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Le plan d'urgence du ministre: «en Ariège les maux de tête restent à venir» selon le président de la Chambre d'Agriculture

© midinews (archives)

L’exaspération et la colère montent du fond des campagnes. Depuis quelques jours, les agriculteurs excédés installent des barrages et organisent des opérations coup de poing pour faire entendre leur voix.
Un malaise qui règne depuis de longs mois dans la profession
Éleveurs bovins, laitiers et porcins demandent des prix et des aides. Face à cette grogne qui a paralysé une partie du pays, le gouvernement a mis en place un plan d’urgence pour l’élevage présenté hier par Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.

Parmi les 24 mesures annoncées, l’Etat va débloquer plus de 600 millions d’euros pour son plan d’urgence en faveur des éleveurs français en difficulté, afin de les aider à alléger leur trésorerie, dont 100 millions d’annulations de charges et de cotisations et 500 millions de reports.

Le plan d’urgence propose différentes mesures de trésorerie: mesures liées à la MSA (la Sécurité sociale agricole), report d’échéance de paiement de l’impôt sur le revenu, remboursement anticipé de TVA, exonération de taxes foncières, fonds d’allégement des charges.

En France plus de 25 000 exploitations sont au bord du dépôt de bilan et dans le département de l’Ariège le revenu moyen des agriculteurs est à moins de 12 000 euros/an et selon François Toulis, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège «nombreux sont en dessous des 12 000 € il y aura un malaise à la rentrée s’il n’y a pas de rééquilibrages d’ici-là.

Des actions auront lieu ici comme ailleurs
» poursuit-il sur un ton sibyllin.

Force est de constater que tous les prix s’écroulent par rapport à la conjoncture qu’elle soit mondiale, européenne ou nationale. Il y a plus d’offre que de demande, alors comment trouver dans ces conditions des débouchés à la consommation pour ces filières de l’élevage français dans un marché déjà saturé?

«À mon avis, il faut arriver à re-consommer français, explique le président Toulis. En consommant Français on fait aujourd’hui une action citoyenne».

Le rapport du médiateur sur les prix agricoles, demandé par le ministre de l’agriculture devait déterminer qui, de l’industrie ou de la grande distribution, souvent visée, freine la hausse des prix de la viande et du lait payés aux éleveurs.

À priori ses conclusions montrent que depuis le début de la semaine la grande distribution a joué le jeu. Mais face à la crise que rencontre la filière, les intermédiaires (industriels transformateurs et abatteurs) n’ont pas encore répercuté ces baisses sur les éleveurs.

C’est en tout cas ce que pense François Toulis: «toute la filière est en crise. Pour les éleveurs il y a le problème du prix et des charges donc cela réduit leur revenu.

Au-dessus dans la filière les marges sont toujours exsangues et la distribution met une pression d’enfer. Ils ont soi-disant levé le pied cette semaine, mais le problème c’est que cela ne redescend pas aussi rapidement au niveau des éleveurs.

Dans le lait c’est plus facile, la transformation est très concentrée avec quelques opérateurs ici ou là. Dans la viande c’est tellement atomisé qu’il est plus difficile de suivre. L’État engage avec les banques une restructuration de l’ensemble des dettes.

C’est bien si l’on veut aider les gens cette année, mais il faut voir à plus long terme : dégager des échéances pendant deux ans et réaménager les dettes en fin de tableau sinon il n’y aura pas d’effet immédiat
».

Selon le président de la chambre d’agriculture repousser les charges (impôts, MSA) ne règlera pas le problème, il faut une réelle prise en charge en attendant que le marché reprenne le dessus et permette enfin un revenu décent aux éleveurs.

Il entendait évoquer ces problèmes avec Marie Lajus préfète de l’Ariège en visite ce jeudi sur l’estive du Labinas au-dessus du Soulcem (vallée d’Auzat). Car outre le problème des grands prédateurs qui entravent l’élevage ariégeois, les préoccupations du monde agricole sont nombreuses.

«Comme partout en France nous souffrons de la sécheresse. Nous allons demander à la préfète une mission sur le terrain, les éleveurs en manque de fourrage vont être obligés d’en acheter… À cela s’ajoute la conjoncture sur les prix.

Le mal à la tête reste à venir en Ariège, car nous sommes essentiellement vendeurs de broutards. Les complications vont commencer fin août début septembre. Si ceux qui vendent le gras le vendent à des prix catastrophiques, les gens qui engraissent les broutards courent cette année à leur perte.

Si rien ne change, beaucoup d’éleveurs déjà fragiles vont se retrouver dans le rouge. C’est là que le plan du gouvernement peut apporter quelque chose si on arrive à dégager des animaux sur l’export. À l’époque l’Etat était capable d’intervenir à ce niveau, aujourd’hui ce n’est plus possible. Nous le regrettons
»

Du côté de la Confédération paysanne, l’analyse de la crise est plus critique: «Xavier Beulin (FNSEA) envoie ses soldats faire de l’animation sur les ronds-points alors que le syndicat majoritaire s’atèle depuis quelque temps déjà à faire sauter les outils de régulation.

C’est un retour de manivelle, il joue aux pompiers pyromanes
» commente David Eychenne, porte-parole de la Conf09 qui compare ce plan d’urgence à celui de Nicolas Sarkozy qui lui aussi visait à prendre en charge l’intérêt de l’emprunt: «il faut avoir beaucoup d’emprunts pour être beaucoup aidé, commente l’éleveur ariégeois.

Cependant il faut reconnaitre qu’il y a un vrai malaise au niveau de l’élevage et ce n’est pas ce genre de plan qui va nous aider, mais seul un véritable report de cotisations sociales en fin de tableau nous donnerait un bol d’air...La prise en charge d’intérêt c’est bien, mais cela ne résout pas les dettes à court terme.

Il faut travailler à la relocalisation et à la valeur ajoutée des produits. La maitrise du prix de vente se fait là. Nous ne sommes pas pour la vente directe à tout va, mais pour du consommer local avec une meilleure maitrise des prix
».
Opération «Partagez vos marges, sauvez l’élevage» dès jeudi soir en Ariège
À peine le temps de redécoller pour l’hélicoptère de la préfète mettant fin à cette opération de séduction du monde agricole sur les estives, que la machine de guerre du syndicat majoritaire en Ariège organisait une mobilisation pour sauver l’élevage en écho au plan proposé par le gouvernement jugé insuffisant.

Sous le vocable «partagez-vous marges, sauvez l’élevage» cette action de blocage des ronds-points jeudi soir à St-Girons et Prat-Bonrepaux et vendredi matin à Tarascon, (opération menée par les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA de l’Ariège), vise à dénoncer ces prix non rémunérateurs et les origines incertaines de la viande que certains intermédiaires préfèrent importer de l’étranger alors que l’offre locale de qualité a des difficultés à trouver preneur.

Malgré les 24 mesures annoncées, l’inquiétude est toujours là, car aucune solution durable n’a été apportée, précise le syndicat dont les revendications se résument à quatre points essentiels: une origine française, voire locale, garante d’une production de qualité, un affichage clair pour le consommateur, des prix rémunérateurs qui permettent de pérenniser les élevages et de maintenir de l’emploi sur les territoires et une meilleure répartition des marges sur la filière.

Laurence Cabrol | 23/07/2015 - 19:27 | Lu: 30050 fois