquement du veau de race limousine, élevé à l’ancienne.

Pour conserver la blancheur de la viande le veau se nourrit exclusivement de lait pendant 5 mois et vit dans l’obscurité de l’étable: «à la différence du veau de boucherie élevé au lait en poudre, mes veaux se nourrissent du lait de leur mère et de laitières que j’élève exclusivement pour cela (ce sont les tantes).

Les vaches passent la journée dans les prairies, je les rentre le soir pour la tétée et je leur donne un complément alimentaire à base de céréales (maïs, orge) car pour faire des veaux de qualité il ne faut rien laisser au hasard, il y a de nombreux paramètres tels que l’alimentation des mères […]

C’est la méthode des anciens que j’ai écoutée pour la reproduire au mieux
»

Certes c’est plus contraignant que de faire du broutard mais là aussi c’est son choix, celui de faire de la qualité: «je n’ai pas de taureau, je ne me sentais pas de taille mais j’ai opté pour l’insémination pour évoluer dans la génétique»

Notre agricultrice passe dix heures sur l’exploitation, des activités qui se déclinent au fil des saisons, du labourage, aux semences, en passant par le nettoyage des étables, le débroussaillage, les récoltes de foin et bien entendu le soin des animaux et des veaux.

Pas le temps de s’ennuyer, les journées sont bien remplies: «j’ai perdu quatre kilos en un an, ici tout est à l’ancienne, beaucoup de tâches sont encore manuelles et quand physiquement je ne peux pas, on arrive toujours à trouver une solution pour s’accommoder»

Pour autant, Christelle reconnaît avoir encore des lacunes: «j’ai de grandes convictions mais encore beaucoup de choses à apprendre»

Elle n’a pas hésité à consulter Thierry Lazerge, éleveur à La Bastide, pour acheter ses premières génisses: «l’accueil des éleveurs est formidable, dans ce domaine là pour une femme ce n’est pas évident, je sais que je peux compter sur les éleveurs de la Barguillère ou du Séronais, c’est vraiment appréciable»

Et ce travail commence à porter ses fruits puisque la première velle sélectionnée par Sébastien Rouch, boucher à Foix, partira à l’abattoir début janvier.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 30/11/2011 | 14:24 | Lu: 12335 fois