accueil  |  ariège   |  france

Vallée de la Barguillère: soirée brame du cerf en forêt domaniale du Consulat

© midinews 2013

En Ariège, alors que les feuilles commencent à jaunir, l'on assiste à la nuit tombée à de curieuses parades nuptiales dans les bois ou à la lisière des forêts: à la fois rugueux et subtil, le brame du cerf annonce la saison des amours.

Souvent associé à Saint Hubert, patron des chasseurs, ce grand mammifère est une espèce grégaire, mâles et femelles vivent séparément de décembre à août et se retrouvent pour la période de fécondation qui s'étend du 15 septembre au 15 octobre.

Le rut est marqué par le cri rauque et retentissant du mâle (le brame) qui s'étend sur plusieurs kilomètres. Il avertit ainsi les femelles de sa présence, intimide les concurrents potentiels et défie les autres mâles qui s'aventureraient sur son territoire.
Un suivi scientifique et technique C'est aussi à cette période de l'année que les techniciens de l'ONF en charge de la forêt domaniale du Consulat dans la vallée de la Barguillère organisent, à une semaine d'intervalle, deux sorties de «comptage au brame» afin d'avoir une idée sur le nombre d'animaux qui peuplent le territoire dont ils ont la charge.

«Ce n'est pas un comptage exhaustif mais bien une tendance» s’empresse de nuancer Didier Icre, responsable de l’UT Val d’Ariège, aux manœuvres de cette sortie nocturne bien rodée.

Les équipes sont mixtes (un chasseur, un forestier) car l'ONF loue une partie de l'année ses bois aux associations de chasse locales, un formidable terrain de jeu pour ces passionnés de chasse en battue à la recherche de beaux trophées.

«260 chasseurs sur 4 000 hectares de bois mais nous nous réservons aussi quelques bracelets car nous organisons des chasses ouvertes aux connaisseurs qui apprécient la chasse à l'approche, la nature préservée de notre département et les trophées qu'ils peuvent tirer dans nos forêts domaniales»

C'est au lieu-dit «la Mouline» sur la commune de Serres/Arget que forestiers et chasseurs se retrouvent et que les équipes se constituent en fonction des secteurs.

Munis d'une fiche de comptage et d'une carte de positionnement, les observateurs s'apprêtent à réaliser pendant trois ou quatre heures un circuit de plusieurs points d'écoute: «nous allons écouter, essayer de repérer les mâles mais il ne nous est pas interdit de relever également le nombre de femelles ou de sangliers que nous pouvons rencontrer lors de nos observations» explique François avec qui nous nous dirigeons en direction du col de Légrillou.
Des populations en progression
Première halte sur la commune du Bosc à 1200 m d'altitude, dans un paysage de carte postale. Un vent du sud agite les feuillages qui commencent à se parer des couleurs d'automne.

On entend les premiers brames venus des bois en contre bas: «à chaque sortie nous repérons une quarantaine de cerfs, preuve de la bonne santé de cette population.

Nous enregistrons beaucoup plus de dégâts sur les sapins Douglas mais aussi sur les hêtres, preuve que l'équilibre est souvent fragile. Les perturbations que peut subir le milieu forestier sont souvent difficile à corriger, ce qui nécessite d'être particulièrement vigilants aux impacts du gibier sur l'habitat
»

Selon Dominique, technicien de l'ONF, les mammifères ont changé leurs habitudes depuis que les forêts sont fréquentées par les randonneurs, les cueilleurs de champignons ou les chasseurs, ils sont capables de se dissimuler pour laisser passer le danger.

Autre modifications peut-être imputables au changement climatique, la période du rut tend à se déplacer dans le temps: «depuis quelques années, on commence plus tard et on finit plus tard… mais nous n’avons pas suffisamment de recul pour en tirer des conclusions»

Depuis une vingtaine d'années on assiste à un fort accroissement des populations de cerfs élaphes. En moyenne les effectifs ont été multipliés par 11 dans les départements alpins et par 9 dans les départements pyrénéens.

«La forêt domaniale reste un espace privilégié pour le grand gibier, en particulier pour le cerf puisque leur nombre croît, poursuit François. Mais la gestion de la faune sauvage passe aussi par la chasse qui permet de réguler le grand gibier»

Un constat que Jean-Marc Soula, le chasseur du binôme, acquiesce; son ACCA (association communale de chasse) a pris pour la saison plusieurs bracelets au cerf, une passion qu'il partage avec quelques autres.

L'objectif à atteindre pour l’ONF c’est une faune riche et variée en tenant compte de la capacité d'accueil du biotope, en équilibre avec les peuplements forestiers dont la pérennité et le renouvellement doivent être assurés par ces professionnels sur le terrain... on parle alors d'équilibre sylvo-cynégétique.


Le saviez-vous?

Et comme un chasseur sachant bramer est un bon chasseur, quelques passionnés, amoureux de la nature et de grands cervidés, organisent chaque année le championnat de France du brame du cerf à Sainte Croix de Rhodes en Moselle.
Laurence Cabrol | 08/10/2013 - 18:48 | Lu: 21452 fois