Assises de l'Ariège: après la bestialité des agressions sexuelles, se pose la question de la censure ou du mensonge pour les jurés
Me Catala et Me Lanes, avocats des parties civiles à la Cour d'Assises de Foix© midinews 2014
La deuxième journée du procès de Frédéric Bournonville, jugé pour une tentative de viol et un viol commis à Saint Girons les 31 mars et 5 juillet 2011, s’est ouverte ce matin avec le témoignage de Charlotte.
Une belle leçon de vie, de courage
Ce procès est important pour la jeune femme et ses parents qui l’ont «protégée, aimée, choyée durant son enfance et son adolescence»
Malgré l’émotion qui la submerge, la jeune femme de 18 ans, désormais en fac de gestion à Toulouse, a donné une belle leçon de vie, de courage.
Ce soir du 5 juillet, aux alentours de 21h45, après une courte soirée chez des amis, elle regagne le domicile familial. Le lendemain, la famille doit partir en vacances, promesse de belles journées sur la côte d’Azur. Soudain, à environ 200 mètres de chez elle, elle reçoit un violent coup derrière la tête. Le cauchemar ne fait que commencer.
Durant une agression terrifiante par la violence des coups portés, Charlotte ne cessera de se demander ce qu’elle a «bien pu faire de mal», avant de tomber inanimée... Elle reprendra conscience dans les ronces, allongée sur le ventre, un homme couché sur elle.
Soudain, une personne passe tout près. Son agresseur lance «il n’y a rien à voir ici», avant de lui dire «qu’est-ce que t’es bonne»
«Terrorisée», songeant qu’elle va mourir là, si près de chez elle, Charlotte demande son téléphone quand son agresseur se lève «J’étais incapable de rentrer chez moi, je voulais appeler mes parents»
Son portable ne lui sera pas rendu, mais deux femmes, dont celle qui était passé si près tout à l’heure, reviennent et la reconduisent chez ses parents. A la barre, son père raconte: «elle s’est réfugiée dans les bras de sa maman nous demandant pardon, s'excusant»
Sa maman justement a expliqué avoir eu un pressentiment ce soir là. «A 10h elle n’était pas là, et à 10h20, deux femmes et une jeune fille ont sonné. Je ne voyais pas qui c’était!»
Et en effet, sous la brutalité et la sauvagerie des coups, Charlotte a le visage tuméfié, «je ne me suis pas reconnue»
Trois fractures au visage (elle a du subir une opération de la pommette à Purpan et porte désormais des plaques en fer), une fracture au doigt, plaies au nez, traumatisme crânien, contusion à l’œil, ecchymoses aux lèvres, aux genoux, aux membres et sur la face intérieure des cuisses; «une sauvagerie» pour son avocat.
Charlotte suit une psychothérapie car elle a du mal à parler de son agression, «n’aime pas montrer qu’elle va mal, ne veut pas faire souffrir ses parents» Son père l’affirme: «depuis cette épreuve, notre fille n’est plus la même, elle est en souffrance, alors que c'était une jeune fille joyeuse»
Des propos relayés par la mère: «tout a basculé ce soir là, elle a été d’un courage exemplaire, elle savait que rien ne serait plus jamais pareil. Elle a consolé son père, elle nous a porté, et en même temps cette attitude a formé un mur entre nous»
Outre ses problèmes psychologiques (anxiété, peur de marcher seule dans la rue, insomnies...), Charlotte souffre physiquement. «Les plaques en fer me font mal, ma vision n'est plus la même» Charlotte et ses parents attendent du procès que l’accusé «dise tout, mais il ne dit rien. On est en colère parce qu’il nous a fait énormément de mal, on veut que ça sorte»Aurait-il avoué s'il n'y avait eu son ADN?L'accusé se rappelle avoir porté la jeune fille, se souvient de ses cheveux, mais ne peut en dire plus. «Vous n'investissez rien, vous êtes de la froideur du marbre» lui rétorque Me Catala, avocat de Charlotte.
Frédéric Bournonville explique alors qu'il menait une vie de vagabond, sans horaire. Outre son élevage, le jeune homme travaillait comme débardeur à Lacour. Ce soir du 5 juillet, il rentrait du travail quand sa route a croisé Charlotte.
Il réaffirme boire trop à l'époque, et souligne «si j'avais été malin, adroit, j'aurai déclaré m'être masturbé aux gendarmes, j'aurai encouru 10 ans maxi» L'accusé affirme avoir ressenti «du dégout en garde à vue» pour les actes commis. Actes qu'il n'a reconnus qu'après avoir été confondu par son ADN.
Une femme qui promenait son chien ce soir là, tout près du lieu de l'agression, a entendu le prévenu s'exclamer: «on ne peut pas être tranquille»; elle a remarqué les mouvements de va et vient du bassin de l'homme, mais pensait «qu'il se faisait un chien»
Interpellée par ce «comportement anormal», sa colocataire sort à son tour et voit «le bas de ses reins dénudés»
Ni l'une, ni l'autre n'ont aperçu Charlotte. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'elles la découvriront et la ramèneront chez elle. Toutes deux affirment à la barre ne pas lui avoir remis son short, son slip a été retrouvé plus loin.
Position de l'accusé, bruits émanant du lieu, autant de questions qui intéressent les avocats de la défense, Me Derieux et Me Perotto, introduisant une interrogation: a-t-il violé Charlotte ou s'est-il masturbé?
Me Catala dénonce cette idée, rappelant les mouvements de va et vient remarqués par le témoin. Le Dr Tiennot, médecin légiste a examiné Charlotte 3 jours après l'agression. Elle a retracé les blessures infligées, «les traumatismes violents», avant d'expliquer «que les constatations ne permettent pas d'exclure qu'il y a eu pénétration, ni de l'infirmer»Il ne serait pas dans le déni, mais dans la censureQuant Corinne Chassagne présidente de la Cour d'assises lui demande ce qu'il reconnait des faits concernant Charlotte, Frédéric Bournonville soutient «avec mes souvenirs je ne peux pas raconter grand chose»
Il aurait des souvenirs épars, «il savait qu'il s'était passé quelque chose» Le lendemain de l'agression, il serait retourné sur les lieux «il y avait du sang partout»
L'accusé ne peut expliquer le sperme retrouvé, ni pourquoi il a commis ces trois agressions. Il voit une psychologue régulièrement, et selon lui, «les choses traumatisantes seraient bloquées par un système d'auto-défense»
Un peu plus loquace que hier, il rajoute: «je ne crois pas que je pourrai vivre si j'étais conscient de mes actes» Le jeune homme aurait souhaité rencontrer un hypno thérapeute, mais cela lui a été refusé.
Experts psychiatre et psychologue qui l'ont rencontré en prison, sont venus témoigner aujourd'hui. Psychiatre, le Dr Franck a parlé de «dissociation chez l'accusé; il ne serait pas dans le déni, mais dans la censure»
Le rapport de l'expert psychologue, mentionne l'intelligence, des réponses spontanées, sans dissimulation pour un homme se disant «dépressif, avec un sentiment de malheur diffus»
Selon Madame Oxépian, la relation avec le père et «un abus sexuel avec emprise psychologique» dont aurait été victime l'accusé par une personne plus âgée pourraient expliquer «ces troubles du comportement»
Concernant la violence des agressions, «ces actes correspondraient à une manifestation brutale de la puissance narcissique; une brutale affirmation virile de soi, le côté sexuel étant utilisé comme une violence»
Les motivations seraient difficiles à préciser, mais dénuées de «tout mobile sexuel» Le passage à l'acte serait donc «immotivé, l'aspect sexuel serait secondaire et ses victimes resteraient anonymes»
Quant au problème de mémoire, l'expert n'a remarqué «aucun trouble spécifique, l'accusé n'étant pas amnésique: les faits ont été fixés, il y a chronologie et cohérence» Selon Madame Oxépian, «des réactions émotionnelles intenses peuvent agir sur la fixité de la mémoire. Il aurait conscience d'avoir commis les actes, tout en étant absent»
Les troubles neurologiques ayant été écartés, ne resterait pour l'expert que deux explications: le mensonge et le mécanisme de clivage explicité par ses soins.
Cette dernière hypothèse ne convainquant pas Me Catala rappelant que l'accusé voit une psychologue toutes les semaines. «Au bout de trois ans, le clivage est tout aussi incandescent» ironise t-il avant de questionner: «peut-on espérer qu'il se rendra compte de ce qu'il a fait avant de juger cet homme?»
Demain, réquisitions de l'avocat général, des parties civiles et de la défense vont s'enchainer pour la dernière journée du procès et avant que les jurés ne sortent délibérer, l'accusé aura une dernière chance de s'exprimer. Saura t-il la saisir?
dans la même rubrique
- Saurat: voiture incendiée, boîte aux lettres défoncée, les gendarmes soupçonnent un acte de malveillance envers Olivier de Robert
- Tribunal Correctionnel de Foix: les comparutions immédiates ont été reportées
- Décès d'un enfant en Haute-Ariège: seuls les examens anatomopathologiques pourront faire la lumière sur le drame
- Mort d'un enfant de huit ans en colonie de vacances en Haute Ariège
- Foix: il gifle un policier et se retrouve en prison
- Tribunal correctionnel de Foix: récidive de grand excès de vitesse et alcool au volant
- Une semaine de faits divers en Ariège
- Foix: vols avec effraction et tentatives de vols, la police lance un appel à témoins
- Lavelanet: un homme entre la vie et la mort après une rixe en centre-ville
- Une plate-forme bitcoin démantelée: le parquet de Foix est saisi
- Tribunal correctionnel de Foix: comparution immédiate pour vol dans un établissement scolaire
- Tribunal correctionnel de Foix: à 25 ans il écope de prison ferme pour violence en récidive à l'encontre de sa compagne
- Tribunal correctionnel de Foix: condamné à 18 mois avec sursis pour vols aggravés à Lavelanet
- Une semaine de faits divers en Ariège
- Tribunal correctionnel de Foix: diffamation envers Marc Sanchez, la relaxe a été prononcée
- Tribunal correctionnel de Foix: Pamiers, 18 mois, dont 12 avec sursis pour un jeune cambrioleur









