L'Europe de l'agriculture de montagne se donne rendez-vous les 5 et 6 novembre à Ax les Thermes
La montagne est vivante et son agriculture, son élevage ont un avenir à travers le poids économique qu’ils représentent: l’Ariège, cinquième département pastoral de France, compte 2 660 exploitations, dont 1 577 en montagne (60%).
À la veille du dépoussiérage de la loi montagne, alors que la PAC réformée semble constituer une entrave supplémentaire à ces territoires, la confédération paysanne de l’Ariège organise le mois prochain les journées de l’agriculture de montagne sous forme d’un colloque européen où l’on attend en guest-star Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, les députés européens José Bové et Éric Andrieu, mais aussi des élus, des experts (notamment l’ethnologue Nicolas Lescureux), des paysans originaires de tous les massifs, des étudiants et de simples citoyens, invités à faire des propositions pour construire ensemble les politiques agricoles de montagne de demain.
Souvent considérée par les élus comme un produit annexe au tourisme ou sous le prisme exclusif du pastoralisme, l’agriculture de montagne est bien plus diverse et complexe à l’échelle d’un massif, et davantage encore entre les différents massifs français*.
Il est intéressant de l’aborder dans sa globalité ainsi que son intégration dans les politiques publiques. Face à l’ampleur des enjeux liés à l’installation et au maintien de cette agriculture, un certain nombre de questions se posent et ces journées permettront de créer un espace de dialogue et de rencontre autour de ces enjeux afin de faire émerger des propositions concrètes.
Mieux connaitre l’agriculture de montagne pour mieux la comprendre et la défendre
«Nous organisons ce colloque pour donner une image positive de la montagne, dire qu’elle est vivante et qu’elle génère une activité qui a plutôt bien résisté, indique David Eychenne co-porte-parole de la confédération paysanne qui lutte depuis longtemps pour faire reconnaitre ces territoires.
L’objectif de cette manifestation c’est de faire rencontrer les différents acteurs de la montagne, des différents massifs (y compris des italiens, des roumains, des autrichiens ou des espagnols), d’échanger sur nos pratiques, les difficultés rencontrées, faire émerger des propositions pour faciliter l’installation»
Les visites de fermes, d’estives seront suivies de travaux en ateliers et la visite de Stéphane Le Foll est un signe fort, une forme de reconnaissance pour ce syndicat agricole qui fait la promotion de l’agriculture paysanne et la défense des valeurs de solidarité et de partage: «il est important qu’il ait une autre vision de l’agriculture».
D’autant que la montagne est particulièrement maltraitée par la réforme de la PAC: «la mise en œuvre des nouvelles règles d’éligibilité des surfaces complique énormément les déclarations malgré l’existence d’un référentiel photo satellite souvent illisible, confie David Eychenne.
On nous demande de délimiter les zones non productives avec un coefficient qui change tous les deux mois. En plus de cela, les services de l’État intensifient leurs contrôles et distribuent les pénalités… nous sommes condamnés à la double peine».
L’agriculture de montagne produit et fait vivre les territoires
Selon Cécile Lutten, membre du comité national, l’Ariège passe à côté de quelque chose en terme de valorisation des productions de montagne (les broutards se font engraisser ailleurs, les fromages pourraient être davantage valorisés, le maraichage, l’apiculture… avec la reconnaissance de véritables filières agricoles) alors que d’autres massifs comme la Savoie ou la Haute-Savoie y sont parvenus.
«On parle beaucoup de tourisme, de thermalisme, d’artisanat, mais l’agriculture de montagne ce sont des emplois, des familles, une activité économique et l’entretien des espaces.
Il y a un réel travail à faire en direction des politiques, les élus pour leur faire connaitre et comprendre l’agriculture de montagne, car bien souvent ils ne discernent pas les enjeux».
L’agriculture de montagne loin des cartes postales bucoliques d’un pastoralisme désuet
Preuve par l’exemple avec la pression foncière sur ces territoires. Vincent Gleize est installé depuis 2000 sur la commune d’Ignaux en Haute-Ariège où il développe un élevage traditionnel d’ovins transhumants (250 brebis tarasconnaises) conduits en agriculture biologique.
Pour lui c’est avant tout un choix personnel de vie, car ici les pentes sont raides et les conditions météorologiques ne sont pas toujours aussi favorables qu’en cette belle journée d’automne où il nous reçoit sur son exploitation.
Au départ il a fallu lutter contre les bois, les ronces, puis s’endetter pour construire les bâtiments. Vincent a choisi une agriculture respectueuse de l’environnement et c’est en vente directe qu’il écoule ses produits issus de l’agriculture bio.
À présent l’agriculteur achève de payer ses premiers emprunts, il tire un salaire de son exploitation (son épouse est dans l’enseignement) et investit le reste dans du matériel, car les machines ont la vie dure à plus de 1 000m d’altitude.
«Mon installation n’a été possible que grâce à la création d’une association foncière pastorale (AFP) permettant l’exploitation de 800 parcelles différentes pour une centaine d’hectares.
En altitude on a moins de végétation pour les animaux, il faut s’approvisionner en fourrage, être peut-être plus inventif et anticiper sur l’avenir, notamment sur l’hiver qui est plus rude que dans la vallée. Malgré tout je suis un paysan heureux!»
Un foncier éclaté sur la commune et une pression foncière importante: «ici c’est le tourisme qui a pris le pas, il faut lutter pour maintenir les surfaces agricoles face à l’habitat résidentiel». Une volonté politique qui vient également des élus.
Certains d’entre eux sont plus sensibles aux retombées touristiques immédiates qu’aux enjeux d’avenir: «à Dun la mairie a fait le choix d’installer des agriculteurs, c’est bon pour l’école, car il y a des enfants à scolariser et maintenir de l’activité sur le territoire», précise Vincent qui entend participer au colloque sur l’agriculture de montagne pour que l’on reconnaisse enfin la spécificité de ce territoire et que l’on tienne compte de cette identité forte en Ariège.
Colloque «Installer et maintenir des paysans en montagne, enjeux et perspectives» les 4 et 5 novembre 2015 Ax Les Thermes.
Renseignements et inscriptions au 05 61 02 14 31
ou sur le site http://ariege.confederationpaysanne.fr (rubrique colloque de montagne 2015).
*À titre de comparaison, l’agriculture de montagne en France représentait en 2010, 6 000 exploitations, localisées exclusivement dans les Alpes (58%), les Pyrénées (40%) et la Corse (2%). Les petites exploitations (PSB ou production brute standard inférieure à 25 000€) sont majoritaires.
À l’échelle des Pyrénées, le massif compte près de 10 000 exploitations, soit 12% des exploitations de montagne et représente 11% des emplois agricoles dans ce type d’exploitations. L’Ariège compte 2 660 exploitations, dont 1 577 en montage (60%). Sur les 1 460 petites exploitations du département, 939 sont des exploitations de montagne (82%). Sur les 1 200 moyennes et grandes exploitations, 638 sont des exploitations de montagne.
Source: Agreste n°26 juillet 2015- dossier sur http://agreste.agriculture.gouv.fr/
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