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Cendrillon à l'Estive, un nouveau conte à Foix

Le Cendrillon de Joel Pommerat était attendu comme l’un des spectacles clefs de la saison 2014 de l’Estive. Hier soir, nous n’avons pas été déçus!

Il y a quelques années, nous avions été conquis par sa vision des contes de Pinnochio et tout particulièrement du Petit chaperon rouge, tous deux présentés à Foix. Cette fois ci Joël Pommerat nous entraine sur les pas, le pas, de Cendrillon.

Connue grâce au conte de Charles Perrault, et pour faire court, l’histoire de Cendrillon se résume à une jeune fille exploitée par sa marâtre qui se retrouve, grâce à sa marraine de fée, au bal du prince local qui tombe amoureux d’elle. Comme elle n’a que la permission de minuit, elle doit rentrer avant le douzième coup et laisse sur place une pantoufle de vair (et non pas en verre).

Le prince dépitée chaussera cette pantoufle à toute les filles de la contrée et retrouvera Cendrillon qu’il épousera. Il se marièrent et etc… etc… Il est également question d’un carrosse qui se transforme en citrouille, de chevaux en souris et d’une robe de friperie en tailleur Channel.

Les frères Grimm ont également adapté Cendrillon dans une version un peu plus violente et noire où est exacerbée la méchanceté des demi-sœurs de l’héroïne.
Pommerat nous raconte l’histoire d’une orphelineJoël Pommerat a fait le choix de sortir des clichés habituels et nous propose une version résolument moderne tout en gardant la trame d’origine adoucie par ses prédécesseurs.

Il a choisi de nous raconter l’histoire d’une orpheline, car, il ne faut pas le cacher aux enfants, Cendrillon est orpheline. Pommerat axe son histoire sur la mort de la mère de l’héroïne et de la blessure à jamais ouverte que ressent l’enfant abandonnée. Il évoque l’enfant traumatisée qui s’invente une promesse irréalisable dans l’espoir que la défunte revienne.

Elle rencontrera le Prince, à qui le Roi fait croire que sa mère va lui téléphoner chaque soir alors qu’elle est morte, elle aussi, depuis bien longtemps. C’est la rencontre de deux orphelins. Pommerat remonte à l’origine du principe d’un conte de fées. Le conte est un voyage initiatique de l’enfant pour vaincre ses peurs, ses angoisses et ses démons.
La Marâtre est devenue «la future femme du père de la très jeune fille»Nous sommes au 21ème siècle. Une voix off avec un délicieux accent espagnol nous raconte le début de l’histoire.

Les personnages du conte original sont là mais ont bien changé. Ils parlent comme nous, comme les jeunes, comme nos enfants. Cendrillon est devenue Sandra, ou Cendrier, nom donné par les 2 pimbêches qui lui servent de demi-sœurs; elles-mêmes, accrocs au téléphone portable et à la prise de photo. Le Père est lâche et veule, la Marâtre, la future femme du père de la très jeune fille, épouvantable de cris et de vulgarité.

La fée est totalement déjantée, fumant cigarettes sur cigarettes et se bornant à faire des tours de cartes de prestidigitateur amateur. Les codes du conte sont toujours présents mais ont été habilement transformés. Pas de robes magiques, pas de citrouille en carrosse, Sandra ira au bal mais en voiture, et ce n’est pas elle qui perd la célèbre pantoufle mais le Prince qui lui offre une chaussure.

Dans la salle le spectateur est éblouis par une mise en scène magistrale et un rythme soutenu qui ne faillira pas durant tout le spectacle. Trois murs servant d’écrans, de portes coulissantes ou de murs de verre, donnent une dimension gigantesque à cet espace. Les scènes, courtes, sont ponctuées de noirs laissant apparaître dans une surprenante rapidité nouveaux objets et nouvelles situations.

Pommerat signe là une adaptation extrêmement réussie, dynamique et moderne qui a ravi petits et grands. Il était à l’affiche de l'Odéon-théâtre de l’Europe à Paris avec la pièce «Une année sans été» uniquement en tant que metteur en scène (c’est une première) et qui s’est terminée début mai.

FF | 23/05/2014 - 18:55 | Lu: 10289 fois