C’est un véritable coup de tonnerre qui résonne depuis les hautes montagnes du Couserans.
Un cri d’alarme plutôt, comme une première sommation, celle d’une profession qui tient à alerter par ce coup d’éclat sur son devenir qu’elle estime menacé.
La transhumance en Biros, certainement la plus emblématique de nos vallées et en tous les cas la plus attractive, n’aura pas lieu cette année.
Cette décision lourde de sens a été prise par l’association des transhumances en Biros.
Rappelons que Transhumances en Couserans est une «confédération» des quatre associations d’éleveurs qui chaque année organisent cette manifestation à l’échelle des différentes vallées: du Biros donc, mais aussi du Haut-Salat, de Massat et de Bethmale.
Leurs présidents respectifs co-président les destinées de Transhumances en Couserans.
Simon Lompède des Transhumances en Bethmale, entouré de Christian Vergé des Transhumances en Pays Massatois, ainsi que de Yvan Quinquis, éleveur de chevaux à Biert et Jean-Marc Amilhat, secrétaire, a tenté d’expliciter cette décision, Michel Estremé des Transhumances en Biros étant absent lors de cette rencontre.
Car de l’aveu même de Simon Lompède, la structure fédératrice «fonctionne plutôt bien maintenant après quelque douze années d’existence, permettant une organisation plus professionnelle, une mutualisation des moyens, une approche administrative plus efficace, sans compter une meilleure utilisation des outils de communication», rendant hommage au passage à ses illustres initiateurs.
Une structure fédérative qui se double d’une instance de réflexion, sur le développement, le devenir voire l’utilité du métier; des métiers plus précisément.
Réunissant une soixantaine d’éleveurs, cela représente environ 10.000 animaux transhumés chaque année, dont plus de la moitié sont des brebis, le reste dans une proportion de 2/3, 1/3 étant composé de vaches et chevaux.
A ces différents métiers d’éleveurs s’ajoute donc celui d’accueil du grand public, d’accompagnement, de sensibilisation et d’information de la masse sans cesse plus importante de curieux anonymes qui suivent, souvent dans la plus grande cacophonie, les transhumances chaque année, et pour lesquels dans un soucis d’organisation harmonieuse des différentes manifestations les éleveurs se sont ainsi regroupés.
Alors ou le bât blesse-t-il? «L’année passée a été terrible, résume M. Lompède, en moyenne, durant l’estive chaque éleveur a perdu 30 brebis, l’an passé»
La faute à l’ours. Aux ours, plus précisément, qui sillonnent librement, eux, sur les Vallées.
Prédation directe, accident, éparpillement des troupeaux qui se perdent et même avortement lui sont imputés par les éleveurs.
Ce sont de fait les éleveurs de brebis qui sont les plus durement touchés. Si ce n’était que cela!
La profession se plaint également des maints désagréments administratifs et réglementaires auxquels elle est soumise dans un pays couvert par les zones Natura 2000, sources de divergences avec les services de l’état ou encore ceux de l’ONF.
La situation frise l’absurde pour Simon Lompède évoquant «ce berger obligé d’effectuer toute la période d’estive sous une tente car la cabane est trop loin de la source», renvoyant au difficile exercice de l’activité sur les lieux d’estive dans des conditions parfois précaires.
Alors pour manifester son «ras-le-bol» c’est toute la profession, en tous les cas la branche du Biros, qui a souhaité ne pas organiser la transhumance cette année.
«Chacun partira au moment qu’il voudra pour éviter les prédations»
Une politique de la chaise vide, dont il s’interroge encore sur le bien fondé «est-ce bien la meilleure solution ?»
Pour autant, pour rester dans l’imagerie animale, c’est bien une profession qui a l’impression d’être le «dindon de la farce»
«Nous nous sommes organisés, prenant le temps d’écouter et d’expliquer, sur notre temps de travail, pour accueillir au mieux les visiteurs, leur faire partager notre amour d’un métier qui nous fait vivre.
Nous en subissons toutes les contraintes mais pas les retombées», remarque au nom de tous M. Lompède.
«C’est tout le pays qui profite des retombées positives en termes d’image mais aussi économiques par le développement touristique ainsi impulsé autour de ces manifestations»
Par cette action, les éleveurs entendent ainsi «frapper là ou ça fait mal: le porte-monnaie», pour que chacun mesure l’impact des transhumances.
Alors l’ours, comme un prétexte, un révélateur du malaise d’une profession qui s’interroge sur son avenir et veut interpeller avec elle l’ensemble des parties concernées sur la place qui lui est dévolue dans le paysage montagnard couserannais.
«Cette année 2012 doit être décisive, tranche Jean-Marc Amilhat, sinon on mourra»
«On nous accuse presque de délaisser nos troupeaux, de les laisser sans surveillance à la merci des prédateurs.
On nous suggère de renforcer le gardiennage, de disposer de plus de patous et on nous ferait presque passer pour des sauvages incultes voire arriérés, s’insurge Simon Lompède.
C’est oublier trop vite l’amour des éleveurs pour ce pays et ces montagnes et ce métier exigeant» qui les fait vivre.
«Notre association joue le jeu malgré toutes les contraintes et n’obtient aucun retour ni soutien»
Par ce coup d’éclat, en l’occurrence cette absence des transhumances en Biros cette année qu’il présente comme «une décision irrévocable», la profession veut être écoutée et alerter «l’ensemble des parties concernées en espérant que 2012 verra chacun se réunir autour de la table pour trouver des solutions satisfaisantes pour 2013»
«Alors, conclut M. Lompède, soit on est un élément indispensable du développement éco-touristique agissant également pour la biodiversité soit nous sommes effectivement des sauvages de la préhistoire appelés à disparaître»
L’avenir devrait donc le dire... d’ici là, les dates des prochaines transhumances sont connues.
Hormis le Biros, celles en Pays Massatois auront lieu les 2 et 3 juin 2012; en Bethmale ce sera aux mêmes dates et celles du Haut-Salat auront lieu les 8, 9 et 10 juin.
Une occasion d’immortaliser cette activité séculaire… De jolies photos pour les touristes.
Reste à savoir si ce seront des photos souvenir… d’un monde voué à disparaître. Ou bien le tonnerre laissera-t-il place à une éclaircie durable?
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