Il y a quelques décennies encore, on élevait les brebis pour vendre leur laine. La tonte était un moment de récolte, de bénéfices pour les agriculteurs. Mais ces temps là sont révolus.
Aujourd’hui, la laine est très officiellement (depuis 2002) considérée comme un «sous-produit animal» par l’Union Européenne.
Et si les éleveurs doivent toujours tondre leurs moutons pour des raisons sanitaires (une fois par an environ), nombreux sont ceux qui ne vendent même plus le fruit de la tonte.
Pourtant, une poignée d’irréductibles se battent pour faire reconnaître que cette matière première a encore un rôle à jouer, et qu’elle est loin d’être un sous-produit.
La laine est «noble et de grande qualité» insiste Marc Touazy, tondeur depuis plus de dix ans (installé comme éleveur depuis peu à Saint-Paul-de-Jarrat), aussi président de l’Association nationale des Tondeurs de Moutons.
Mais avant de parler de la laine, un des principaux problèmes est «la disparition du monde ovin. Il y a un vrai problème de rémunération dans ce métier»
En Ariège, il y avait 756 éleveurs en 1991. Ils n’étaient plus que 538 en 2008.
Sans mouton, pas de laine. C’est imparable. Mais il n’y a pas que ça.
La laine est intégrée à ses risques et périls dans le tourbillon de l’Economie mondiale, «toutes les laines françaises sont exportées. Il n’y a plus d’industries lainières en France qui ont été délocalisées [...] C’est une matière première, cotée en bourse, comme le pétrole»
Et avec les prix actuels, côté éleveur, la vente de laine ne rembourse pas le coût de la tonte.
Le fait est qu’aujourd’hui la tonte n’est plus une récolte, c’est un coût. Une charge qui pèse environ 1,30€ par brebis pour les agriculteurs.
D’où une dégradation de la situation, avec un produit peu à peu délaissé, «les éleveurs ne font plus le travail génétique qui permet d’avoir de la laine de qualité. Et les gens n’ont plus été motivés pour récolter correctement. Par exemple: une laine pleine de paille devient inutilisable»
Autre conséquence: le métier de tondeur est peu reconnu (il y aurait une dizaine de tondeurs en Ariège). C’est pourtant un métier à grande technicité, qui ne s’improvise pas.
«On a aussi dissocié la production de viande et de lait, de la production de laine» précise Marc Touazy, «alors que ces différentes activités ne sont pas incompatibles»
A première vue, l’état des lieux s’annonce donc assez compliqué pour la filière, «on a perdu notre savoir-faire. Et si on veut revenir en arrière, ça va être très compliqué»
Mais tout n’est pas perdu, «en ce moment, une fenêtre s’ouvre car les deux gros producteurs (l’Australie et la Nouvelle Zélande) connaissent des difficultés. Et les cours de la laine sont remontés»
De même, cette matière première (qui, dans le passé, était utilisée partout: dans les maisons, les matelas, pour les vêtements) a été remplacée par l’industrie pétrochimique.
Avec la raréfaction des ressources (et l’augmentation de leur prix), un retour à des matières plus «écologiques» ne relève pas de la science fiction.
Dans la vallée de Niaux, Jean-Jacques Laffont transforme la laine depuis des années, dans sa filature (léguée de génération en génération depuis 1867).
Lui aussi a l’intuition que des lendemains plus «environnementaux» attendent la laine, qui n’a pas dit son dernier mot.
Les arguments sont infaillibles. Dans sa filature, «on produit la laine localement. On la transforme sur place. Et on la vend sur place»
Sans oublier la base: «la laine est un produit naturel»
Depuis des années, ce passionné travaille avec les éleveurs pour améliorer la qualité et la finesse de la laine.
Avec une obsession: obtenir un produit agréable au toucher, le moins rugueux possible.
Le travail de l’éleveur n’en sera que mieux valorisé selon lui, «de la laine de tarasconnaise est vendue entre 50 centimes et 80 centimes d’euros. De la laine Mérinos par exemple est vendue entre 1,50€ et 2€»
Voila donc le pari: miser sur la qualité comme seul salut, face à une industrie textile mondialisée et à un impondérable: «transformer ce produit demande du temps et de la main d’œuvre»
Conclusion? La filière de la laine n’a pas dit son dernier mot, «il faut partir de la base avec les UPRA, la chambre d’agriculture, les tondeurs, les éleveurs [...]
Avec tous les gens qui s’impliquent, on pourra avoir un beau produit et qui pourra, non pas concurrencer, mais rivaliser avec d’autres produits étrangers qui coûtent moins chers, parce que la main d’œuvre est moins chère»
Qualité, Ecologie, Filière courte... autant de mots lancés qui appellent, tous l’espèrent, de nouveaux débouchés pour la laine.
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