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Présidentielles: la chasse aux parrainages est lancée
16/02/2012 | 19:12
© MidiNews 2012

Sur le bureau du maire de Villeneuve d’Olmes Gérald Sgobbo, les sollicitations par courrier de candidats en recherche de leurs parrainages commencent déjà à s’amonceler. Et il n’est pas le seul dans ce cas.

Cela va du plus sérieux au plus fantaisiste: Yahia Gouasni (du Parti des antisionistes), au RLF de Jean-François Dole «Ensemble redressons la France», au Modem, en passant par Nicolas Dupont-Aignan, Corinne Lepage ou encore le Parti des Chasseurs.

«Nous avons aussi été sollicités par téléphone» précise le premier magistrat (non encarté) qui pour le moment n’a encore reçu personne.

Pour les petits partis, la chasse aux signatures peut s’avérer très compliquée.

Le conseil constitutionnel se penche en ce moment sur le sujet (à la demande de Marine Le Pen). Et les sages doivent se prononcer avant le 22 février.

Il y a en ligne de mire la question de l’anonymat des élus qui donnent leurs signatures.

Des pressions que pourraient subir les maires suite à un parrainage?

Le scénario n’est pas de la science fiction selon Gérald Sgobbo, «c’est vrai qu’au niveau d’un département, le fait de pas appartenir à une mouvance globale, ça peut rendre les choses compliquées.

Sur une petite commune, la pression peut s’exercer sur des choses très simples, comme un chapiteau qui n’est plus prêté pour la fête du village, ou un service auquel on n'accède plus
»

Dans un des plus hauts villages du département, l’Hospitalet-près-l’Andorre (une centaine d’habitants), le maire Arnaud Diaz se dit prêt à parrainer un candidat, «si je reçois des choses intéressantes»

Mais par rapport à l’anonymat, «peut-être que des pressions peuvent exister» explique celui qui est par ailleurs non encarté, «mais il faut avoir le courage d’assumer ses intentions.

Et s’il y a ensuite des blocages aux subventions, il faut le crier haut et fort. C’est ça la démocratie, de ne pas faire les choses cachés !
»

Tous ne sont évidemment pas de cet avis. Un des partis dont les militants sillonnent minutieusement le département en ce moment est le Front National.

Deux équipes ont déjà effectué une centaine de visites.

«Nous nous sommes heurtés à des «non» catégoriques !» résume en colère Thérèse Alliot (du Front National de l’Ariège), «certains nous disent qu’ils ne partagent pas nos idées, ce qui est tout à fait respectable.

D’autres nous expliquent très clairement qu’ils ont peur de perdre des subventions
»

Le Front National n’a pour le moment obtenu aucune promesse de parrainage dans le département.

«Ça ne serait pas si difficile si l’anonymat existait» se plaint Thérèse Alliot, qui se remémore un évènement déjà vieux de 10 ans.

En 2002, le Front National avait obtenu une seule signature en Ariège, celle du maire de Besset de l’époque.

De quoi aboutir sur une belle polémique, et sur la démission de 5 conseillers municipaux dans la foulée.

Le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste, pour Philippe Poutou) est aussi dans les starting blocks.

Laurent Marty (membre de la direction locale) résume: «nous avons fait la moitié des cantons»

Les visites se poursuivront ce week-end. Le butin est déjà précieux: 11 près-promesses de parrainages, «c’est plus que lors de la dernière élection»

«On travaille tous, donc on fait ça le week-end ou après le travail» raconte Laurent Marty, «en général, on est très bien reçu»

Des pressions sur les élus? «Je pense que ça peut exister. Un maire nous a raconté qu’en 1981, il avait donné sa signature à l’extrême gauche et que tout le village lui était tombé dessus.

Mais nous pensons que ce n’est pas aux maires de faire ça. Nous proposons un système de parrainages citoyens.

50 000 ou 100 000 citoyens pourraient parrainer eux-mêmes les candidats. Cela permettrait tout de même d’avoir un écrémage des mouvements trop marginaux
»

En Ariège, le maire de Loubaut Ramon Bordallo (sur le canton du Mas d’Azil) a pris le taureau par les cornes.

Il a réuni l’ensemble du village (17 foyers) pour prendre cette décision, «c’est le maire qui signe, mais il représente avant tout les gens de sa commune. Ça m’a paru important de les consulter»

Un vote a donc eu lieu, «pour permettre à des petits partis de se présenter. Entre le Parti de la décroissance et le NPA, c’est le NPA qui a été choisi»

A la base, le système des parrainages a été instauré pour éviter la multiplication des candidatures fantaisistes.

Lors des trois premières élections présidentielles faites au suffrage universel (1965, 1969 et 1974) le parrainage de 100 élus était exigé.

Mais ce système n’ayant pas empêché la multiplication des candidatures, une réforme adoptée en 1976 a porté ce nombre à 500.

C’est aussi depuis cette date que la loi impose que les noms des élus parrainant un candidat soient rendus publics.

Et pour éviter les candidatures liées à la défenses d’intérêt purement locaux, les parrainages doivent venir d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 16/02/2012 | 19:12 | Lu: 20896 fois