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«Adopte une vache», un investissement solidaire qui fait un effet boeuf

© midinews 2013

Investir dans une vache, moins hasardeux que dans les actions en bourses, l’immobilier ou le Livret A.

Depuis le début de l’année, Christian Asna, éleveur de gasconnes à Castex, a eu l’idée de ce nouveau placement: il propose d’adopter une de ses bêtes contre un chèque de 1800 euros mais c’est l’éleveur qui continue de s’en occuper, l’acheteur touche 6% d’intérêts (soit 108 €) par an sous forme de produits de l’exploitation (viande et produits fermiers) et 4 ans plus tard il a le choix: la somme lui est intégralement remboursée ou il rempile pour 4 années supplémentaires.
Une idée simple rentable et innovante«Il y a deux ans au salon de l’Agriculture, j’ai vu un de mes amis installé dans les Alpes de Haute Provence qui rencontrait les mêmes problèmes que moi: un divorce, besoin de trésorerie, d’augmenter son exploitation et ses clients en vente directe.

Il avait pensé faire financer son troupeau de chèvres par des particuliers qu’il rémunérait en fromages pendant 18 mois… Moi j’avais des vaches, elles étaient payées mais j’ai eu l’idée de proposer ce partenariat sur mes vaches pour faire rentrer de la trésorerie et pour que l’on parle de moi afin de relancer la vente directe sur mon exploitation
»
Une idée originale dont tous les médias se sont fait l’échoPari gagné! Après avoir fait le 20h de TF1, être passé sur BFM ou France3, en huit jours ses 20 vaches ont été adoptées. Du coup son circuit de vente directe a été dopé, permettant de commercialiser l’intégralité de ses vaches de réforme et de ses veaux.

«En vente directe depuis 96, j’étais arrivé à un seuil. Avec l’arrivée de mon fils Benjamin sur l’exploitation il fallait passer la vitesse supérieure. Aujourd’hui le carnet de commande s’est envolé et c’est ma fille Camille, étudiante en sport à Toulouse, qui nous aide à faire les colis pendant le week-end»

Christian avoue que les récents scandales alimentaires contribuent également au succès des circuits courts: «les consommateurs veulent savoir ce qu’ils ont dans leur assiette. La vente directe leur assure la qualité et la traçabilité à un prix compétitif. Cela nous permet de valoriser notre travail.

Quant aux adoptants (en majorité des Ariégeois et des Haut-Garonnais) ils ont été séduits par cet aspect économie participative. Ce sont des locavores adeptes du manger bon et local. Ils ne se contentent pas de leur 108 € de viande par an, ils en achètent davantage, font marcher le bouche à oreille et attirent jusqu’à 2,5 clients de plus, ce qui est loin d’être négligeable
»
Une autre manière de financer ses investissementsChristian, bien qu’originaire de Luzenac, n’est pas issu du milieu agricole. Depuis 1985, il a dû déployer beaucoup d’énergie pour vivre sa passion: «au début j’étais à St Sulpice mais je cherchais à agrandir mon exploitation et je me suis installé ici en ovin viande en 2009.

Pendant 18 ans j’ai dû cumuler deux métiers, agriculteur et technicien à la station gasconne de Villeneuve du Paréage où j’ai découvert cette race bovine locale. J’ai dû faire des prêts aux banques pour poursuivre mon activité
»

Pour lui, ce financement basé sur l’économie solidaire repose sur des échanges gagnants/gagnants. «Le milieu agricole est très attaché à cette notion de propriété mais il faut voir le bon côté des choses, une vache adoptée reste sur l’exploitation, je continue à m’occuper d’elle, à toucher les aides et avec la trésorerie dégagée je viens de faire rentrer trois outils agricoles totalement financés»
Un projet qui risque de faire des émulesChristian Asna, malgré l’ampleur de la demande, reste sur sa position: 20 vaches à adopter pas une de plus sur son cheptel de 85 mères. «Si le propriétaire veut récupérer son capital au terme des quatre ans il faut être en mesure de pouvoir le faire»

Par contre, il espère que d’autres producteurs auront envie de marcher dans ses pas et de reproduire ce concept innovant. Notre agriculteur ariégeois est déjà sur d’autres projets: «face au succès d’adopte ta vache je vais être obligé de ma lancer dans l’agrotourisme pour accueillir tout ce monde… une voie à explorer !»

En attendant, il va ouvrir en collaboration avec huit autres producteurs locaux une boutique de vente directe à Muret.

Christian Asna
Ferme de Taux 09350 Castex
06 08 80 79 10
christianasna.com

Laurence Cabrol | 12/09/2013 - 18:30 | Lu: 44170 fois