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Ax les Thermes. Explos festival du film de montagne: des images et de belles rencontres

© midinews 2014

Phil Bence et son équipe, après avoir visionné des centaines de films, nous en propose la quintessence dans le cadre de ce festival qui pour la 7ème année consécutive se tient actuellement et jusqu’à dimanche à Ax les Thermes.

Au-delà des images, il y a des aventures humaines et l’originalité de ce festival c’est de permettre au public de visionner des films de grande qualité et de pourvoir en rencontrer les acteurs, sportifs, aventuriers, réalisateurs qui ont fait le choix de vivre leurs passions et leurs rêves 100%.
Un festival qui s’adresse à tous les publicsC’est le message que véhiculent les organisateurs et qui commence à trouver un écho auprès du grand public puisque des communautés se créent ici ou là.

«Il y des gens qui viennent chaque année de Bretagne pour y participer» souligne Phil Bence ravi de faire partager sa passion pour les beaux films et à travers eux son amour de la montagne: «Même si ce ne sont pas des fictions, il y a une vraie aventure et les spectateurs sont encore plus émerveillés car à la fin du film, ils se rendent compte que c’est bien réel, que les sportifs qu’ils ont vu sur écran géant et les réalisateurs sortent de l’écran et viennent sur scène à leur rencontre»

Inutile d’être pratiquant ou passionné de verticalité, Explos permet de vivre ces aventures tournées à l’autre bout du monde en restant dans son fauteuil: «Les gens qui pratiquent ces activités ont une vie riche et bien remplie, ils sont heureux de faire ce qu’ils font et de pouvoir partager leur plaisir avec le public»

Ici pas de barrière, ni de clivage mais une réelle communion autour des valeurs humaines de l’Outdoor: dépassement de soi, échange, respect, convivialité… «Chaque participant, qu’il soit réalisateur, sportif célèbre ou spectateur, est pour nous un invité poursuit Phil. Et chacun est traité avec le même égard»
Des prouesses techniques pour filmer dans des conditions extrêmesEvrard Wendenbaum est un aventurier et réalisateur de talent.

Avant de partir en expédition en Indonésie il a fait escale à Ax où son film «China Jam» projeté hier soir a fait un véritable tabac: c’est le récit d’une aventure du big wall, une paroi de 1 300m de haut culminant à 5 842m d’altitude au fin fond de la Chine, plus exactement dans une vallée reculée du massif des Monts Célestes à la frontière sino-kirghize:

«Je suis parti avec trois acolytes belges, outre les performances de ces alpinistes de haut niveau, il ont apporté une touche d’humour que le public a bien apprécié. Cela prouve également que l’alpinisme de haut niveau, les aventures particulièrement engagées ne sont pas du tout élitistes»

Quand on voit ces images particulièrement léchées tournées pourtant dans des conditions extrêmes on a envie de poser des questions techniques à ces réalisateurs-aventuriers: «Le matériel souffre beaucoup avoue Evrard, la grosse difficulté c’est l’énergie. Nous sommes en autonomie dans ces milieux là et on ne peut pas se permettre de se charger de batteries… On les recharge avec des panneaux solaires et des chargeurs universels mais pour cela il faut que la paroi et la météo permettent de les installer…

On ne peut pas filmer autant qu’en studio ou ailleurs car on est limité en batteries... c’est la contrainte la plus compliquée à gérer. Finalement le froid et les conditions météo sont des contraintes pour soi que l’on va chercher. Je ne suis pas adepte de la souffrance à tout prix mais on a l’impression de mieux profiter de la vie après les expéditions où l’on a beaucoup souffert
»
Marion Poitevin, une femme au pays des alpinistesElles sont peu nombreuses et beaucoup plus discrètes que leurs homologues masculins. Pour son édition 2014, Explos accueille Marion Poitevin, une jeune femme au parcours atypique.

Elle découvre la montagne au collège à l’âge de 14 ans (escalade, ski) puis intègre les équipes jeunes haut niveau de la FFME et du CAF où elle apprend ses gammes. Après une licence de langues étrangères appliquées, en 2008, Marion rentre dans l’armée et rejoint le groupe militaire de haute montagne (GMHM) et depuis 2012 elle est instructeur dans ce groupe d’élite de l’armée française, elle participe à la formation des chasseurs alpins des différents bataillons de France aux techniques en cas de combat en terrains montagneux.

C’est aujourd’hui la seule femme guide de l’armée, dans un milieu difficile, celui de la montagne et dans un milieu très largement masculin, celui de l’armée. Marion a réussi à faire sa place.

«Ça se passe plutôt bien. J’ai souvent plus de difficulté avec les officiers qui sont loin du terrain qu’avec les chasseurs alpins que j’ai en formation. Il y a quelques femmes alpinistes, c’est un milieu plein d’humilité face aux montagnes et aux performances des autres. Le GMHM a mis 32 ans avant de prendre une femme dans ses rangs. Je pense que le chef de l’époque était un peu visionnaire et puis il reste tant de choses à faire en matière d’alpinisme»

C'est en rentrant d’une expédition au Pakistan et avant de partir pour l’expédition «Antarctique 2008» que Marion Poitevin, 23 ans à l'époque, a intégré le groupe:

«J’ai compris au fil des expéditions que l’important ce n’est pas l’endroit où l’on va c’est surtout avec qui on part et pourquoi on part. Mon meilleur souvenir entre l’Himalaya, l’Antarctique ou le Canada…, c’est une expé que j’ai faite avec mes copines sur l’île de Baffin, nous avons fait du ski de pentes raides et de la marche sur banquise, -35 degrés pendant deux semaines, les orteils noirs, les joues cloquées de quoi souder n’importe quel groupe, mais de supers souvenirs»

La conférence présentée vendredi 30 mai à 17h30 par Marion Poitevin est à retrouver sur le site du festival Explos en streaming (www.explos-festival.fr).

Elle présentera samedi soir le court métrage de Bertrand Delapierre, Beyond good and evil. Ce film retrace la première ascension de la face nord de l’Aiguille des pèlerins dans le massif du Mont Blanc avec le tandem Marion Poitevin et Sébastien Ratel. Une réalisation qui a marqué son époque et une voie qui de nos jours est une référence dans le monde de la montagne.

Laurence Cabrol | 30/05/2014 - 18:28 | Lu: 10686 fois