Un cri d'alarme comme un coup de semonce pour les éleveurs ariégeois qui vont manifester ce week-end à Paris
Dimanche 23 juin prochain, ils seront une cinquantaine d’agriculteurs ariégeois, essentiellement des éleveurs, à monter à Paris par bus pour faire entendre leur voix.
«Il faut des courageux, surtout s’il fait beau, parce qu’avec le temps qui nous a fait prendre beaucoup de retard dans nos exploitations, sacrifier un week-end, (partir le samedi soir pour revenir le lundi) ne sera pas chose aisée»
Pour autant, à l’appel de la FNSEA dont le président départemental Hervé Peloffi nous reçoit et les Jeunes Agriculteurs, les agriculteurs ariégeois iront soutenir avec tous leurs confrères venus des quatre coins de France cette idée: «faire de l’élevage une cause nationale»
«Depuis 2008 et les pandémies qui ont touché certains troupeaux ovins et bovins jusqu’à la sécheresse de 2011, beaucoup d’exploitations ont de sérieuses difficultés, assène le président ariégeois.
Les trésoreries sont à plat. Il faut savoir, rappelle-t-il, que le revenu moyen d’un éleveur est de 10.000 euros par an, que beaucoup sont au RSA»
Difficile à encaisser pour une profession qui, prise dans sa globalité, pèse plus qu’Airbus en terme d’emplois sur la région Midi-Pyrénées.
«Ne pas rajouter de la peine à la peine»
«On participe à cette opération nationale du 23 juin pour faire entendre nos difficultés et exprimer le malaise de toute une profession. Aujourd’hui alors que les prix de l’énergie, des matières premières ou du matériel agricole augmentent sans cesse, poursuit le président, nous sommes incapables de faire passer cette hausse à la grande distribution.
On demande au gouvernement de faire le gendarme car aujourd’hui c’est uniquement le producteur qui fait la variable d’ajustement»
Dans le droit fil des rencontres récentes avec les députés de l’Ariège et l’assistant de Jean-Pierre Bel, du cahier de doléances transmis le 12 avril dernier au préfet de l’Ariège, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de l’Ariège réclament «la revalorisation des prix payés aux producteurs et appellent à une mobilisation générale dans un double objectif: obtenir des pouvoirs publics des solutions concrètes aux problèmes de l’élevage, notamment pour l’encadrement des relations commerciales, l’allègement des charges, la simplification administrative…»
Et, à l’heure ou se négocie la future Politique Agricole Commune dans les hautes sphères, Hervé Peloffi avance le souhait «de revisiter tout le système d’aides dans le cadre de la PAC. Il faut pousser à la convergence des différentes aides ou primes, au couplage maximum des aides, au renforcement de l’Indemnité Compensatoire de Handicap Naturel mais en l’étalant dans le temps car si c’est trop abrupt certains n’y arriveront pas» assure-t-il, lui qui dit préférer «qu’on aide ceux qui souffrent plutôt que d’aider ceux qui pensent qu’un jour ils souffriront»
Allusion aux revenus cinq fois supérieurs chez les céréaliers alors que dans des départements comme l’Ariège l’agriculture reste un métier difficile du fait de conditions (coteaux, pentes, climat, etc…) ardues. Même s’il reste réaliste «face au problème des vases communicants devant des enveloppes financières globales constantes voire en diminution»
«Un bœuf et un veau grillés à la broche aux Invalides»
L’autre raison, peut-être essentielle quand on y réfléchit bien, de ce débarquement à Paris est qu’y sera menée une campagne de sensibilisation des consommateurs et des citoyens «à l’importance de conserver en France des filières d’élevage fortes afin de garantir une qualité et une sécurité alimentaire»
Et le président de la FDSEA de s’interroger: «toutes les enquêtes de consommateurs le démontrent: les gens veulent de la qualité. Nous, producteurs locaux, pouvons la leur donner, pourtant lorsqu’il s’agit de passer à la caisse ils achèteront du veau d’Espagne nourri avec du maïs transgénique»
Le 23 juin un bœuf, une blonde d’Aquitaine du Tarn et Garonne et un veau d’Aveyron seront, si les autorisations sont bien accordées, grillés à la broche place des Invalides à Paris.
| Un bus pour Paris La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de l’Ariège mettent à disposition un bus pour permettre à ceux qui le souhaitent de se rendre à cette manifestation sans frais. Contact: FDSEA 05.61.02.14.26/ 06.75.60.68.30 |
«Nous voulons sensibiliser les consommateurs à des produits sains et de qualité mais aussi à une certaine réalité économique, renchérit le président. Cette qualité représente quelque centimes de plus seulement pour le consommateur, mais le producteur lui gagnera décemment sa vie»
Par rapport aux biens culturels et les nouvelles technologies, l’alimentaire ne rentre seulement que pour 13% dans le budget des ménages, «c’est aussi une question de valeur, nous agriculteurs ne pouvons pas nous serrer la ceinture davantage. On ne demande pas des choses impossibles aux consommateurs, il faut que les politiques nous soutiennent» estime Hervé Peloffi.
Au-delà, le Président de la FDSEA pointe un autre enjeu: «nous participons directement au cadre de vie, à la qualité de vie et des paysages. Nous sommes souvent à la base du tissu rural et de son maintien (commerces, services, écoles et même mairie). Plus particulièrement dans des zones difficiles comme ici en Ariège, où l’on ne peut pas aisément se diversifier vers de la céréale par exemple. Si on disparaît, la friche prend la place, puis la forêt s’installe et à terme c’est tout le tissu rural qui est menacé»
Bref, le 23 juin tous les agriculteurs en auront des choses à dire et surtout des réponses à obtenir. Même si au final c’est le consommateur qui par ses choix peut influencer l’une comme l’autre.
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