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Saverdun: machines et archéologie du virtuel aux Bains Douches avec Philippe Motta

Depuis le 9 avril, les machines de Philippe Motta ont investi la Galerie des Bains Douches à Saverdun. Ces sculptures, disposées au milieu de travaux plastiques d'écriture-peinture, ont de quoi surprendre le visiteur.

Placées sur des socles, elles n'ont parfois plus grand chose à voir avec des machines à écrire. Volontairement abîmées, déstructurées, elles en ressortent sublimées, à l'image d'objets antiques exposés dans un musée.

Une écriture cicatricielle remise en cause par le virtuel

C'est toute une réflexion sur l'écriture que nous propose Philippe Motta par le biais de cette exposition.

Pour cet ancien journaliste, aujourd'hui écrivain et sculpteur, l'écriture a toujours été un centre d'intérêt. Depuis près de trente ans, il trouve à travers elle un champ d'exploration complet, donnant naissance par exemple à des toiles mêlant types et contre-types, mélangés et rassemblés.

À travers cette démarche, l'artiste revient aux origines de l'écriture. Pour lui, «écrire, c'est marquer. Au sens physique du terme» Et il en veut pour preuve les origines de ce verbe, dans la langue dite «indo-européenne», qui serait antérieure au grec et au latin: «écrire provient du terme «sker», qui signifie «gratter», «inciser» et se rapproche du «skariphos», le stylet avec lequel on gravait la pierre et que l'on retrouve dans «scarification»

«C'est cette écriture cicatricielle, explique-t-il, charnelle, que la technologie moderne se propose de virtualiser: les outils sont peu à peu remplacés par des pixels, les supports par une surface, la matière par une lumière»

Faut-il s'en réjouir ou s'en méfier? En exposant ses machines comme des outils offensés, Philippe Motta souhaite simplement faire un constat et montrer qu'elles sont désormais un vestige, que le virtuel en a fait un antique.

Il est particulièrement interpellé lorsqu'en 2013, 45 Etats américains votent pour le caractère facultatif de l'apprentissage de l'écriture cursive, ou lorsque l'on parle, en France, de cartable numérique...

D'autre part, des travaux scientifiques, comme ceux de Marieke Longcamp, montrent que l'écriture cursive est déterminante dans la construction de la mémoire.

Alors Philippe Motta s'interroge: dans ce développement toujours plus grand du virtuel, ne se dirige-t-on pas vers une «société matricule», où l'on aurait un même numéro pour l'administration, la banque, le téléphone? Et où s'arrêtent les besoins en terme de nouvelles technologies?

Plus d’informations:
Exposition à découvrir à la Galerie des Bains Douches, Cours Gaspard à Saverdun, jusqu'au 31 mai 2014.
Ouverture: mercredi, vendredi et samedi de 10h30 à 18h.

CD | 05/05/2014 - 19:40 | Lu: 8959 fois