Le bras de fer entre chasseurs et associations de protection de la nature reprend de plus belle!
19/12/2011 | 20:09
Crédit photo: Kaphoto

La trêve entre la fédération des chasseurs de l’Ariège et les associations de protection de la nature (notamment Férus et le Comité Ecologique Ariègeois) n’aura duré qu’un temps… le temps de la Justice.

En effet, par un jugement en date du 16 décembre, le tribunal administratif de Toulouse vient d’annuler partiellement l’arrêté préfectoral d’ouverture et de fermeture de la chasse en Ariège en date du 23 mai 2011 car «il ne prescrit pas de mesures suffisantes de protection de l’ours par rapport à la chasse en battue»

Durant ces quinze dernières années, trois ours au moins ont été tués ou blessés lors d’une chasse en battue; récemment en 2008 c’est «un tir d’instinct» qui a blessé Balou et qui a motivé le CEA et Férus (association pro-ours) à demander des mesures «concrètes» au préfet de l’Ariège pour protéger l’ours à l’instar de son homologue des Pyrénées Atlantiques.

En effet, dans ce département, deux articles de l’arrêté annuel relatif à l’ouverture de la chasse dans le massif montagnard détaillent des règles de sécurité qui d’après les défenseurs de la biodiversité «il serait bon de généraliser sur l’ensemble du massif Pyrénéen»

«Aujourd’hui c’est le bon sens qui parle […] avec cette décision de justice il convient d’interdire les battues durant 48h dans les secteurs où un ours vient d’être détecté, d’interdire tout acte de chasse dans les zones d’hivernages connues, de créer des réserves temporaires de chasse sur les secteurs les plus fréquentés par l’ours en période de chasse.

L’ensemble de ces restrictions ne représentent en réalité que de très faibles surfaces au regard du territoire de chasse et au regard des autres espèces chassables
»

Selon le CEA, il est maintenant nécessaire de reprendre le dialogue direct entre Associations de protections de la Nature, fédération départementale des chasseurs, ONCFS et services de l’Etat.

Mais les chasseurs ariégeois ne l’entendent pas ainsi, après trois ans de procédure, la pilule a du mal à passer.

«Compte tenu du nombre d’ours dans notre département (une vingtaine au total sur l’ensemble du massif), le territoire des ours risque de recouvrir la majeure partie des régions de montagne et de piémont de notre département»

Forte d’avoir mobilisé près de 7000 manifestants dans les rues de Foix à l’automne 2009 pour défendre le droit de chasser, la puissante fédération des chasseurs de l’Ariège entend à travers l’ours poursuivre son lobbying contre les écologistes, dénonçant «les colossales fortunes» des associations de défense de l’environnement (France Nature Environnement, Férus ou la LPO) qui «utilisent sans vergogne en temps de crise l’argent des contribuables pour combattre avec haine les hommes de bonne volonté qui tentent de faire vivre les territoires»

Un combat qui, à quelques mois des élections présidentielles, trouve de l’écho auprès de l’UMP locale qui pointe du doigt l’alliance Verts-PS car selon eux «voter à gauche, pour l’alliance PS-Verts, équivaudra à renoncer au droit historique de chasse»

«Pure récupération de l’UMP» s’indigne la fédération locale des chasseurs qui dénonce cette analyse: «si l’UMP agit en faveur des chasseurs, le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne se voit pas […] loi Grenelles, trame verte et bleue, réseau Natura 2000, lâchers d’ours […]

La dernière trahison de leur part à l’encontre des chasseurs ariégeois est en route: le jugement du tribunal administratif de Toulouse
»

La fédération ajoute, dans un communiqué, que les chasseurs «diront leur colère lors de la venue du Président de la République en Ariège et en tireront les conséquences»


Rappel

-Règlementation nationale

Rappelons que l’ours est une espèce protégée au titre de l’article L. 411-1 du code de l’environnement par arrêté ministériel du 17 avril 1981 (modifié par l’arrêté du 16 décembre 2004) fixant les listes des mammifères protégés sur l’ensemble du territoire français.

-Accords internationaux

Dans la directive «Habitats» l'ours brun européen figure sur la liste des espèces prioritaires au niveau communautaire.

La convention de Berne (Convention sur la conservation de la vie sauvage et des habitats naturels de l’Europe du 19.09.1979) a pour objet d’assurer la conservation de la flore, de la faune sauvages et de leurs habitats.

L’ours brun y est inscrit comme espèce strictement protégée (annexe II).

Les États doivent prendre les mesures nécessaires pour maintenir la population de faune sauvage à un niveau qui correspond aux exigences écologiques mais également en tenant compte des exigences économiques et récréationnelles.

Les États signataires s’engagent à encourager la réintroduction d’espèces indigènes lorsque cette mesure contribue à la conservation de l’espèce.

Voir aussi le site de l’Etat consacré à l’ours brun: http://www.ours.ecologie.gouv.fr/web/3-programme-ours-brun-pyrenees.php
actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 19/12/2011 | 20:09 | Lu: 23595 fois