ASPAP: «c'est sur le terrain que se gagnera le combat de l'ours»
20/02/2012 | 20:12
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Vendredi soir, l’ASPAP (association pour la sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées) tenait sa huitième assemblée générale aux forges de Pyrénées.

Huit ans de combat contre la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées avec trois victoires importantes à son palmarès selon Philippe Lacube, l’un des animateurs de la première heure de l’association:

«La première en 2006 avec la fin des lâchers d’ours Slovènes dans les Pyrénées, ensuite grâce à la mobilisation de tous les militants de la chaîne et l’explosion du groupe national ours mis en place par le préfet de région en 2008 et enfin en 2011 l’abandon du lâcher prévu dans le Béarn»

Pour autant pour l'association, «le combat n’est pas fini… car sur les 25 spécimens de la chaîne pyrénéenne, 20 à 22 ours sont concentrés sur trois cantons du Couserans, le Val d’Aran et le canton de Melles»

Une concentration ursine dénoncée par Rémi Denjean, président de l’Aspap, qui a pris la parole pour pointer du doigt cette «pépinière artificielle d’ours dans le Couserans» et tous les dégâts comptabilisés sur les estives l’été dernier: sur les 145 dossiers d’indemnisation traités par la CIDO (commission d’indemnisation des dommages ours) 81% proviennent du Couserans.

De là à penser qu’une main invisible organise ce désordre sur les estives, il n’y a qu’un pas franchi par l’ASPAP qui évoque le rapport Laurens-Ribère(2008) dont le plan A visant à développer la présence de l’ours aurait échoué et dont le plan B permettrait l’installation d’une «nurserie à ours» véritable concentration de plantigrades, évalués, étudiés, filmés par les «gens du suivi», suspectés d’avoir «introduit Balou dans ce noyau de femelles pour y apporter du sang neuf et essaimer à partir du Couserans sur toute la chaîne»

Philippe Lacube a relevé qu’en 2008, la haute Ariège avait été la zone la plus «prédatée» des Pyrénées avec près de 300 attaques et du jour au lendemain plus rien… «Aujourd’hui tout se concentre en Couserans»

Jean-Claude Ferré, éleveur à Sors, a ensuite pris la parole pour témoigner: son groupement pastoral estive sur le Trapech chaque été mais cette année il manquait 103 brebis sans compter les brebis «vides» à cause du stress.

Cela représente d’après lui une perte de 18 500 euros soit le salaire du berger pour la saison.

Il s’est fait l’écho du désespoir des éleveurs dont certains envisagent même de jeter l’éponge.

Patrick Ferrié, éleveur ovin à Nalzen qui transhume au Soulcem, a quant à lui parlé de la rencontre des deux présidentiables: «bien que l’ASPAP soit une association a-politique nous avons eu l’opportunité de rencontrer en septembre 2011 François Hollande puis Nicolas Sarkozy lors de ses vœux au monde rural au mois de janvier dernier.


Concernant le premier que nous avons reçu en haute Ariège nous lui avons fait toucher du doigt notre difficulté à travailler en montagne avec la présence du grand prédateur et au-delà de la problématique de l’ours, les enjeux de l’aménagement du territoire: quelle politique pour la montagne de demain […] nous espérons qu’il se souviendra s’il est président de ce qu’il a vu et entendu en Ariège»

Perspectives de l’ASPAP pour 2012

Il n’y aura pas cet été de Pastoralies car selon les responsables de l’association: «alors que le Couserans souffre il serait inopportun d’organiser une fête de la montagne vivante»

Par contre l’ASPAP se mobilisera sur tous les fronts (fêtes, foires et autres manifestations labellisées ou pas) pour porter son message vers les autres composantes de la société.

Elle essaiera également de faire se rencontrer les éleveurs de Haute Ariège et du Couserans pour échanger et travailler ensemble.

«L’Etat attend de nous des propositions concrètes, elles doivent émaner d’Ariège ruralité et de la représentation départementale»

Enfin la chorale, les Cantaïres de l’ASPAP, a été officiellement présentée au public: «c’est la culture que nous défendons, l’esprit de rencontre, de convivialité et la tradition des chants pyrénéens […]

De plus cette chorale que l’on peut inviter sur les manifestations nous permettra de faire rentrer quelques euros dans les caisses de l’association
»

Selon Philippe Lacube, au-delà de l’ours, il y a «désappropriation du territoire et ensauvagement de nos montagnes […] que veut l’Etat pour les Pyrénées ?»

Rémi Denjean a évoqué la rencontre avec le président Sarkozy et une vingtaine d’agriculteurs triés sur le volet à Pamiers (l’Elysée n’ayant pas souhaité la présence de Philippe Lacube lors de cette table ronde): «j’ai pu prendre la parole pour évoquer la PAC et son évolution en 2013-2020, importante pour l’avenir du pastoralisme, la PSEM, outil indispensable à l’agriculture de montagne et l’ours avec une description précise de la situation couserannaise […]

Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il n’y aurait jamais dû y avoir de réintroduction et son ras le bol des associations écologistes qui bloquent tous les dossiers […]

Il attend de notre part des propositions […] Certes ce sont des discours politiques, nous resterons vigilants
»

Hélène Huez, éleveuse à Unac, est revenue sur le non-lâcher en Béarn, une réelle victoire pour les anti-ours et Jean-Pierre Mirouze de Saint-Bauzeil sur l’opération «foin de la solidarité» qui a permis une réelle mobilisation de la profession agricole: «quand on se sait en danger on devient solidaire»

Magalie Bouguerba a fait tomber sur le ton de la dérision le mythe de la cohabitation avec l’ours que ce soit en Albanie, dans les Asturies, en Bulgarie ou en Russie où les faits divers sont là pour illustrer «l’impossible cohabitation avec le plantigrade»

Après le bilan financier et le billet d’humeur d’André Quaranta, le conseil d’administration a été reconduit dans sa totalité (avec les trois mêmes co-présidents: Rémi Denjean, Jean-Pierre Mirouze et Véronique Estremé) avant de donner la parole à la salle (près de 200 personnes dont une forte délégation du Plateau de Sault dans l’Aude et des Hautes Pyrénées).

C’est Marie-Lise Broueilh, présidente de la ASPP65 (association sœur de l’ASPAP mais des les Hautes Pyrénées), qui a ouvert le feu en parlant de la solidarité pyrénéenne: «en 2012 il est important de travailler ensemble […]

Il faut arrêter de culpabiliser, on a des droits à faire respecter, il faut se sentir solidaire, aller tous dans le même sens.

L’ours c’est la confiscation des territoires et de leur gestion directe, nous ne nous laisserons pas mettre sous cloche. Le combat se gagnera sur le terrain
»

Jean-Luc Fernandez, président de la fédération départementale des chasseurs («l’homme qui en 15 jours a vu deux fois Nicolas Sarkozy»), a indiqué qu’il était inquiet pour le Couserans( pays dont il est originaire): «beaucoup se sont fait acheter par des indemnisations faciles […]

Aujourd’hui on se retrouve entouré de forêts domaniales, l’ours est une espèce protégée mais il y en a d’autre, sans parler des contraintes de Natura 2000 […] c’est la dictature de l’Europe et de son lot de contraintes
»

Enfin Hervé Peloffi représentant de la Chambre d’Agriculture a pris la parole pour témoigner de son inquiétude: «il y a un vrai souci pour les éleveurs dans la zone du Couserans, les estives vont peu à peu être désertées […]

Si l’on revient en arrière on se souvient des prédations en haute Ariège, à présent la vie est redevenue normale car les ours semblent avoir déserté ce territoire.

Je vous incite, éleveurs couserannais à vous rapprocher des éleveurs de haute Ariège pour un échange de procédés […] Il faudra demain une mobilisation forte.

Ariège Ruralité est une structure qui regroupe toutes les tendances de la ruralité, il est temps qu’elle s’active et qu’elle fasse des propositions […] au-delà des acteurs locaux, il faut mobiliser le grand public
»


Qu’en est-il véritablement selon l’ONCFS et l’équipe du suivi ours?

Le suivi a lieu en collaboration avec les espagnols sur le versant catalan, il se fait à partir d’indices détectés par la génétique(relevés de poils, de crottes), de photographies automatiques prises par les appareils installés sur les arbres.

Il existe bien deux noyaux: le noyau occidental (Hautes-Pyrénées + Pyrénées Atlantiques) dans lequel on a détecté deux individus mâles (comme en 2010), il y aura donc peu de chances d’avoir des reproductions; et le noyau centro-oriental (Couserans, Haute-Ariège, Haute Garonne, il déborde aussi sur le Val d‘Aran et le Pailhars catalan) dans lequel on a dénombré en 2011, 20 individus.

Ce qui porte à 22 individus le nombre d’ours détectés, côtés français et espagnol (il n’y a pas de frontière administratives pour les animaux sauvages).

Le noyau central est important car y sont concentrées l’ensemble des femelles sur le versant français entre Couflens, Melles et sur le 31.

Sur ces 22 individus, le suivi précise qu’il y a eu un mort en juillet 2011, un ourson n’aurait pas survécu.

Quant à Balou, il a été localisé début 2011, à la limite de la haute-Ariège et de l’Aude et pendant la période du rut il serait revenu dans les Pyrénées centrales, plus précisément sur le versant français (canton de Melles) et val d’Aran (un appareil photo automatique côté espagnol atteste de sa présence).

Balou n’a donc pas été transporté, c’est en suivant son instinct qu’il s’est rapproché des femelles(le suivi n’a pas autorisation à déplacer un ours).

Effectivement il y a peu d’ours localisés en haute Ariège: «nous avons repéré quelques indices en avril 2011 puis plus rien, poursuit le responsable du suivi.

Boutxy a été braconné, il ne restait plus que Balou, qui s’est ensuite déplacé vers les Pyrénées centrales»

Si en 2010 l’ONCFS a identifié 19 individus sur l’ensemble des populations suivies, en 2011, ce sont 22 individus: «on assiste à une légère progression due à deux portées: l’une d’un ourson qui est mort naturellement et l’autre de trois oursons»

Les observations recommenceront dès les beaux jours.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 20/02/2012 | 20:12 | Lu: 10065 fois